A.WI.L
LETTRE IfCLIV
A LA MÈRE M \i;ii:- \l\li;i: DE BLONAY
Envoi dm Iiéjyonses. — Régler la correspondance roivanl la cordialité ei la pauvreté. — Prise d'habit de v i M. I M »i . ny.
\ m | Il i'« I
Vraiment, je ne tais que (aire avec cette très-chère fill»* qui
ie plaint toujours de quoi elle n'a pas assea souvent «le mes
nouvelles, tanl elle en désire, el pense que je suis paresseuse
à lui écrire! liais, >i elle compte bien, «'llr verra que cela n'est
. el qu'elle m'en doil encore de reste, le n'ai point bu que
Ifgr de Genève envoyât nu messager à Lyon; car si nous en
eussions été avertie, il y aurait bien eu do petit billet pour vous,
ma très-chère li!l«'. Noua i ous avons écrit depuis, par M. Pioton,
et [nous] vous avons fait ('•crirc par nos voituriers d'ici, afin que
v j leur remissiei la balle de Paris que vous nous voules
er.
\I i Sœur la Supérieure do faubourg [de Paris] vous mand
<li\ exemplair Réponses, a ce qu'elle noua a écrit. S'il ^ i
quelque chose de b >n el utile le dedans, la gloire en esl toute à
I)i- il Lui seul qui me l'a donné, je vous en assure,
ma chère i î 1 1 « • . — Nous voua avons déjà mandé que nous
ions point vu le Père .1. suite à qui ious donnâtes <!«• VOI
lettri - I- i |u< I!' - pourtant nous avons bien n i m -, 1 1 toutes h i
tuti li que* vous nui. pi./ Oui, m. i très-chère fille.
ion i de nom écrire ce qui regarde < i - ports de
letti ■ pondis simplement selon la proposition que
uni** m'i'ii i maintenant que vous nous dites \n
( ii. i plus amplemeni et clain ment, j'entends mieui se qui
«pr.il' si c'est pourquoi je vous «1^ que
i écrit .i qui ! ju - -. na < t le
vu. 4
ferons encore aux autres , autant que ma mémoire et celle de ma petite coadjutrice pourra porter, afin que Ton n'écrive plus tant, car aussi certes l'on excède bien quelquefois. Il y a telle fille qui m'écrira des lettres de seize pages, et je veux retrancher cela désormais; car je ne veux plus que les filles m'écrivent, si ce n'est qu'il y ait une vraie nécessité. Elles se doivent contenter que les Mères m'écrivent, autrement je leur déclare que je brûlerai leurs lettres sans les décacheter, car je ne puis plus fournir à tant d'écritures. Et pour les autres maisons, je manderai que l'on se tienne au Coutumier tant qu'il se pourra, excepté une fois l'année aux communautés; et pour les Sœurs entre elles, qu'elles s'écrivent rarement et courtement. Je crois, ma très-chère fille, que voilà ce qui se peut faire en cela. Vous ne devez pas avoir eu crainte de faillir en me disant ce que vous m'en avez écrit, parce que la parfaite confiance qui doit être entre nous nous doit faire tout dire sans quasi le considérer.
La chère nièce prit enfin le saint habit il y a aujourd'hui huit jours et bravement : elle se nomme Sœur Jeanne-Marguerite l.
1 Cette chère nièce de la Vénérable Mère de Blonay, comme elle originaire du Chablais, eut le bonheur d'être souvent bénie dans son enfance par saint François de Sales, et de recevoir la confirmation de ses mains sacrées. « Elle était (disent ses contemporaines) d'une humeur gaie et enjouée qui la faisait bienvenir dans toutes les grandes compagnies » ; mais comprenant bientôt le néant de tout ce qui passe, cette âme généreuse sollicita et obtint une place à la Visitation d'Annecy. Jamais, dès lors, elle ne connut les étroites réserves qui paralysent la grâce et rendent stationnaire dans les voies de la perfection. Glorifier le Seigneur par une secrète immolation de tout son être, tel fut le but unique qu'elle poursuivitdans l'heureuse condition d'inférieure au premier et au second monastère d'Annecy; préparer à ce Dieu jaloux autant de victimes que d'épouses, devint sa suprême ambition pendant les années de son gouvernement aux monastères de Brioude, Angers, Seyssel, Mu on et Limoges. Le 10 avril 1092, Sœur Jeanne-Marguerite de Mongeny allait offrir à son céleste Epoux l'hommage de soixante-trois années de fidélité aux devoirs de la vie religieuse.
{Livre des Vœux du premier monastère d'Annecy.)
