AUX MÈRES SUPÉRIEURES DES DEUX MONASTÈRES DE LYON
Douleur de savoir le deuxième monastère de Lyon affligé de la peste.
vive f jésus!
Belley, 30 octobre [1628].
Vous voulez bien, mes très-chères Sœurs et filles uniquement bien-aimées, que ce billet vous soit commun, puisque je n'ai nul loisir de faire mieux, vos lettres m'ayant été apportées sur notre départ d'ici. Oh! que mon Dieu soit béni de conserver vos chères personnes et votre grande maison! Je supplie son infinie Bonté de vous continuer cette miséricorde et le grand courage qu'il vous donne au milieu de cette tribulation ; mais aussi que doivent craindre les âmes qui sont toutes à Dieu, puisque rien ne leur peut ravir leur cher trésor, et que l'extrémité du mal de cette mortelle vie, qui est la mort, nous donne entrée en la vie bienheureuse? Mes très-chères filles bienaimées, rien ne me soulage, dans l'appréhension que je ne puis éviter de vous sentir dans ce péril, que celte cogitation et la considération de l'amour et respect que nous devons avoir à la très-sainte ordonnance de notre bon Dieu, que je veux adorer et aimer uniquement en tout ce qui Lui plaira nous envoyer.
0 mes très-chères filles, il est vrai, cette vie est misérable et méprisable, sinon en ce point qu'elle nous fournit les occasions (1 exercer notre foi, notre espérance et toutes les saintes vertus, surtout celle de l'amour pur et nu, dans une absolue résigna-
tion i ' ccepfation franche <le loufl ce que Dieu nous présente dans l< i afflictions, où notre nature ni noire amour-propre ne peuvent rien prendre, ains notre seul esprit Be joint cœur a. cœnr .1 son Dieu. — Je voudrais bien pouvoir m'entretenir davantage avec vous; mais voila cinq heures, il faut aller ouîrla •ite messe el partir.
Ifoufl ;u.7 lait un excellent aete de charité, ma très-chère
fille [Catherine-Charlotte], d'avoir retiré nos Sœurs [fin deuxième monastère], el ma Sœur [M. -Elisabeth] a sagemenl l'ait de Buivre le conseil en cette occasion '. Avec loisir, je voua en dirai mes pensées plus an long.
Nous allons a Nessy, d'on je vous écrirai tant que je pourrai,
1 I fil .1 Lyon des ra ffrayants : le premier monasti
>iinc à Belleeoar, antre le Rhône el la Saône, fut d'abord épargné; maia le • .1, mal lituation, une dei plus lalobrei de la ville tran-
iffrir. Dèi lei premiers jours, onse Religieuses furent atteintes, dI >'u peu de temps. La maison demeurant en outre eniM-fit dépourvue de secours ipirituels, on obligea lei Sœurs que le II. .m .iv.it respa epter l'hospitalité que leur offrait la Supérieure
de Bellecour : tel ctail l'effroi répanda dans o le ville de Lion,
qu'elles m- purent trouver une voiture pour faire le trajet,! rent con-
tes de parcourii : lei rues jonchées de cadavres. Non contente
de li 1 li plus vive charité, la Mère de Crémaui poussa le
jusqu .1 envoyer troii de lei filles & <i"ur: uillon que la prudence empêchait de transport* elles nioururenl martyres de leur héi Quand l'épidi
1 '•Unie de Poun imunauté du pi emier a q llemenl R
le l< m v ie . mv.'i tnmenl poui vu I
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Iprès li cessation du fléau, 0 nstata qu'il .oait fait, dans la leule
vilh- de Lyon , plus de quati mille victio
di.slui;piiil l'.iri i \l;;i Ui.ii h .1 Mn 1 , irt le I
mais les occasions seront rares. Pour Dieu, écrivez-moi tant que vous pourrez; je n'appréhende point vos lettres, mais ne les datez pas de Lyon. Oh! que celte pauvre ville me fait de compassion et cette petite troupe de la seconde maison! Au surplus, je prie madame de Mépieu de fournir tout ce qu'il vous faudra. Nous payerons céans le beurre et le fromage, car ce sont nos Sœurs de Belley qui l'envoient. Nos Sœurs de Crémieux, par une équivoque, nous ont retenu vos lettres, et ne m'en ont envoyé que des copies, mais j'en veux l'original. Écrivez-moi derechef, je vous en prie, tant que vous pourrez. Voici la sixième et septième fois que je vous écris en ce mois.
Dieu soit béni!
Conforme à L'original gardé aux Archives de la Visitation d'Annecy.
LETTRE DCCCXCVI
A LA MÈRE JEANNE-MARGUERITE GHAHU
SUFÉBIELRG A DOL, E.\ BRETAGNE
Nouvelles des Sœurs de Lyon. — Reconnaissance due à Mgr de Dol. — Les esprits légers ne sont paj propres à la vie religieuse. — Des voix au chapitre.
VIVE -f- JÉSUS.'
,T , Annecy, 5 novembre 1628