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Janvier

2 Acte de baptême de Françoi3-Xavier Duplessis (Extrait des Registres de la <ure de Québec) :

Le quatorzième jour du mois de janvier d2 l'an 1691 a été baptisi par moy

NOTICE BIOGRAPHIQUE XV

Enfin, le 22 juin 1704, M. Duplessis faisait baptiser le cadet de sa famille, Charles-Denis, le seul qui devait perpétuer son nom.

Dans le dessein d'établir un jour sa famille, Georges Regnard Duplessis faisait le 15 octobre 1696 l'acquisition d'une étendue de terre considérable en Acadie sur les bords de la baie et de la rivière de Cocagne. Ce domaine seigneurial de deux lieues de front sur six lieues de profondeur reçut le nom de Duplessis, et ce fut le gouverneur de Frontenac qui le lui donna dans le titre de concession ^. Il n'appert pas que le trésorier ait jamais fait exploiter cette vaste propriété. Le 14 octobre 1699 ^ il achetait de Thomas Bertrand, officier de marine, ^ domicilié à Paris, la seigneurie de Lauzon, bel apanage situé sur la

François Dupré, curé de Québec, François né le jour d'hyer fils de George Regnard du Plessis, trésorier de la marine en ce pays, et delle Marie le Roy, sa femme. Le parrain a été François Provost lieutenant de roi de cette ville et la marraine dame Louise Elizabeth de Joybert femme de Monsieur de Vaudreuil, ■commandant des troupes de Sa Majesté en ce dit pays, lesquels ont signé. (Signé) Provost, L. E. de Joybert

François Dupré Regnard Duplessis.

1 Pièces et documents relatifs à la tenure seigneuriale, p. 427. (Ed. de 1852).

2 Greffe Guillaume Roger.

L'acte de vente dit ; Thomas Bertrand, bourgeois, de Paris, domicilié rue •du Temple, paroisse St Germain, mais une procuration de sa femme, Marie de Les art, datée à Paris du 25 avril 1698, dit qu'il était officier de marine.

XVI NOTICE BIOGRAPHIQUE

rive droite du Saint-Laurent, en face même de Québec. Pour une raison que nous navons pu saisir c'est François Magdeleine Ruette, écuyer^ seigneur d'Auteuil et de Mousseaux, conseiller du roi et procureur général au conseil souverain de la Nouvelle-France, qui signa comme acquéreur au titre de vente p(»ur le prix de cinq mille cinq cents livres, mai» dans un acte du 27 mars 1700 devant le lieutenant général de la prévôté de Québec, il déclara qu'il avait fait cette acquisition pour Duplessis, que celui-ci lavait payée de ses deniers et qu'il n'avait fait que lui prêter son nom. Dès le 15 octobre 1699 il avait fait une semblable déclaration dans un écrit cacheté de trois cachets à ses armes déposé chez le notaire Roger et qui était demeuré secret au désir de Duplessis.

Duplessis, qui était un homme très soigneux et fort minutieux en affaires, consentit le 27 Mars 1700 une obligation de 3000 livres à son ami Paul Dupuy^ lieutenant particulier au siège de la prévôté,dans le but de faire vendre par décret la seigneurie qu'il venait d'acquérir afin de la purger des hypothèques qui pouvaient la grever et obtenir un titre parfait de propriété. (Déclaration deDupuy 7 Mars VIQO -Greffe Roger,)

Une fois entré en possession de sa seigneurie Duplessis commença par étudier les causes qui en avaient empêché le développement. Il voulut savoir pourquoi

NOTICE BIOGRAPHIQUE XVII

le domaine de Lauzon, ^itué à proximité de la capitale, n'était pas encore colonisé comme les autres propriétés seigneuriales du pays. Il constata que plusieurs de ceux qui y avaient pris des terrains les avaient abandonnés avant d y avoir tenu feu et lieu et d'en «.voir commencé l'exploitation. Duplessis demanda -et obtint du Conseil Supérieur la permission de reprendre et de concéder à qui bon lui semblerait toutes les terres ou les colons n'avaient pas fait tenir feu et lieu. Cet arrêt fut publié aux portes des églises de la seigneurie et un délai de trois mois fut donné aux concessionnaires pour prendre possession régulière de leurs terres. A l'expiration de ce délai elles devaient

retourner au seigneur sans forme de procès ^.

Au printemps de 1704, M. Duplessis s'occupa

d'établir les bornes de sa propriété, et il fit sanctionner par le Conseil l'arpentage qu'il en fit faire ^.