M. le baron «le Lucinge, M. de Bernei et \I. de llongenj vini ici pour cela, mais tans apporter argent ni chose quelconque pour l'habiller, ni pour sa pension, <1«' lacon qu'il a Fallu que la maison fournit tout cela : seulement \\< donneront deui cents florins d'ici à un an pour la pension; et, du reste, d a (alla intenter d'une rente constituée de deux mille «-t tr<»i> cents florins. Dieu veuille encore que nous en soyons bien p , Certes, je ne leur ai point celé que votre considération avait be incoup opéré en cel i ; g ir autrement les nécessités «le cette m tison ne non- eussent paa permis de traiter de la sorte; mu-, pour l'amour de vous, et parce qne nooscroyonsquela fille sera lionne. noua avons passé par-dessus tout le reste. I ous, m i chère fill . in- vem pas que vous nous envoyiei «le vos biens, sans que nous ne vnu> en demandions ; ce que nous ferons cordialement el tout confidemmenl qn ind non- en aurons besoin, je voua en assuré , \u reste, je voua prie de ne voua point retrancher de m' -
eiire tant amplement que vous voudrez; e.ir vos lettres |me|
délassent de la peine que les autres me donnent pour la consolation que jeu iv. | je ne veux pas que voua m'en privies. Il est bien vrai que, li ce n'était la charité de ma petite
IjUtrice et de notre So'iir M. -Antoinette |de Voseï \ |, a ij
dicte lea lettres tout de auite, <-t elles lea vont écrire tan li- que
lia d autres on que j'écris, p' n'j pourrais paa fournir; mais
foi t. Gai des-vous bien, m i ti re ûlle , de
von- retrancher de m'< certes vos lettrei no- loola-
t. Quand p iqueta de Lyon,
pour \ prendre votre lettre, et puis I tisse le n ite pour le voir .1 un m loisir, i:. t. Dieu i donné, comme je crois, mi fort
lo tion le alliance que j«- désii
nelle,pourl< int paradis. — Mille saints a
tout i i i iltrc 1 esprit d notre Bœur
\r> I» do/|, et lll'i'll dll lire pi
LETTRE MCLV
A LA MÈRE LOUISE-DOROTHÉE DE MARIGNY
SUPÉRIEURE A MONTPELLIER
Les soulagements pris par obéissance sont plus méritoires que le jeûne fait par sa propre lolonté. — Préparer la fondation de Nîmes. — Manière d'éprouver une prétendante. — Qualités nécessaires à une directrice.
VIVE y JÉSUS !
[Annecy], 24 mars [1632].
Ma très-chère fille,
11 n'y avait que deux jours que je vous avais écrit par la voie de nos bonnes Sœurs d'Avignon, quand j'ai reçu votre dernier paquet, me semblant que celle de Lyon n'est pas bien assurée, puisque même vous ne me faites point de mention d'avoir reçu le paquet que nous vous envoyâmes dernièrement par là. Nous vous écrirons bien toujours le plus souvent que nous pourrons; mais dites-nous quelle voie est la meilleure pour vous faire sûrement tenir nos lettres; et si vous n'en recevez pas si souvent comme vous désireriez, il ne faut pas que vous attribuiez ce manquement à [défaut de] confiance, ma chère fille, parce que les monastères se multiplient si fort que je suis grandement surchargée d'écritures et de lettres.
Je loue et remercie Notre-Seigneur de tout mon cœur de ce que vous êtes maintenant en meilleure disposition [santé], et le supplie vous y conserver longuement pour le service de sa gloire. Mgr votre digne prélat nous a écrit pour nous remercier des reliques de notre Bienheureux Père, et nous dit ensuite l'appréhension que l'on a eue de votre mal, mais que votre obéissance aux médecins et votre vertu vous ont fait aussitôt retourner en santé. Néanmoins, ma très-chère fille, comme je vous ai déjà écrit, je crois que tant de remèdes que les médecins donnent sont plus nuisibles qu'utiles, et qu'il ne vous faut que quelques petits remèdes fort doux, une bonne nourriture
et du repos, et avec oeb vous garder du Groid el du serein, tant qu'il vous sera posaible; car, comme je l'écrirai i Ifgr votre bon prélat, je vous ai vu céans rouler dis ans depuis votre
grande maladie sans tenir un jour entier le lit, an moins que
je me souvienne, et sans prendre qoe fort peu «le remèdes, et il me semble que vous voui en Ironvies mieux. Toutefois, il faut toujours que nons autres Religieuses demenrions soumises pour ces choses-là, comme pour tout le reste, à ceux qui ont du pouvoir sur non-, après que nous avons représenté simplement les choses que nous pensons lé devoir être.
