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A LA MÈRE JEANNE-HÉLÈNE DE GÉRARD

SL'PÉKIEURIi A EMBRUV

La Supérieure ne peut pas s'assujettir à tout ordonner aux obéissances; elle tioil avoir une grande liberté d'esprit. — Encouragement à achever son trienna1.

[Aunecy], 14 septembre 1627.

Ma très-bonne et chère Soeur, Je viens de recevoir voire lettre, et parce que nous sommes sur notre départ [pour Orléans], je n'y peux répondre si amplement qu'il serait peut-être requis, ni avec l'attention qu'elle mérite : Dieu suppléera, selon son accoutumée bonté, à tous mes défauts. — Il faut arrêter l'entrée de ces bonnes filles, selon l'ordonnance de Mgr votre archevêque ; que si les Révérends Pères nous en écrivent, je ferai selon son commandement.

Il est impossible qu'une Supérieure se puisse assujettir à tout ordonner au temps des obéissances, bien qu'il soit bon de penser ce que l'on a à y dire. Ce manquement que vous marquez en cela est peu de chose; mais celui de trop presser les esprits, bien que rarement il puisse y avoir du péché à cause de votre pureté d'inlention, si est-il de grande importance -y c'est pourquoi, ma très-chère Sœur, je vous conjure d'aller tout bellement en cette sainte besogne.

Lisez bien les écrits de notre saint Père [F. de Sales], et vous verrez l'extrême douceur et suavité avec laquelle il conduisait les âmes, lesquelles faisaient un avancement extraordinaire; par ce moyen. Surtout en ce point, je vous conjure de bien suivre son esprit : animez, encouragez, mais toujours doucement, je vous supplie.

C'est l'ordinaire, ma chère fille, que, dans les grandes occasions, l'on a plus de force pour les supporter que dans les

petites; c'est la [{race de Dieu qui fait cela par son assistance, el nous fait connaître le peu que nous sommes de nous-mêmes par les chutes que nous faisons es petites rencontres, afin de nous tenir humbles et dépendantes de Lui seul. Toutes ces petites attaques que votre cœur souffre ne sont rien à un esprit éclairé et résolu de ne vouloir que Dieu , comme je sais que c'est voire unique prétention.

Je vous assure, ma très-chère Sœur, que votre sincérité à me dire celte pensée (que vous êtes plus éclairée que moi) ma tout à fait plu : voilà la crème de la vertu que je désire aux Filles de la Visitation, celte candeur et simplicité de cœur. Dieu l'accroisse en vous avec l'amour de votre abjection et la sainte liberté d'esprit; tenez-vous ferme en ce train, ma trèschère fille, et j'espère que Dieu vous fera ressentir les merveilles de ses miséricordes; mais je vous prie, demeurez bien entre les bras de la divine Providence et de la sainte obéissance, et ne laisses point courir vos désirs hors de celle limite.

Croy es-moi, ma fille, c'est la gloire de Dieu que vous paracheviez votre carrière, je veux dire votre triennal, en la charge qne la sainte obéissance vous a donnée. J'ai mille raisons selon Dieu, et encore selon la bienséance que doit avoir l'esprit de la Visitation, mais je n'ai loisir de les dire J donnes-noos celte consolation de persévérer généreusement. Vous u'avei plus .que dix-huit mois s poursuivre; cela sera bientôt écoule, et, au bout, vous aurei mille saintes consolations d'avoir satisfait au bon plaisir de Dieu, qui vent cela de vous. Ivanl ce temps-là, Dieu aidant, nous nous verrons el résoudrons ensemble «le celle qui voua succédera, el les bâtiments encore s»»r lesquels il sera !>"ii d'avoir l'assentiment de Mgr l'archevêque, afin (!«• nous \ conformer autant qu'il dous sera possible.

Il est vrai, m o Irès-chèrc fille, qne ms Sœur [de Chàtel]

Supérieure de céans donna ce congé à ces chères filles l, qui ne le demandèrent que par une extrême appréhension de se voir privées de votre conduite, mais cela ne devait pas tant durer, car rien n'est égal à la sainte simplicité. Je vais dire quatre mots à notre Sœur Marie-Aimée [Bon], et, pressée de finir, je prie Dieu de répandre avec abondance ses très-saintes bénédictions sur vous et toute votre chère famille, me recommandant de tout mon cœur à vos prières, afin que j'accomplisse la sainte volonté de Dieu en ce voyage et à jamais. Partout où je recevrai de vos lettres, j'y répondrai toujours, car Dieu m'a donné une véritable affection pour vous et votre petite maison, et [je] désire de correspondre à la sainte confiance que vous me témoignez avec toute sincérité et fidélité. Adieu, ma trèschère fille j je suis de tout mon cœur votre très-humble sœur et servante.

Conforme à l'original gardé aux Archives delà Visitation d'Annecy.

