AU RÉVÉREND PÈRE BINET
PROVINCIAL DK LA COMPAGNIE Dli JÉSUS
Avec quelle circonspection les Filles de la Visitation doivent accepter les œuvres
de zèle étrangères à leur Institut.
vive f JÉSUS !
[Annecy, 24 juin 1633].
Mon très-honoré Père,
Je supplie le glorieux saint Jean, mon bon patron, duquel nous célébrons aujourd'hui la fête, d'impétrer de notre doux Sauveur les richesses de son saint amour pour Votre Révérence!
Je ne suis pas si insensible que je n'aie ressenti en Dieu la grâce qu'il a faite à nos Sœurs, d'avoir réussi heureusement en la conduite des bonnes filles de la Magdelaine. Pour la frayeur
nue Votre \\r\ me «lit que plusieurs personnes de qualité
mit eue, d'ouïr dire que je voulais retirer nos Sœurs de l'< u r ! ette charité, certes, mon très-cher Père, j'en embi i L'abjectioa de tout mou cœur, quoique je n'j aie pas peu Premier* ment, je n'ai pis tanl de témérité que de penser que j'aie l'autorité de le faire, quand je 1<' vou Irais, ni 1 1 voudrais avoir aussi. Quand es occasions l'on me demande mes sentiments, je les dis 1«' plus sincèrement que je puis; el si on ne ^uit pas, de vrai, mon très-cher Père, je ne m'en offense pas, et j'aurais tort de le Faire. Il est vrai que quand on voulut obliger nos Sœurs, dans les Constitutions de la llagdelaine, de leur fournir incessamment des Supérieures el des Sœurs pour leur conduite, etque Ton m'en demanda mou avis, je ne pus avoir d'autre sentiment «levant Dieu que celui de ne nous point lier en cela, mais de continuer avec liberté la charité commencée, tandis que dos Sœurs le jugeront être nécessaire, « I qu'elles pourront l'entretenir.
Quant au\ deui points de votre lettre, mon liès-eher Père,
que l'on désire derechef que nos Stems prennent le gouvernement d'une nouvelle maison de même qualité qu\ si celle de la Uagdelaine, il s'en Eaul adresser a elles, c ur elles ne m'en ont . ncorc rien «lit. Que si elles m'en écrivent, el an veulenl savoir mes pensées, je les demanderai a Motre-Sei peur le plus iin< < -
rement qu'il nie sera possiMe. Si sa honte me daigne écouter, et donner la lumieie «I. ^ , . i î 1 1 1 • • volonté, je la leur dirai selofl
1 1 parfaite union el confiance « j 1 1 « * Dieu s mises • ntre nous, leur
l datant, < omme de raison, ! entière liberté de lai qu'elles
eront pour le mieux; car je ne traite ni ne dois Iraitei ao
un nt avec no le soi ai- ju il répi ébensible p ii
urs 1 1 de ma propi . , onscieni e, i usais lutre -
ment, l'attendrai doue, s'il vou> plaît, mon irès-chei l'en.
que nos Sumii pensées, leur- melm di. DS .
leurs pouvoir, •-( «e «|u'r|l«> pileront devoir fail mu
occasion de si grande importance et considération, pour la
gloire de Dieu, la conservation d'elles-mêmes, et au progrès et
salut des âmes de la conduite desquelles on désire qu'elles se
chargent.
Quant à ce que Votre Révérence me dit, que si nos Sœurs n'embrassent franchement cette proposition Mgr de N. le commandera et le fera faire par force , certes , mon très-cher Père, je n'oserais appréhender cela pour elles, bien que je sache que Messeigneurs nos prélats ont tout pouvoir et autorité sur nous. Nous les révérons et chérissons plus qu'il ne se peut dire, nous confiant en Dieu qu'ils ne s'emploieront jamais qu'à l'utilité et conservation de l'Institut qui leur est soumis et confié, et non à nous forcer à faire des choses au delà de nos obligations et de notre pouvoir. Mais en ce que nous pouvons légitimement, il ne faut pas douter que nous ne tenions à grand honneur et consolation de leur témoigner la franchise de notre très-aimable soumission et fidèle obéissance. Mais vraiment, je crois que si Dieu requiert ce service de nos Sœurs, Il en parlera à leurs cœurs et leur donnera les forces, le courage et la détermination requis à une entreprise si difficile et ardue, et certes, qu'elles devront peser au poids du sanctuaire et avec la charité bien ordonnée. Si nous avons cet honneur de voir Votre Révérence à son passage, j'espère que Dieu me fera la grâce de vous pouvoir exprimer les vues et sentiments que j'ai sur cette proposition, par lesquels, à mon avis, votre bonté envers nous vous fera avouer, qu'en conscience nous sommes obligées de ne nous point porter à embrasser cet emploi, qu'avec une très-claire connaissance que Dieu le requiert de nous, car avec ce passe-port rien ne nous sera difficile ; mais sans cela, la chose est dangereuse. Dieu par sa bonté nous guide dans la voie de son bon plaisir en toutes nos actions, et veuille dooaer à Votre Révérence le comble de son saint amour.
awi.i: 1633. ^1*
LETTRE UCCXLIU
\ i. \ MÊME JE \\\i -< h \i;i m 1 i; m: BIÉCH \no
l religieuse <l<>ii être iodil l'.i faction de* < r<-.iti ■■ ■ Diea In nlfil —
Kin .Hir.i;. ment à porter !
