‹ LettresChapitre 8 sur 17 · IX AU CARDINAL DU BELLAY · texte numérisé non relu

IX AU CARDINAL DU BELLAY

Monseigneur, depuys ma dernière dépesche, j'ay receu une lettre de Monsieur du Bellay^ que j'ay enclose en ce pacquet, avec une coppie de la response que j'ay faicte à Mons' de Paris, pour ce que je me doubte.bien quemondict s"" Dubellay, suyvant ses bonnes coustumes, ne fauldra d'exécuter les menaces contenues en sesdictes lettres. Je ne vous en feray aultre discours que celuy que vous voyrez par madicte response. Ce jourd'huy est vacqué une prébende de vostre eglize de Nostre Dame, que Mons'' le thésauryer de Beauvoys ^ a conférée au filz de Mons"" de Saveuse, encore que je luy eusse faict remonstrer de ne me

1 Lettre autographe (Fr. 10485, f, i83).

2 C'est la lettre de Jacques du Bellay (V. Append. II), que Joachim avait eu le temps de recevoir. Si ce n'était pas celle-ci, on ne s'expliquerait pas sa présence parmi les lettres originales reçues par le cardinal.

3 Ce trésorier de Beauvais n'est autre que Nicolas de Thou, conseiller clerc au Parlement, archidiacre de Paris, abbé de Saint-Symphorien de Beauvais, plus tard évêque de Chartres. C'est le frère du premier président, Christophe de Thou, et l'oncle du grand historien, Jacques-

faire ce tort qu'en Fabsence de Mons'' de Paris jene feisse la charge qu'il vous a pieu me donner, et qu'il me pouvoit bien porter aultant de respect qu'il avoyt faict au feu chantre Moreau ^ Il ne m'a allégué aultre chose que la prière de Mons"" de Paris luy en avoyt faicte. Je vous supplye très humblement, mon seigneur, de ne m'estimer si ambitieux que je recherche tel souvenir si non

Auguste de Thou. — Voir la lettre de l'évêque datée de Paris du 20 septembre : « Il est mort ung de voz chanoines nommé de Pardieu , nepveu de Mons*" le cardinal de Meudon : Mons'' de Thou, vostre chanoine et vicaire, en a fait la collation au fils de Mons^" de Saveuse. » (V. Appendice IV.)

1 MM. Burgaud des Marets et Rathery ont publié {Œuvres de Rabelais, 2^ édit., t. I, p. 61), un extrait des registres du secrétariat de Tarchevéché de Paris, de i552, qui nous apprend ce qu'était ce chantre Moreau. C'est lui qui reçut de Rabelais la démission de la cure de Meudon, au diocèse de Paris, et de Saint-Christophe du Jambet, au diocèse du Mans : « Resignavit, cessit et dimisit pure, libère et simpliciter, hujusmodi Pariochalem

Ecclesiam in manibus D°i Joannis Moreau , Ecclesiae

Parisiensis canonici, vicarii generalis R™» Dn» cardinalis Bellaii, R™' nuper Parisiensis Episcopi, cui coUatio et :lispositio Beneficiorum Ecclesiasticorum Episcopatus Parisiensis auctoritate Apostolica reservata exstitit. » M. Re- /illout conclut que Joachim du Bellay, qui rappelle l'exem- Dle du feu chantre Moreau , était comme lui vicaire général du cardinal.

aultant que c'est pour vostre service, en quoy je ne céderay jamays à personne. Ce qui me donne plus d'ennuy, c'est l'injure que l'on me faict de me vouloyr oster sans révocation ny aultre exprès commendement de vous ce qu'il vous a pieu me donner. Je ne veulx prescher mes mérites, mays s'il vous plaist de le réduyre à mémoyre, vous trouverez. Monseigneur, qu'en moins d'un an et demy vous avez disposé de plus de troys mil livres de rante ce pendant que je m'en suys meslé. Et si avoys ung légat en teste, qui m'a donné de la peine telle que vous avez peu entendre. Je seray bien ayse que les aultres facent mieulx, mays je m'asseure bien qu'ils ne s'en sçauroient acquicter plus fidèlement.

Monseigneur, je supplye le Créateur vous donner en parfaicte santé très heureuse et très longue vye. De Paris, ce i^"^ de septembre iSSg.

Votre très humble et très obéissant serviteur,

J. Dubellay.

Je ne veulx oublyer à vous advertir. Monseigneur, que Mons'^ Gallandius * est malade à l'exr

1 Pierre Galland, professeur au Collège Royal, célèbre par sa querelle avec Pierre Ramus, au sujet de laquelle Du Bellay composa sa Pétromachie (i55i. — Œuvres, t. II,

rémité et, dict-on, qu'on le cèle mort depuys :inq ou six jours. Je ne sçay à quelle fin. On dict lussi que sa prébende estoit vacquée en Régalle Il que le Breton, secrétaire de Mons'' le Card''^ de Lorraine, la veult impétrer; ce sera une forte 3artye, s'il ne se treuve que la partie adverse ludict Gallandius luy eust passé maintenue*» Il ieroit bon de bailler Niquet en teste audict Breton ^ Le procureur général du Roy, Bour-

3. 4o3). Il mourut le 6 septembre iSSg. L'évêque de Paris l'en savait encore rien le 20 septembre (V. Appenlice II).

' Ce passage s'explique par les règles d'un droit canolique particulier à la France. Le roi avait le droit de conférer, pendant la vacance des sièges épiscopaux, les bénéices qui étaient à la disposition de Tévéque , et ce droit 'aisait partie de la prérogative royale appelée régale. Or, fêtait un privilège de la régale qu'elle devait avoir eu son îffet; autrement le bénéfice vaquait toujours en régale. 3i donc Gallandius avait obtenu une prébende vaquée en •égale, et ne s'était pas arrangé avec celui qui la lui dispu- :ait, la régale, par suite du litige, n'avait pas eu son plein îftet, et c'était toujours au roi et non au cardinal à disposer de la prébende. (Note de M. Revillout). « Passer mainenue » signifiait confirmer définitivement un droit à celui :]ui en jouissait déjà de fait. (V. Appendice V.)

- Ce Nicquet ouNicaytest nommé dans les lettres de résèque de Paris (V. App. III, V, VII). Pour Le Breton, cf. jne note sur la lettre VII, p. 43.

6o LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY

din^faictles plus grandes instances du monde pour une prébende de Nostre Dame. Il m'en fist parler et escripre parla Royne^ pour celle de Mons'^ de Sainct Ferme % et dernièrement m'en a faict escrire par ladicte dame pour celle de Saveuse, encore que je n'en aye faict la collation, mays le thésaurier de Beauvoys. Il semble que ledict procureur en veuille avoyr par force et n'est pour se désister de telles importunitez si vous ne luy en fermez la bouche, car il n'use de moindres motz si non que le Roy le veult ainsi. Et sans vostre exprès commendement on ne peulî disposer desdictes prébendes, comme je luy ay très bien faict entendre.

(Au dos) : A Monseigneur.

1 Gilles Bourdin, célèbre magistrat, procureur général du roi au Parlement, commentateur d'Aristophane, était un protégé de la maison de Lorraine. V. Sainte-Marthe, Elog., Liv. II, p. 5o.

2 La reine est Marie Stuart; mais il est possible qu'il s'agisse ici de la reine-mère. Sur les démarches de Bourdin, cf. App. III.

3 V. une note sur la lettre VII.

LETTRES DE JOACHIM DU BELLAY 6l

Page 1