‹ LettresChapitre 11 sur 17 · H — JACQUES DU BELLAY A JOACHIM DU BELLAY · texte numérisé non relu

H — JACQUES DU BELLAY A JOACHIM DU BELLAY

Mon cousin, je receu à ce matin ung lectre du selleur de Mons' de Parys, la quelle je n^ay voulu monstrer à mondict s'" de Parys, sçachant bien qu'il" ne se pouroyt contenyr, luy voulant fayre telle injure que, en Taage où il est et estre ce qu'il est, luy vouloyr bailler^ la loy, chouse que je m'asseure qu'il ne l'endurera d'homme du monde que de Monseygneur le cardynal. Ledict seelleur m'a mandé que luy avés dict que vous révoqueryés les vycayres que Mons*" de Parys a créez, après que Monseigneur les a premyerement créez, chouse que je m'assure que ne sçaryez fayre. Et quant vous vouldrez meptre cela à exécution, je suys certain que Monseigneur

1 Lettre autographe (Fr. 10485, f. iQi). Cette lettre, curieuse par son orthographe bizarre et irrégulière, est de Jacques du Bellay, baron de Thouarcé, qui fut gouverneur d'Anjou et panetier du roi Henri II; il était frère de Pévéque de Paris, dont il prend assez vivement la défense ici. Son fils René (V. la lettre suivante) fut constitué par l'évêque, son oncle, héritier de tous ses biens.

2 L'original porte qui.

^ [/original porte baller.

le cardynal vous fera entendre que ce n'est en Fendroyt de Mons"" de Parys là où doybvés entreprendre telle chouse. Si vous le faictes, j'en seré mary et vous ausy, et m'en asseure bien, et quant je debveroys passer les montaygnes, j'en parleré a Monseygneur le cardynal, et croy qu'il ne vouldra fayre ceste honnte à Mons'^ de Parys. Après m'estre recommandé a vostre bonne grâce, je pryray Dyeu vous donner sancté. De Lonoye [?], ce xxvni™* d'aust.

Vostre bon cousin et amy, J. Dubellay.

(Au dos) : Mons"^ de Lyre, mon cousin, à Parys.

m — l'ÉVÊQUE de paris au cardinal du BELLAY *

Monseigneur, tout à ung coup j'ay receu voz deulx lectres l'une du x*^, l'aultre du xiiii° du

^ Lettre autographe inédite. (Fr. 10486, f. 160.)

passé, et jà estoys party de Paris pour aller à Glatigny, Tyron et Montigny \ qui m'a engardé jousques icy vous avoir peu envoyer voz basgues, desquelles j'en refusoys quattre mille escuz. Je ne sçay si les marchans sont en ceste mesme volunté. J'ay incontinant envoyé vos lectres à Mons' de Goue, et, si ce délibère de vous aller faire service comme je Fay veu en volunté, par luy je vous envoyray vos dictes basgues, sinon ce sera par voye seure. Vos lectres sont allées seurement à Mons'" de Lymouges^, car de bonne fortune il y avoyt de ces gens à Paris, qui s'en alloient après luy. J'ay amené céans à son mesnage madamoyselle vostre niepce, ayant consommé le mariage à Glatigny^. S'il plaisoyt à

* Glatigny, Tiron et Montigny sont dans le Perche, au diocèse de Chartres. C'est au château de Glatigny, près Montmirail, que naquit l'aîné des Du Bellay, Guillaume, seigneur de Langey.

2 Sébastien de l'Aubespine, frère de Claude de l'Aubespine, secrétaire d'Etat, est surtout connu par son ambassade près de Philippe II; « regere cœpit episcopatum Lemovicensem 1 55g. » {Gall. Christ, t. II, 640 B). Il mourut en i582. V. Négociations, lettres et pièces diverses relatives au règne de François II , tirées du portefeuille de Sébastien de l'Aubépine..., par Louis Paris. Paris, Impr. royale, 1841.

3 II s'agit du mariage de René du Bellay, baron de la

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Dieu luy faire ce bien, et à nous, de vous ramener par deçà, luy faisant, et à nous, cestelionneur la voyr en son mesnage, je m'asseure, Monseigneur, qu^auriés grand contentement d'elle : passant à Montigny, mon frère et moy y avons séjourné trois jours, pendant lequel temps avons parlé à la dame de Boutigny^, qui prétend la moytié de toute la terre de Montigny, les acquestz et déniés dotaulx distraictz qui appartenoyent à feu Mons"" vostre frère, par achapt qu^il avoyt faict de Barbe d'Houarty, veufve de feu Léonard de Feuly, parce que feu mondict s"* vostre frère, avoyt tousjours tenu le chasteau et empesché Ladicte dame de Boutigny d'y entrer, combien qu'elle fict ses effors d'y vouloir entrer. Despuys sa mort, je y avoys envoyé gens de renfort, pour semblablement Tempescher, qui venoyt à grands frais et en danger de quelque foUye. Or, Monseigneur, après avoyr eu plusieurs propos ensem-

