ARCHEVÊQUE DE SENS
La Sainte s'afflige des maux du pauvre peuple. — La réception des sujets dépend
des voix du Chapitre.
vive -J- jésus!
[Annecy, 1636.] AIOXSEIGBJEUR TRÈS-CHÈREMENT AIMÉ,
Le divin Sauveur soit la consolation et le refuge de ces pauvres désolées provinces, et convertisse leurs calamités temporelles en bénédictions éternelles ! Hélas ! Monseigneur, quelles douleurs dans les cœurs qui entendent ce qui se passe! Est-il possible que des hommes chrétiens soient si préoccupés de leurs misérables passions qu'ils s'oublient des jugements de Dieu ? Sauveur du monde, miséricorde sur votre pauvre peuple! Monseigneur, je suis certes transpercée d'afflictions, quand j'entends dire et me représente les cruautés qui s'exercent, surtout sur Je pauvre peuple, qui porte la pénitence et les châtiments que méritent nos péchés, qui ont irrité le courroux de Dieu* et ce qui m'afflige encore plus, c'est que l'on ne voit point l'esprit d'oraison, pour invoquer sa divine miséricorde.
Mon Dieu! il me semble que les prédicateurs devraient sans cesse échauffer et animer le peuple à avoir recours à la souveraine Bonté; mais il semble que chacun ait la langue liée pour cela. Hélas! notre misère est si grande qu'encore que nous soyons bien touchés, nous ne méritons pas d'être exaucés. Nous
1 Octave de Bellegurde, d'abord évêque de Couserans, puis archevêque de Sens, fut un des conseillers intimes de sainte J.-F. de Chantai dans tout ce <|ui concernait raffermissement de l'Ordre de la Visitation. Souvent même, pour m direction particulière, elle recourut aux lumières de ce grand prélat qu'elle honorait parfaitement; c'est de lui qu'elle voulut apprendre « la façon <lc se disposer au redoutable passage du temps à l'éternité ».
persévérerons toujours à demander la sainte paix. \A v ou - devei
être bien consolé, mon très-cher seigneur, de oc que Dieu ioiiv donne force el courage pour parler li fermement, «-t pour dire les vérités à ceux qui ne les veulent entendre. Dieu en tirera va gloire au t«in p^ qu'il tait, Cependanl j'en bénis m Bonté] et la supplie qu'en (ont* occasion vous vous témoigniei loojonrs vrai serviteur de Dieu el père du peuple.
Je vous dirai simplement, Mon-» ijjneur, que quand llesi gnenrs nos prélats sonl fort éloignés de Dont, nous ne les impofv binons p is «le nos petites affaires, sinon *m il > le eommandenl expressément ; el l'on s'adr< ssm 1 < • in qu'ils bous donnent pour Pètes spirituels Et, qnantai Renvoi ou réception des filli s, i dépend nûmenl «les \n)\ du Chapitre. Il i -t vrai <|u'il faul que dous disions !«• bien et le mal que nous joj toi tilles pour
mu- r;i\i- des Supérieurs, qui aussi les doivent examiner pour la profession, avant menu que !<• Chapitre tirs lés voi\ pour rll.s Voila, mon très-cher seigneur, notre procédé selon notre Règle; el je m'assure que, si ma Sœur la Supérieure [de
McIiiii | • nt su fotre intention, elle n'eut en ; l'j euntre-
venir. Monseigneur, je vous souhaite incessamment le saint amour du Sauveur, et qu'il vous rende son l><m . t loyal serviteur, auquel II prenne ^in bon plaisir. Ou'y a-t-il en cette périlleuse vie «le désirable , que cet unique bonheur } Dieu donc vous le donne, par son infinie jràce; et iprès voire trépas I» glorieuse éternité, oè nous le bénirons -t louerons sans tin.
LETTRE MCDXLIV