A NEVERS
Elle l'invite à passer à Annecy, en revenant de Nevers. vive -J- jésus!
[Annecy], 29 novembre [1636].
Ma pauvre très-chère fille,
Je vous confesse que je suis en peine de ne point savoir de vos nouvelles, particulièrement à cause de la perte de votre dernière lettre, craignant qu'elle ne requît quelque réponse qui vous soit nécessaire; mais, ma vraie très-chère fille, pour l'amour de Dieu, donnez-moi la consolation de prendre la liberté de faire ce que vous connaîtrez être le mieux, selon Dieu et votre contentement et repos; car je vous assure que je ne veux que cela de vous, et si vous voyiez mon cœur et ses sentiments pour vous , vous vivriez en parfaite liberté et confiance de ce côté-là. Or, ces bains que Ton me dit que M. Besson vous mandait de prendre, me font penser que peut-être arrêtez-vous pour cela. Enfin, je suis en peine, et vous conjure qu'au plus tôt nous sachions de vos nouvelles et ce que vous résoudrez. Que si vous prenez résolution de retourner vers nous, mon Dieu! ma vraie très-chère fille, quelle consolation, et avec quel cœur et amour vous recevrons-nous, cela ne se peut dire!
Nos pauvres Sœurs de Chambéry sont en peine, aussi bien
1 Les cruelles souffrances qu'endurait la Mère M. J. Favre redoublant
d'intensité, ses Supérieurs, par le conseil des médecins, l'obligèrent de se
rendre une seconde fois au monastère de Nevers pour y boire les eaux de
Pongues. Comme on la pressait ensuite d'aller à Bourbon, elle refusa
énergiqnement, et répondit à la princesse de Gonzague-Nevers, qui joignit
ses instances à celles de plusieurs autres personnes de considération : «Si
eam de Pongnei n'avaient pu être apportées au monastère, j'aurais
mille fois choisi la mort plutôt que de condescendre à ce voyage, ou de
dicte qui pût tirer à conséquence pour le relâchement de la sainte
i ince . r ( l les de I V des premières Mères de la Visitation, par la Mère
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que nous, el vous attendent avec des cœurs vraiment filials,
surtout ces trois toutes bonnes, qui nnt un amour el estime ponr vous vraiment incomparables liais pourtant, ma fille, j«i désire extrêmement de les mortifier, <'u leur retard ml pour un peu le
cher bien de votre présence, vu- conjurant de venir [i user ici
11 ne vous tant pas plu< de JOUI 1 ici a Linn, (ju»' de LjOU
a Grenoble. El quand bien il I ludrait nw jour de plus, votre bon
cœur le donnerait volontiers | DOtre Consolation; ni ii< il ne le tant pas. Vous pouie/. bien venir en quatre JOUTS, et, étant
ici, nous vous ferons bravement conduire à Chambén «luis une bonne litière, Voilà ce que gavais dam l'esprit à voui dire, vous conjurant derechef que nous ayons an plus tût de vos nouvelles. — Notre bonne Mère Supérieure est au lit avec un tournoiement de tète qui ne lui procède, comme je pense, sinon qu'après qu'elle se tût tait purger et saigner, la semaine passée , elle ne
Se tint pas un peu en repos j car elle traite son corps eomme un
cheval. .Je ne sUs si elle pourra vous écrire; mais je saii bien qu'elle a grande envie de vous voir, et qu'elle vooi estim chérit non pareillement. Ha toute chère fille, je supplie q< boa Dieu vous combler de son saint amour. Je suis «mi Lui toute votre , | ois aucune réserve et de cœur. - - ->'» obvembr ,
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.1 ei us dernièrement eu retraita quand j'ai reçu votre lettre
el priai notre bonne Mère Supérieure de VOUS I répoodl
que je pensais. Depuis, vous avez écrit à notre chère Sœur Catherine-Elisabeth [de la Tour] , et m'avez envoyé la lettre de madame de Listenais , à laquelle j'écris de cœur selon votre désir. — Et pour vous , ma toute chère fille , que pouvez-vous attendre de nous, sinon cette parole que je vous dis du fond de mon cœur : ma fille , venez, si vous le pouvez faire selon Dieu, el vous proteste que vous serez, mais très-chèrement et cordialement reçue, non-seulement de moi, mais de toutes nos trèschères Sœurs et de notre bonne Mère , n'en doutez point; car nous vous chérissons en vraie dilection , n'en doutez jamais. Et puis, cette bénite maison n'est-elle pas la vôtre? Or voilà pour ce point ce que je vous dis, avec mes plus tendres affections.
Mais, ma fille, Dieu veut que je vous dise que vous ne laissiez point là vos Sœurs en désordre , ni toutes ces maisons de par delà, qui sont appuyées de votre conseil et assistance dans leurs besoins. Voyez donc, ma toute chère fille, à faire tout comme une vraie fille de Dieu et une Mère qui est chargée de cette nouvelle maison, qui doit tout faire sagement. Voyez donc, considérez devant Dieu, et faites selon que votre conscience vous dictera ; car, n'étant pas sur les lieux , nous ne pouvons juger, ni vous dire autre chose, sinon que vous devez avoir une entière et pleine confiance de notre affection , qui vous recevra à toutes bonnes occasions, comme vous le sauriez désirer. — Mon Dieu ! que je suis en peine de nos pauvres Sœurs de Besancon et des autres du Comté! Dieu les conserve et les tienne en divine protection, et vous aussi, ma très-chère fille, et toutes nos chères Sœurs! Priez toutes pour celle qui est toute vôtre.
Conforme à l'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
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