LETTRE DCCCXVI

A LA MÈRE MARIE-AIMÉE DE JBLONAY

SUPÉRIEURE A LYON

Xouiolles de la communauté de Saint-Etienne. —On prépare une édition des Entretiens du Bienheureux François de Sales. — Maintenir les droits du Père spirituel.

VIVE f JKSUSÎ

Octobre 1627.

MA tus-chère fille,

Certes, l'on nous a reçues à Saint-Etienne fort cordialement. L exactitude y est fort grande pour toutes les choses extérieure* : l'esprit y était un peu trop serré et contraint; nous les wons, ce me semble, mises un peu au large. 11 me semble

qu'une quinzaine de jours avec elles, pour les bien éclaircir, leur ferait grand bien; s'il se peut, nous les leur donnerons à notre retour; certes, ces tilles-là méritent d'être cultivées, car elles ont le cœur très-bon et sincère. J'ai dit franchement à la lière [ Franco ise-Jérony me de l/illelte] qu'elle ne l'était pas assez, et m'est avis que le défaut vient encore un peu du noviciat; ce mal n'est pas sans remède en de si bons sujets. Oli ! mon Dieu, ma très-chère fille, que toutes les bonnes filles ne sont pas propres à conduire 1 La pauvre petite Sœur M. -Françoise aura peine de se retirer de ce grand désir qu'elle a de changer. Elle dit qu'on le lui a tant fait espérer que c'est cela qui Ta nourrie. Elle m'a promis toutefois d'en 1 lisser le soin à \otre- Se igné or et de n'y penser plus; cela l'a fort amaigrie du corps et abattue d'esprit.

Je n'ai rien oublié de ce que je devais dire à la bonne Mère . elle m'a dit avec douleur, ce me semble, qu'elle ressentait fort de ce que vous ne lui écrivez pas avec la cordialité que vous laites aux autre- ; fntes-le, je vous en prie, sans lui témoigner rien de ce que je vous dis. Je ne vois pas que notre So-ur M.l'rancoise ni la directrice soient loi l propres à lui succéder. 11 ) en a une jeune qui a de bons talent.-, mais elle est jeune i de Religioi ; m je puis pourvoir, nous I s >um ds >i elles le désirent. — Presseï un peu no lie Stem- la S ipérieure d'Année] pour les Entretiens, qui sont euh. les mains de M. de Tborens. Quand voua les aures, voyes-les a loisir, i t faites écrire coque vous jugeres ) pouvoir ajouter dei >'/le notre Bienheureui Pèi e,

Au i ma tri Ile, vous ne saui le bon et

cord u il que IL le comte de Vienne nous a fait. Il < p r-

!.iii( ment bon ; j<- voua prie lui en témoigner dd peu de gratitude. — Je fus marrie de voir si peu M. de la Paye ; j'oubliai de l<- prier d'écrire a U. Du pion t, peur lui d< lier les m .m s et lui iei la libei ider les S eui elou I endue d< i Ri

cl Constitutions; mais faites cela dextrement, je vous en prie, ma Irès-chère fille, comme aussi des Réponses que j'ai faites, lesquelles vous m'enverrez sûrement. — Si le calice n'est pas fait, ou s'il l'est et qu'on le veuille reprendre, laissez-le, et nous gardez l'argent à part; car nous vous renverrons le calice avec la litière .

Conforme à l'original yardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DCCCXVII

A LA MÊME

Préparer sagement sa déposition. — Une même Supérieure ne doit pas gouverner deux monastères en même temps. — Corrections à faire au Coulumier que l'on va imprimer. — Hâter la fondation du second monastère.

Ma très-chère fille

22 octobre [1627J.

C'est la vérité qu'il eût été bien à propos de ne point du tout parler de ces supériorités, que l'on eût été près d'aller en la nouvelle maison de Lyon, car ce bon seigneur pensera que tout ce que vous lui dites de cela aura été en suite de ce que nous en avions résolu ensemble, ce qui pourra heurter son esprit; mais cela est fait, il n'y a remède. Il ne faudra pas laisser pour cela d'observer la Règle, moyennant la grâce de Dieu. Je crois qu'il serait très-bon de n'en plus parler ni parmi les filles, jusqu'à ce qu'il soit nécessaire, et alors il faudra parler avec une humble force, représentant fermement les raions el l'importance. Si l'on allègue la Supérieure de Paris, il i;ujl répliquer que cela a été trouvé si mauvais par tous les couvent* el de tout le monde, comme il est vrai, qu'on ne l'y "" guère; car vous ne sauriez croire, ma très-chère fille, combien cela est désapprouvé, et ce qu'il a fait dire de l'esprit de celle bonne Mère. Si l'on vous voulait retirer tout prompte-

ment de là, l'on aurait sujet de craindre an peu 006 votre abm me ne nuisit à ces jeunes Supérieures.