.le mus bien aise (pie VOUS SOyOS >i bien cautérisée, e;ir je Crois que c'est ce qui vous sera le plus utile. L'fflll a bien lut
de vous ordonner de manger de la viande ce Carême, parce «pie cela vous était nécessaire ; et je vous prie, ma trèsn hère fille,
de SOUS rendre toujours fort simple a ces commandement- ; car
votre obéissance en cela, avec ce (pie vous ne le laites point
par plaisir, sera incomparablement plus Bgréable a Dieu (pie si
vous aviez jeûne quatre Carêmes tout de suite. Enfin, je désire que vous (assiei ce qui se pourra pour mus maintenir
en santé, pour au moins aller jusqu'à la lin de votre temps en li Conduite de cette maison que Dieu vous a commise, a ce que
vous i.i poissies laisser bien établie en l'esprit de l'Institut, que vais v, aya quelques fillei qui vous puissent succéder.
Mais, au bout de tout, ma < -liere fiHe, je remets tout entre I g
mains de Dieu, pour eu dispe a bon plaisir; car II
mieui ce qu il nous laul que nous-mêm
le luis bien < "ii le savoir voire nomb D, Bl de til
qui '»ni de si bonnes disposition! pour pi* o Ire l'espril d<' noire ii ion, .t qui appartiennent à d< i personnel de i onsi l ration;
il ions l.ill.iil nda pour I a )' u eQCement SUrtOUt, puis-
<pi « il- s ums apportent de quoi i i tire voire bàtimen! et
fournir .1 votre entretien. Je mis b que vous ne so\e/
de la p! ice qu'il vous faodr i pour
5i LETTRES DE SAINTE CHANTAL.
bâtir, puisqu'on y en pourra ajouter autant qu'il sera requis pour vous bien mettre au large. Je m'assure que Monseigneur y fera bien avancer la besogne, et cependant vous êtes assez bien logées pour un commencement. Si vous vous agrandissez un peu en prenant ces chambres qui touchent à votre maison, comme vous me dites que vous voulez faire, cela vous accommodera toujours eu attendant que votre bâtiment soit en état d'y aller.
Ce nous sera de la consolation que vous receviez la fille de la sœur de Mgr de Nîmes, parce que je pense que cela réveillera la fondation dont on parle il y a si longtemps en sa ville. Je vous ai écrit ces jours qu'un Père de l'Oratoire de là en avait écrit à nos Sœurs de Valence, auxquelles nous avons mandé que l'on s'en était adressé céans dès longtemps, et que nous pensions que Mgr de Nîmes voulait des filles de deçà, parce que nous savons assurément qu'elles n'en ont pas pour y employer. Si vous pouvez contribuer quelque chose pour faire réussir cette bonne œuvre, [je] m'assure que vous vous y emploierez fidèlement et un peu dextrement. Nous serons très-aises qu'il y ait plusieurs de nos maisons en ces quartiers de delà, parce que le pays y étant bon et les personnes riches, les maisons y seront assez tôt accommodées, et surtout parce que je crois qu'il en réussira beaucoup de gloire à Dieu, auquel néanmoins nous laissons la disposition de tout.
Quant à celte bonne veuve qui se présente pour être Sœur domestique, à la vérité, ces femmes si dévoles ont souvent de la peine à se soumettre à quitter leurs dévotions, et ce naturel triste et couvert sont deux mauvaises conditions; mais néanmoins vous pourrez essayer si elle aura tant de souplesse comme l'on dit, lui faisant déjà quitter quelques-unes de ses dévolions pour l'éprouver, avant que de lui donner parole pour sa réception, car je crois que parla vous pourrez bien connaître si elle sera propre ou non. — Je loue Dieu de ce que Mgr voire bon prélat vous continue avec lant debonlé sa chère dileclion,
awï; i. 1639
et jo Bopplie Notre-Seigneur lui donner abondamment grâces el sa sainte lumière el la force pour la bien suivre, afin qu'il corresponde dignement i ce que sa divine Bonté veut de lui. Vous suive/ grandement mon inclination de tâcher de ne lui être jmiiit à charge, el je vois que pour cela il ne man lue I de soinde pourvoira vos petites nécessités; mais voos me consoles forl en ce que vous nu dites, que vous traites avec lui, en (mit ce que vous aves a faire, avec respect, déférence el filiale confiance; car c'est de la sorte, ma chère fille, que nous devons traiter avec nos Supérieurs.