M\ vi;\i\ii.\ï imwi: KT THKS-CIIKIIK UNI.,
Votre lettre m'a touchée d'on côté, voyant vo> sentiments, 1 1 m'a grandement étonnée <1<' l'autre, de voir encore ane de m< s première* et plus chères compagnes de la Visitation dans < < soupçons pour «me chétive créature. Eh! ma très-chère fille, Dieu il»' unis suffirait-il pas, quand tontes les créatures du monde vous auraient oubliée ' liais croiriez-vous 1 > i * * 1 1 que je le puisse, quand je le voudrais, vous oublier ni vous vouloir du mal / Non certes, ma très-chère fille; c'est pourquoi j'en dis
-humblement votre coolpe, d'avoir laissé entrer dans votre esprit <\i' tels sentiments <'t méfiances. Si vous ne recevei de mes lettres si souvent, <•<■ n'est pas ma faute, car je vous rit deux tui^ depuis Pâques, • I voici la troisième. Il me semble que i bien as* i pour mon âge de sois m te- deux ans •■( pour I « grande multitude *\<' réponses qu'il faut que |<- 1 iss< , outre que, depuis ane année en i a, je me trouve i< « iblée de tant d'infirmités que i ii prou peioe de fournir .« tout.
Quant à ce que vous m< d vous poui tntinuer voire
(h h . , s i tuse des infirmités que vous me dépei il faut,
ma très-chère fille, que vo - le deman \ fruits que vous
en voyez, lesquels étant si !»<uin, connut1 v<ms no- diirs, votre
omonauté n'étant j unais mit m allée dans le h. ou de I'oImm rvance, je < rois «jn»- v<>us fort i bien de rouler doucement u< <• le plus dr support et de charité que vous pourra, vu même « 1 1 1 * -
-21 i LETTRES DE SAINTE CHANTAL.
vous ne nie diles pas que vous ayez de Sœur qui puisse être chargée du fardeau. Voilà donc mon sentiment, que vous rouliez sous Je faix de cette charge tant que vous pourrez; et je crois que vos petites souffrances, jointes à la fidèle correspondance de parler à vos Sœurs quand elles le désireront, seront une œuvre bien agréable à Dieu.
Je crois que vous avez reçu celle par laquelle nous vous disons amplement l'état des affaires de la béatification de notre Bienheureux Père. — Pour ce qui est de ce Père Capucin, il vient bien de Crémieux, et je ne pense pas que cela soit. Si néanmoins il est ainsi, quelque Sœur le peut avoir dit inconsidérément, car je sais bien qu'elles n'ont point de sujet de se plaindre; mais il ne faut pas, ma très-chère fille, que nous pensions être exemptes qu'il n'y ait toujours quelques petites plaintes et tracasseries parmi nous. — Je vois par celle de ma Sœur la Supérieure de Montferrand que vous aurez reçu nos lettres du commencement de mai, et les nôtres dernières, que nous vous avons écrites par le Père Gardien des Cordeliers de Lyon, qui est cause que je ne multiplie pas mes lettres et ne répète pas ce que je vous ai dit, outre que j'ai une grande douleur de tête, qui m'empêche même de vous écrire de ma main. Mais croyez-moi, ma très-chère fille, soyez assurée de mon cœur et de mon affection, qui vous sera invariable et qui n'aura pas moins de durée que l'éternité; mais, au nom de Dieu, ne vous alarmez plus quand vous ne recevrez pas de mes lettres ; car vraiment je ne saurais plus y fournir.
Voilà M. Amhélion qui m'a aussi écrit. Je lui écris un mot; mais certes, je n'ai guère besoin de ses lettres de compliments. Je vous prie de faire tenir la lettre ci-jointe à la dame à qui elle s'adresse. Certes, ma très-chère fille, je voudrais bien que ce commerce fût rompu, et ce serait une grande charité de ne m'écrire que les lettres nécessaires, et surtout les personnes que |e ne connais pas ; car je vous répète derechef, ma très-chère
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fille, qtH' je n'j poil plus fournir. Que Dieu répande toujours pi oi abondammenl mr votre chère Ime les plm richei grâces de son divin aninur, auquel et par Lequel je mis, mail de t<»ni mou eeeur, rotre, etc.
[P. 5.1 Poor la promenade de <•»•((»' bonne Sœur, en dit qu'elle ^ est allée mener une fille; mais je lui en ai écrit ma pensée. J'ai appris aussi que soi Sœun portaient leurs eorpf de robes <it <!«' toniques piqués; l«' corps <!«' leurs robes plissé fort menu ; leurs croix d'argent excessivement grosses. le sous supplie, ma chère fille, tenons-nous dans notre simplicité, !*• plus qu'il non-- sera possible.
i • iUlion il' I
LETTRE ItCCXLIV