Comme à la seigneurie de Lauzon était attaché le droit de haute, moyenne et basse justice, M. Duplessis nomma d'abord à la charge de juge sénéchal Michel Lepailleur, notaire à Québec. Celui-ci, après avoir occupé cette charge de 1700 à 1701, étant

1 24 juillet 1702. Jag^im^ati nt d'Ji')' ratio nu du Conseil Supérieur IV — 733. -• 25 avril 1704- -loc. cit. p. 909.

XVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE

allé se fixer à Montréal fut reipplaeé par le notaire Jac- (jues Barbel ^. Dans le même temps Jean Huard, proeureur fiscal depuis un grand nombre d'années, étant devenu vieux et incapable de remplir ses devoii^s, Edmond Lefebure prit sa place ^ et la garda jusqu'au 15 juillet 1711 où Hilaire Bernard de la Rivière lui succéda ^.

On sait que d'après la coutume féodale qui régissait alors le pays certains honneurs devaient être rendus dans les églises aux ofiiciers des justices seigneuriales. Lors de l'établissement de la paroisse de Saint- Joseph dans la seigneurie de Lauzon, les seigneurs ne s'étaient réservés aucun bien domanial. Le missionnaire desservant et les habitants ne sachant où placer l'église» s'étaient adressés à François Bissot, sieur de la Rivière» et à Etienne Charest, son gendre, pour en obtenir un terrain pour y placer l'église, le presbytère et un cimetière. Ceux-ci ayant accédé à cette demande, en reconnaissance, la fabrique leur donna le premier banc à gauche de la nef de l'église, place qu'on regardait en ce temps-làcomme la plus honorable, suivant ce qui se pratiquait dans l'église cathédrale de Québec *.

1 Nomination du 12 mai 1703.

2 Nomination du 15 février 1704 (Registre des insinuations de la prévôté de Québec vol, 4.)

3 Rég ins. prévôté— Yol. 5.

4 Voir plan de l'intérieur de l'église de Saint-Joseph en 1690. Jugements et délibérations du Conseil Supérieur, vol. 5. p. p. 60-61.

NOTICE BIOGRAPHIQUE XIX

En 1675, Guillaume Couture alors juge sénéchal avait obtenu du Conseil Supérieur que son banc fut placé le premier dans la nef. Quand il mourut (1700), la famille Charest voulut reprendre le privilège que la fabrique lui avait accordé jadis, mais les officiers de justice du seigneur Duplessis reclamèrent et le Conseil Supérieur leur donna gain de cause. Il fut aussi décidé que les officiers de justice auraient après le seigneur un banc ou place particulière dans le lieu le plus honorable de réglise de St-Joseph lorsqu'ils assisteraient au service divin, et qu'ils auraient droit au pain bénit,. à la paix, à la quête, aux cierges, aux rameaux et aux autres honneurs tant au dedans qu'au dehors de l'église: avant les marguilliers ^.

Le printemps de l'année suivante (8 mars 1705) les marguilliers ayant fait porter en premier lieu le pain bénit au procureur fiscal de la seigneurie, la famille Charest, fort irrité, s'adressa de nouveau au Conseil Supérieur. Elle manifestait sa surprise qu'on eût donné le pain bénit " à un domestique du sieur Duplessis sous le nom de procureur fiscal de la. seigneurie". " Il est visible, disait-elle, que l'oubli que les marguilliers font de la libéralité de ses grand père

1 Jiigements et délibératio^is du Conseil Supérieur vol. iv, p. p. 1029, 1056>- 30 Juin, 4 et 28 Juillet 1704.

XX NOTICE BIOGRAPHIQUE

«t père est un dessein formé en eux par crainte ou autrement pour gratifier le sieur Duplessis ce qui n est pas supportable pour la famille Charest qui non-seulement est fondatrice de Téglise par le fonds que ses ancêtres ont donné mais encore parce qu elle soufire toutes les incommodités que cause le voisinage d'une église paroissiale." Le Conseil Supérieur décida de nouveau que les droits honorifiques dans Téglise devaient appartenir aux oflSciers de Duplessis ^.

M. Duplessis, tout en revendiquant avec vigueur les privilèges et les honneurs que le droit féodal lui attribuait en sa qualité de seigneur, ne mettait pas moins d'ardeur à exécuter les obligations que ce même droit lui imposait.

Ainsi, un des principaux devoirs du seigneur était d'avoir un moulin banal pour Tusage des censitaires de sa seigneurie. La famille de Lauzon, ancien propriétaire du fief qui a gardé son nom, avait toujours négligé de s'acquitter de cette obligation. M. Duplessis en fit bâtir deux, l'un près de l'église de Saint- Joseph dans la baie connue sous le nom d'Anse des Sauvages -l'au-

1 loc. cit. -vol. V— P; p. 284, 326.

