‹ LettresChapitre 13 sur 17 · VI — JACQUES DU BELLAY AU CARDINAL DU BELLAY · texte numérisé non relu

VI — JACQUES DU BELLAY AU CARDINAL DU BELLAY

Monseygneur, j'é veu par ugne lectre que vous avez escripte à Mons"" de Parys, usant de vostre acoustumée bonté envers les vostres, d^avoyr pytyé des affligiés pour la faveur que ont maintenant mes partyys adverses, dont je vous mercye très humblement. Je sçay que, si Dyeu m'avoyt tant délayssé d^avoir faict offence aus hommes, je ne seroys oublyé ; mays, grâce à Dyeu, je ne les ay jamays offencé, et me confye en Dyeu et la justice de ma cause, et s^il lui playsoyt permeptre vostre retour en France à vostre contentement, je seroys guary de toutes mes maladyes, vous fayzant toute ma vie service comme je doy, et avoyr cest honneur vous voyr en ungne maison, en laquelle il vous a pieu loger madamoyselle votre nyepce % de la quelle je ne me puys garder de vous dyre que elle seuUe suffist pour m'empescher d^avoyr ennuy.

1 Lettre autographe (Fr. 10485, f. igS), du même auteur que la lettre publiée à l'Appendice II.

■2 II parle de sa belle-fille, Marie du Bellay, nièce du Cardinal. V. Appendice 111.

Madamoyselle de Boutygny presse de meptre fin au partage de la terre de MontignyS la moytyé du chasteau et du revenu luy en apartyent par la coustume, hors mys les acquests et les denyés dotaulx de la feu dame d^Ouarty. Je vous supply mander ce qu^il vous playra en estre faict , car, pour tous les biens du monde, je ne voudroys vous déplayre. Je ne vous enuyré de plus longue lectre sçachant bien que avés de plus grandes affayres, suplyant le Créateur, Monseygneur, vous donner en sancté heureusse et longue vie. De la Fuellée ^, ce xxin^ de décenbre.

Votre très humble et très obéyssant serviteur et nepveu,

J. Dubellay.

(Au dos) : A Monseygneur Monseygneur le cardynal du Bellay, à Romme.

1 V. sur cette affaire Appendice III.

2 La Feuillée, dans le Maine, seigneurie de la maison du Bellay.

VII — l'ÉVÊQUE de paris au cardinal du BELLAY ^

Monseigneur, pour respondre à vostre lettre du jour Sainct Luc, en octobre dernier, j^ai envoyé vers Mons"^ du Mans ^ pour de luy entendre ce que me mandés par vostre dicte lettre en ces motz : quant à Sainct Ayl ^ c'est à Mons"" du Mans à y satisfaire. Je veulx en estre résolu. Je n'ay encores eu sa response; incontinent que Tauray, je la vous envoyray, et ce pendant je ne puis parler audict Sainct Ayl, pour lequel contenter vous avés ung archidiaconé en vostre diocèse du Mans de valleur de quatre à cinq cens livres ainsi qu'on m'a donné à entendre. Davantaige , Monseigneur, vous avez ceste tierce prébende de Paris, s'il ne vous plaist la bailler à Fung des deulx de mess'"' de Lyray et Nicquet, dont j'attens vostre commandement pour n'estre en malle grâce ni de l'ung ni de l'aultre. Au pis aller, Monseigneur, la première

1 Lettre autographe {Fr. 10485, f, 164).

■2 Charles d'Angennes « Genomanensi donatus cathedra anno i556... munus adiit 22 octobris ibbg. » {Gall. Christ., t. XIV, 414 D^.

vaccante, si vostre plaisir est la luy donner je croy qu'il s'en contentera : toutesfoys , pour en estre plus asseuré, je le vouldroys sçavoir de luy, ce que je scauray par moyens, ayant entendu la response de mondict S*" du Mans.

Monseigneur, quant à Mons"" de Lyre, si j'ay pansé qu'il ayt esté cause de me mettre en vostre malle grâce, ce n'a esté sans démonstration que luy mesmes en a faict de la faire cognoistre : vous supplyant. Monseigneur, ne trouver maulvays si je ne me puys tant commander de faire bon visage à ceulx qui ne veullent faire tel tort sans que j'aye jamays songé de le mériter. Mais pour cela il ne sçauroyt dire que j'aye prins l'esprit de vengence contre luy, et pour avoir employé ceulx qu'avés esleuz à votre service (comme Mons^ le Trésaurier de Thou), ce n'est pas commettre voz affaires à mes varletz*. Et ce que je puys de moymesmes, je n'y employé personne, Et fault. Monseigneur, que je vous die que, davant mon parte-

1 II est certain que Joachim, dans ses rapports avec l'évêque de Paris et dans le maintien de ses droits à Tadministration du diocèse, témoigna d'une irritabilité excessive. Les termes dont il paraît s'être servi vis-à-vis de ses collègues, les chanoines et vicaires de Paris, en sont une

ment de Paris, il estoyt du tout sourd , comme il est de ceste heure , sans quasi aulcune espérance de guérison. Scripto est agendum et loquendum cum illo. Et, au temps qui court, il est besoing avoir gens cler voyant et oyant mesmes pour le faict de la religion , et en Testât qu'il est, ce luy est chose impossible d^y vacquer. Quant aulx trois mille livres de bénéfices ^ que luy avés donnés, ce n"'està moy. Monseigneur, de retrancher vos bientiaictz en son endroict, mais plustosi je les vouldroys alonger, si j^avoys le moyen et d^effet et d^alïeclion. Luy mesmes sera tesmoing combien et quantesfoys j^ai escriptà Mons"" de Saincte Croix ^ pour le prieuré de Bardenay ^ près Bourdeaulx que luy avez donné, et y fays tout ce que je puys. Quant il vous plaira entendre ce qu^il a eu, le me com^ mandant^, je le vous feray sçavoir au vray.

preuve. On trouverait son excuse dans l'état de santé dont Eustache du Bellay fait plus loin un si triste tableau.

1 L'aisance de Joachim est attestée par ce chiffre considérable de revenus ecclésiastiques; cela ne l'empêchait pas, on le voit, de demander encore une prébende.

2 L'abbé de Sainte-Croix, à Bordeaux, était alors Auger Hunaut de Lanta , qui occupa ces fonctions de 1 553 cà 1 565 {Gall. Christ, t. IL 865 C).

■^ Serait-ce Verdelais, où se trouvaient des Célestins. '>■ Lems. porte « commandement )>, qui n'offreaucun sens.

Quant à Madamoyselle de Villeneufve , je ne scay de quoy, Monseigneur, elle se plainct : ses enfans et filles sçavent assés combien je Thonore et révère et feray toute ma vie. Elle aura tousjours ce que feu Mons"" de Langey^ lui faisoit bailler et y feray du mieulx qu^il me sera possible. J'estime que de ceste heure vous aurés long tempsareçeuz voz basgues. Je vous envoyé une lettre de bancque de douze cens escuz, port et change payés , pour vostre moys de febvrier.

Monseigneur , après avoir présenté mes très humbles recommandations à vostre bonne grâce, je pryle Créateur vous donner en santé très longue et très heureuse vie.

De la Fueillée, au pays du Maine, ce xxvin^ de décembre iSSg.

Votre très humble et très obéissant nepveu et à

jamays serviteur, tt . u j d n ' •' ' Eustache du Bellay.

1 Martin du Bellay, seigneur de Langey depuis la mort de Taîné de la famille, en id^3, était mort le 9 mars idSq.

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