Lande, fils de l'auteur de la lettre précédente, avec la nièce du cardinal, Marie, princesse d'Yvetot et dame deLangey ; la jeune femme était tille de Martin du Bellay, mort quelques mois auparavant, le 9 mars 1559. Cette union resserra les liens qui unissaient les adversaires de Joachim au puissant protecteur dont ils lui disputaient la confiance. ■^ Boutigny, près de Dreux.

ble, nous avons faict ung accord par provision que le chasteau vous demeure et les acquestz, et oultre la moytié de tout le revenu, et à elle Faultre moytié, dont elle jouira par main de commissaires, et les débatz à qui il appartiendra le total chasteau (par ce qu'elle prétend y avoyr la moytié), Fassignat des déniés dotaulx et aultres différens sont remys à Paris, où elle se y doibt trouver avec son conseil, à Pasques, pour les vuider sans procès, s'il est possible. Voilà, Monseigneur, ce que avons peu faire, mon frère et moy, pour le présent et pour le mieulx. J'ay bien ceste espérance que, la menant comme je la cognoys,que le chasteau vous demeurera, ensemble toute la justice et chastellenie, en luy baillant quelque récompanse en domaines, chose qui est fort aisée, sans rompre ceste belle terre. Je vous advertyray de tout, pour sur ce recepvoir voz commandemens. Je vous supply, Monseigneur, ne troulver mauvays si je me suys ung peu absenté de Paris, tant pour le maulvays aer qui y est, que pour mes aultres affaires. Je croy que si j'estoys à Paris, je seroys malade pour la puantisse de la rivière.

Quant à Sainct Maur, il y a eu tousjours des

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hostes ^ Il est mort ung de voz chanoines, nommé de Pardieu, nepveu de Mons'" ie cardinal de Meudon ^ Monsieur de Thou vostre chanoine et vicaire , en a faict la collation au lilz de Mons"" de Saveuse. Si Gallandius est mort, je n^en sçay encores rien. Ce sera pour Mons'" Nicayi, suyvant vostre commandement. S'il en vacque d'aultres, je vous supply me commander à qui voulés qu'elles soyent baillées. L'on m'a de Paris escript que le procureur général du Roy a lectres de la Royne pour avoir la première. Je ne sçay si l'on vous en aura escript, aussi qu'il vous plaist qu'on face des dignitez s'il en vacque. Il y en a qui sont malades et bien décrépites. Passant à Tyron, j'ay donné bonne ordre à tout mon voiage ; y estoit nécessaire. A Bourdeaulx% si je suys contrainct d'y aller, je mettray voz affaires

1 Le château de St-Maur-des-Fossez avait été commencé sur les plans de Philibert de Lorme, par le cardinal du Bellay, alors qu'il était évêque de Paris et doyen du chapitre de St-Maur. Catherine de Médicis l'acquit d'Eustache du Bellay, en i563, et le fit continuer.

2 Ce fait et les suivants sont mentionnés dans les lettres IX et X de Joachim.

3 Depuis la mort de François de Mauny, l'archevêché de Bordeaux était revenu entre les mains du cardinal. V. p. 1 1 , note I.

en repos, les ayant bien acheminées. Quant aulx prébendes de vostre église qui pouront vacquer, il y a Padvocat du Mesnil ^ ou Sainct Ayl% qui a grand envye d^en avoir une, ainsin que m'a dict ung conseiller de la court de Parlement, allié de sa famé, qui faict ses affaires. Aussi il y a Parchidiaconé de Montfort, au Mans, qui a vacqué despuys ung an. Geste archidiaconé et une prébende de Paris feroient ung bon appointement pour ce que prétend ledict Sainct Ayl.

1 Jean-Baptiste du Mesnil, avocat du roi au Parlement depuis i556, un des magistrats les plus intègres et les plus lettrés du XVIe siècle. V. Sainte-Marthe. Elog. Lib. IL,

2 Le seigneur de Saint-Ay, près d'Orléans, est nommé par Rabelais parmi les familiers qui assistèrent, en ib^3, aux derniers moments de Guillaume du Bellay, seigneur de Langey, frère aîné du cardinal. {Pantagruel, Liv. IV, ch. XXVII). 11 en fait aussi mention dans une lettre au cardinal du Bellay, du 6 février 047, publiée pour la première fois par Libri dans le Journal des Savants (janvier 1841). D'après une note de MM. Burgau,d des Marets et Rathery {Œuvres de Rabelais, 1^ éd., tj II, p. 625), ce seigneur de Saint-Ay aurait été Orson Lorens, écuyer. Il est encore nommé dans une lettre inédite et sans date de René du Bellay, évéque du Mans, à propos de la sépulture de Mr de Langey : « Mons', depuys ma dernière lectre, i'ay receu deux des vostres, l'une du xxv, l'aultre du xxvi» du moys passé. Pour responce quant à la sépulture de feu

Monseigneur, après avoir présenté mes très humbles recommandations à vostre bonne grâce, je pry le Créateur vous donner en santé très longue et très heureuse vie. De Gizieulx % ce xx'' de septembre iSSg.

Vostre très humble et très obéissant nepveu et à jamays serviteur, Eustache Dubellay.

(Au dos) : A Monseigneur.

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