2 Dans un billet laissé au notaire Charles Rageot par le curé Boucher, de la Pointe Lévy, sur son départ pour Montréal le 5 juillet 1702, on voit que le 5 juin de cette année M. Duplessis eL Michel Guay convinrent de s'en rapporter à Rochon, Béjfin, Lecours, Louis Brîilot et Carrier pour estimer le terrain de Michel <îuay dans l'anse où était construit le moulin de la Pointe Lévy sui\ant les bornes qui seraient marquées. Le prix que M. Duplessis se trouverait payer à Guay devait être fixé à l'arpent superficiel.

NOTICE BIOGRAPHIQUE XXI

tre sur les bords de la petite rivière à la Scie qui traverse un fief dont les Religieuses Ursulines de Québec étaient alors propriétaires ^.

François Bissot, dont a vu les héritiers revendiquer les droits honorifiques du seigneur dans Téglise, avait construit dès 1655 avec lassentiment de la famille Lauzon, un moulin sur sa propriété, où tous les censitaires allaient faire moudre leurs grains. Comme le droit de banalité n'appartenait qu'au seigneur, Duplessis dût encore réclamer devant les tribunaux. La famille Charest, héritière de Bissot, qui se voyait contester les uns aprèsles autres tous lesprivilèges dont elleavaitjouipar tolérance depuis tantôt un demi siècle, opposa unerésistance opiniâtre aux légitimes prétentions de M. Duplessis. La contestation dura quatre longues années,, mais M. Duplessis en sortit victorieux *^.

Juste et équitable dans ses relations de chaque jour avec ses censitaires, mais homme d ordre avant tout,le seigneur Duplessis se montrait impitoyable pour ceux d'entre eux qui manquaient à leurs devoirs envers lui. Quoiqu'il demeurât à Québec où ses charges de trésorier et de receveur de l'amirauté employaient la plus

I. La rivière à la Scie se jette dans le fleuve St-Laurent, à un demi mille environ à l'est de l'Etchemin.

2. Jugements et délibérations du Conseil Supérieur Vol. 6, p. 478 et Edit& ordonnances vol. II p. p. 146 150.

XXII NOTICE BIOGRAPHIQUE

grande partie de son temps, il suivait de près tout ce <)ui se passait dans sa seigneurie. Après avoir organisé la justice et revendiqué pour ses officiers les honneurs auxquelles ils avaient droit, après avoir construit des moulins et donné aux habitants toutes les facilités possibles pour y faire moudre leurs grains, il voulut lui-même guider les colons dans le choix de leurs propriétés. Il commença à concéder des terrains sur les bords de la belle rivière Etchemin, qui traverse la seigneurie de Lauzon.

Sévère pour lui-même et pour ceux qui étaient sous son contrôle, M. Duplessis possédait cependant un grand fond de bonté. Son penchant naturel le portait à prévenir les besoins de toutes les personnes à qui il pouvait être utile. Ceux qui le connurent dans Tintimité racontent qu'il n avait jamais goûté en ce monde une joie plus parfaite que lorsqu'il soulageait un malheureux. "C'était un homme très vertueux, craignant Dieu, d'une grande droiture et fort désintéressé, " dit de lui la révérende mère Juchereau de Saint-Ignace dans ses mémoires. Ce jugement est d'autant plus précieux qu'il n'était point destiné à franchir les murs du cloître oîi il fut prononcé.

NOTICE BIOGRAPHIQUE XXIIl

M. Duplessis avait pour intime ami M. Paul Dupuy qui mourut lieutenant général de la prévôté de Québec. Paul Dupuy, originaire de la ville de Beaucaire en Languedoc, était venu au Canada comme officier du régiment de Carignan. Dès que son régiment fût licencié, il se maria et se retira sur Tîle aux Oies. Il y éleva une nombreuse famille et y vécut comme un saint pendant plusieurs années, donnant tous les jours plusieurs heures à Toraison, «'occupant de lectures pieuses, et faisant toutes les fêtes et dimanches une exhortation à ses domestiques et aux habitants des environs qui se rassemblaient chez lui pour entendre parler de Dieu. Il s'énonçait avec une grande facilité, avait une très belle mémoire et exprimait ses sentiments sur les vérités de Tévangile d'une manière qui touchait ses auditeurs jusqu'aux larmes. Plusieurs témoins assurent que jamais prédicateur ne leur avait fait une si gi*ande impression. M. Dupuy venait rarement à Québec. Tout le bien que l'on disait de lui donna l'idée au gouverneur et à l'intendant de le tirer de sa campagne pour le faire entrer dans la magistrature. Le marquis de Denonville, gouverneur-général et M. de Champigny alors intendant demandèrent pour lui la charge de procureur du roi, ce qui l'obligea à venir demeurer à Québec. Il fut nommé plus tard lieutenant particulier, et, mourut, coni-