Vous aves bien fait de vous décharger du soin des novii sur ma Sœur G. -Angélique [Brunier]; car, pourvu qu'ell r< Mouvienne bien de ce que je lui ai dit el qu'elle le pratique fidèlement, les élevant en vraie directrice de la Visitation el non en maltresse du monde, j'espère que Dieu sera glorifié «le ion petit travail el qu'elle fera de bonnes filles, car elle i il fen ente el a un bon cœur. Hais qu'elle : i ch urge selon les
avis qui lui «ait été donnés, et suive ce que j'en dis en mes Réponmais surtout les conseils que vous donneres pour cela j el lui que je la prie que la sainte douceur, suavité el cordiareluisenl en toutes ses action- et paroles, et avec cela elle i nne bonne fille, vous le verres bien. le la salue fort cb< ment, el vous prie de lui «le . »us vous rem< :
dialement de vos jolis p< . \ vous mettes pas en p<
d< non ■ i e qu'il ! iche .» i eus qui v iennenl
de e « li h noi al . il qu ind il v ienl quelque
muletier. II. Garin a dit qu'il n'avait pu apporter votre
se.
J ne |" di «• [ pas] qu< puissi r pour v ritable
i i ainte qui v oui v ienl, que noli • i ment de i i
corporelle en n froid i i mon afTe< lion env< . ma fille.
|fl VOUS 'li- Il v. i lié, que tOUl l«' DU Bible u \ - iinait
appoi ter aucune diminutii i ienl de Dieu, - I
est si bien fondée que rien ne l'ébranlera jamais; au contraire, certes il me semble que je la vois toujours croître. Et si je ne regardais Dieu, j'aurais grand'peine de vous avoir éloignée de moi et m'avoir privée des chères consolations et utilités que je pouvais recevoir de votre chère présence; mais je loue Dieu, qui n'a pas permis que je me sois jamais préférée à ce que j'ai connu être du service de Dieu. Croyez donc bien, ma vraie trèschère fille, que je vous porte tendrement dans mon cœur, et en un lieu où rien ne vous déplacera jamais. Je suis de même très-assurée de votre invariable affection et confiance filiale ; c'est ma consolation, et que vos petits services sont reçus agréablement de Dieu et de ses créatures ; car Monseigneur m'en dit merveille. Dieu seul en soit glorifié, duquel je vous souhaite le plus pur et le plus saint amour. Amen.
Le voile [de calice] de Mgr de Montpellier sera fait pour Pâques. M. Garin nous a promis de le faire tenir sûrement; vous le lui présenterez, s'il vous plaît.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE MCLVI
A LA MÈRE ANNE-MARIE ROSSET
SUPERIEURE A CREMIEUX
Ne permettre l'entrée de la clôture aux dames amies que pour les seuls exercices de la retraite. — Déférence due à la fondatrice.
vive -j- JÉSUS î
[Annecy, 1632.1
Ma très-chère fille,
Je loue Dieu de savoir que vous êtes toutes retournées heureusement et avec édification du prochain dans votre bénite clôture, et je supplie sa Bonté vous faire la grâce que vous n'ayez plus sujet d'en sortir. J'ai été consolée de savoir aussi que toutes ces bonnes dames de par delà vous continuent leur
A.wi.i; i<;.i2. :>!
affection ; mail pour ce qui est de le* laisser entrer <1 tns votre maison, si ce n'est pour j l'aire les eiercices, je ne pense |>i^ que cela le doive permettre, car cei entréei d'un jour ou déni erventde rien qu'à donner sujet de distractioni aux Sœurs, et ii vous les permetties, vous en leriei continuellement importunée.
Je ne sais pourquoi vous attend./ m ni aine de (iranien , pOUT
poser la première pierre de votre église; car je croit que >i elle avait la volonté de se rendre votre bienfaitrice, «die se déclarerait. Ne vous en faisant point de semblant, vous ne lui eu devez
rien témoigner, car il ne faut pas que nous servions de cloche pour inviter les personnes à nous faire du bien. Cela appartient plutôt à madame de Saint-Julien ou à madame M mère de i- la première pierre, puisqu'elles portent le nom de
fondatrici - . -i ce o'esl qu'elles voulussent laisser cela a quelque
tonne qu i sérail invitée par ce moyen s vous aider de quelque
chose pour faire votre bâtiment. Il faut que vous ménagiei cela,
comme vous |c jugerei plus à propos. Ma chère fille, Dieu
vous donne SOU saint amour! Prie/. Dieu pour moi , je VOUS en
prie, qui suis de oœur sincère toute vôtre.
;im- faite »ur l'on ;in il pu I i " -«ot elle-même. Archive» de It
58 LETTPxES DE SAINTE CHANTAL.
LETTRE MCLVII {Inédite)