Je ne me souviens pas bien de la fin de l'épîire, mais il me semble qu'il faut dire : Impetrez la divine nu "A à celle* ii, ou comme la première finit, ou bien niellez la fin comme vous voudrez, et (inissez comme l'on fait une lettre, par mestresc/icres Sœurs, puis la souscription, votre très-humble et obéiêsaute et indigne saur et servante en Nôtre-Seigneur, Sœur ï'rcmyotj etc. Prenez garde, ma vraie très-cbère fille, que si le Coutumier dit que les Supérieures déposées pourront èlre élues d'un autre monastère, il faut ajouter : ni une véritable néees* liti le requiert, » Vous me connaissez si bien par l'amour parlait que vous me portez, qu'il m'est avis que vous entende! fort bien tout ce qui est de mes intentions, sans que je vous les exprime. Si donc, en revoyant ma lettre du Coutumier, vous trouvez quelque chose a y rhabiller, faites-le en esprit de

sainte liberté ; car il m'est bien avis que Dieu, parsa boulé, a si bien uni nos esprits que nous ne pouvons avoir diversité de senlimen!

Vous oubliâtes de donner lesbuit éeus que j'avais demandés pour la cotte et les chemises de notre petite chère Sieur I\- Angélique [de la Croix de Fésigny], que nous avons laissée .1

Rioin, où tout va mieux que je ne pensais, :,iaee a Dieu. —

I.i Famille de Ifontferrand esl toute fail bonne, avec quantité de filles d'cliie, k Dieu, le vous écris ceci en chemin!

proche de Uoulins. J'aime chèrement nos bonnes Sœurs vos lille>, ei lue avec vous de (oui mon cœur. — .l'oubliai

de vous dire, ma Irès-chèi e fille, que vous ôlies du Directoire l'Office ce qui j | ourrail être de contraire 1 l'Office de Nota -

haine qui<>! <!u (ameile ; et quYu lailiele d. I enininunion- ,

eu il esl dit : // j )ur les princes chrétii :i</ notant*

ment pour celui du pays où la congrégation Si ti<<ur< établit parce que ces mots ion! dans la Constitution de la directrice*

Je vous dis que vous ajoutassiez, où il est dit que les bâtiments se feront simplement et solidement, ajoutez, dis-je, « à la capucine. »

J'avais écrit jusqu'ici quand je reçus vos lettres. Que ditesvous, ma très-chère fille, si je suis contente de votre maison, et si vous nous avez reçue avec assez de cordialité? Vraiment, vous êtes admirable de douter de cela. Votre fait est tel qu'il n'en faut plus parler, et vous et votre maison êtes au milieu de mon cœur, et rien n'est comparable à cela, après Xessy, qui doit en tout tenir le premier rang dans nos affections. C'est assez dit, vous prisez trop ce qui part de moi, qui ne peut avoir aucune bonté que celle que Dieu y daigne mettre; qu'éternellement soit-Il béni et glorifié Lui seul! De retourner à vous, je m'en garderai bien maintenant; et ces pauvres maisons qui nous attendent, que diraient-elles? — Je ne puis ôter de mon sentiment que ce ne soit la gloire de Dieu et sa volonté que vous soyez déposée, et qu'un an durant vous serviez à dresser les nouvelles Supérieures. Cela doit contenter M. votre Supérieur, qui me désobligera fort, s'il ne le fait. — Faites au plus tôt votre seconde maison l et louezen une en attendant l'achat d'une autre. Que vous devez à Dieu de vous départir ainsi ses grâces! Bénie soit sa bonté, j'en suis consolée.

1 La Mère de Blonay, se voyant contrainte «reconduire plusieurs sujets d'élite qui demandaient leur admission dans sa communauté déjà au complet, résolut de fonder à Lyon uneseconde maison de la Visitation. Grâceaux libéralités de M. de Sève de Saint-André, dont l'une des filles était novice au premier monastère, dit de Bellecour, la digne Supérieure put venir à bout de son entreprise. « Après bien des difficultés, on acheta sur la coltine de Fourrières la maison de Gourgulllon, bâtie sur un emplacei qui avait été sanctifié par le courage et les souffrances d'une multitude de martyrs. Le nombre de ceux qui donnèrent, en ce lieu, leur vie pour al i grand (disent les anciens Mémoires), que le reste du terre ne put boire descendit comme un torrent impétueux, à

Tenez main que le Coutuniier s'imprime au plus lut, el fort correctement , voyez-feu] toutes les feuilles. Je vous enverrai par la litière la Constitution corrigée pour servir de copie à T imprimeur. Ne soyez jamais en peine de ce que vous me direz. Il faut finir. Adieu, ma très-chère fille, à Dieu soyonsnous éternellement et sans réserve. Je suis votre d'une façon tout à fait incomparable. Je salue nos très-chères Sœurs, mais de tout mon cœur, et M. Brun.

Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.

LETTRE DCCCXVII1

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