XXIV NOTICE BIOGRAPHIQUE

me nous Tavons dit, lieutenant-général. M. Dupuy ne se départit jamais du genre de vie qu'il avait adopté, édifiant tous ceux qui le connaissaient par sa conversation, son assiduité au service divin et son culte spécial à la Sainte-Vierge.

Les moyens de M. Dupuy ne lui permettant pas de faire tout le bien qu'il désirait, il laissa à M. Duplessis> son fidèle ami, le soin de mener à bonne fin les œuvres que sa piété lui inspirait. C'est ainsi qu'on les voit tous deux, en 1698, prendre une part active à la réorganisation du barcauy des pauvres qui avait été fondé dix ans auparavant à Québec. M. Dupuy qui avait été le premier trésorier de cette institution charitable établie en 1688 céda alors sa place à M. Duplessis 1.

De quinze enfants qu'il avait eu de son mariage, M. Dupuy ne laissa que deux filles qui se firent religieuses au monastère de l'Hôtel Dieu de Québec. Il ne cessa de combler cette communauté de ses faveurs. M. Duplessis devait le remplacer dans ses œuvres. Pendant vingt-cinq ans qu'il demeura à Québec, il s'employa en effet de tout son cœur à seconder la charité de son ami. " Sa bourse nous était

1 Nomination de M. Duplessis comme trésorier du bureau des pauvres, le 10 M.&n IQ98.— Jugements et délibérations du Conseil Souverain, Vol. IV, p. 174.

NOTICE BIOGRAPHIQUE XXV

toujours ouverte, écrit Tannaliste de la maison, soit pour nous donner des lettres de change, soit pour nous avancer nos gratifications tant qu'il a été agent ou pour nous prêter sans intérêt des sommes considérables pour autant de temps que nous voulions. Il fallait que la discrétion réglât nos demandes, car il ne nous refusait rien, et se tenait plus satisfait quand il nous avait obligées que nous ne Tétions nous mêmes des secours qu'il nous avait donné ^. "

M. Dupuy était septuagénaire lorsqu'il mourut le 20 décembre 1713. Il avait conservé jusqu a la fin un esprit fort agréable et il fut regretté de tous ceux qui avaient été à même d'apprécier ses précieuses qualités^ M. Duplessis ne survécut que de dix mois à son ami. Il mourut le 30 Octobre 1714 \

Pendant ses vingt-cinq années de service M. Duplessis avait eu à subir bien des déboires. La Providence lui réservait pour la fin de sa vie ses plus rudes épreuves. Il sut les supporter patiemment.

1 Histoire manuscrite de V Hôtel Dieu de Québec (p. p. 210-211.)

2 II fut enterré dans l'église cathédrale de Québec le 31 octobre 1714. (régristre de Québec).

XXVI NOTICE BIOGRAPHIQUE

Au mois de janvier 1713 ^ une incendie dévorait le palais de l'intendant. C'est là qu'étaient déposés tous les papiers du trésor dont M. Duplessis avait la garde. Tout fut enveloppé dans le désastre. Cet accident fit une très grande brèche au bien de famille qu'il avait péniblement amassé. En eflfet, les monnaies de carte, les bons sur le trésor, les valeurs en caisse, les pièces .justificatives des dépenses, tout fut détruit, et le trésorier dut en porter la responsabilité. Pour s'acquitter envers le roi, M. Duplessis se crut obligé de vendre la seigneurie de Lauzon. Le 28 Mars 1714, il se défaisait de cette propriété qu'il avait payé 5,500 livres pour 3000 livres en faveur d' Etienne Charest ^ . Il ne toucha rien du prix de cette vente. La mort vint le frapper avant qu'il eût terminé la liquidation de ses aflfaires. Sa veuve qui avait toujours été sa caution pour toutes sescharges^ dût rendre compte au roi d'une administration d'un quart de siècle. Comment contrôler une gestion aussi compliquée quand toutes les pièces justificatives étaient détruites ? On la tint responsable pour une somme de 1,200,000 livres. Tout

1 Lettre de Vaudreuil du 13 février 1713

2 Greffe Chainbalon.

3 Cautionnnements de madame Duplessis. Voir : Registre d'ordonnance des iTitendanta : Vol. 1, 28 Octobre 1707; vol. III, 27 septembre 1710 ; Vol. V, 9 octobre 1711 ; Greffe Barbel 2 mai 1708.

NOTICE BIOGRAPHIQUE XXVII

fut payé, sans compter 6000 livres qu'elle dût débourser en plus. Ces sommes énormes pour Tépoque ne -comprenaient point les pertes qui ne purent être constatées \

L'intendant Bégon qui aurait dû porter la responsabitité d'une grande partie de ce désastre fut impitoyable pour Madame Duplessis. Tout en l'entourant des marques d'une grande bienveillance, il la força à une reddition complète de compte. C'est à peine si, quelques années après, quand il eût été lui-même remboursé par la Cour des pertes qu'il avait subies dans l'incendie, il put lui faire une légère remise sur des droits que le trésorier avait omis de percevoir pour la bonne raison que la loi qui les ordonnait n'était pas parvenue à temps dans la colonie ^,

C'est vers cette époque critique que la malheureuse veuve, restée seule dans cette ville lointaine où elle avait connu la vie large et joyeuse, fonda dans la •cathédrale de Québec une messe îmsse qui devait être dite tous les ans à perpétuité, le vendredi après le dimanche de la passion dans la chapelle de Notre Daine <ie Pitié. L'acte de fondation porte que le prêtre célébrant à la fin de la messe, récitera le de Profundis

1 Lettre de la mire Ste-Hélène, 21 octobre 1720.

2 RégiJttre des ordonnances des intendants. Vol. VI, 17 Mai 1716

XXVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE

et roraison Deus qui nos patrem et matrem et fide^ lium ^.

Toute autre que Madame Duplessis se serait senti prise de découragement en face de cette situation pénible. Pour mettre le comble à son infortune des quatre enfants qui lui restaient, pas un seul n'était auprès d'elle pour lui offrir quelques consolations. Ses deux filles étaient dans un cloître, et ses deux fils venaient de passer en France pour y terminer leurs études.

Mais, si M. Duplessis, le trésorier, était d'un tempéramment sombre, esclave de la règle, réservé à Textrême, son épouse, au contraire, avait l'esprit vif, un caractère décidé et un grand usage du monde, qui lui permettait de ne point se laisser abattre par les revers. Malgré toutes les pertes qu'elle avait subies, il lui restait encore de quoi vivre convenablement.

Elle possédait à Limours, en France, une propriété qui ne lui rapportait presque rien, il est vrai, mais quelques rentes sur l'Hôtel de ville de Paris devaient, lui donner un bon revenu. Elle confia l'administration de ces biens à un de ses frères (^ui était curé en

1 Qrtfft Barbel. 18 mai 1719, Registre deë délibérationH de la fabrique d& Québec vol. 3 p. 12 : acceptation de cent livres pa^vés comptant par la Veuve de M Duplessis pour une messe basse annuelle à être dite à perpétuité dans la chapellede Notre Dame de Pitié. (4 mai 1719.]

NOTICE BIOGRAPHIQUE XXIX

France. Elle avait aussi une des plus belles maisons •de Québec ^, avec un beau jardin, un verger et quelques emplacements dont elle tirait quelques petites rentes. Tout cela cependant aurait été insuffisant pour la faire vivre. Son industrie y suppléa. Comme dans ce pays tout le monde faisait le négoce, elle suivit l'exemple générale. Tous les ans elle faisait venir de France quelques effets dont elle se défaisait si avantageusement qu'elle put bientôt subvenir à toutes ses dépenses, et payer ses dettes ^. Elle trouva même moyen de fonder des pensions viagères au bénéfice de ses enfants.

Madame Duplessis aurait beaucoup désiré retourner en France pour y revoir sa famille, mais 1 âge vint et avec elle la maladie. Elle fut atteinte de Tasthme qui la tourmentait incessamment. Au mois de juillet 1720, ses filles del'Hôtel-Dieu qui l'aimaient beaucoup et auxquelles elle donnait mille témoignages d'affection, pensèrent la perdre. Laissons à la mère de Sainte-Hélène le soin de raconter cet incident. " Elle était allée audevant

1 Au recensement de 1716 on voit que mu-danie Duplessis habite une maison sur la rue des Pauvres [maintenant la rue de la Fabrique] avec ses deux fllSet une servante.

2 C'est ainsi qu au mois d'octobre 1721, on la voit rembourser à la fabrique de Québec une rente au capital de 5S0 livres. Cahier den d •libérations de la fabrique ■de Qu'bec vol. 3 p. p. 42-44 [14 octobre 1721] Remboursement fait par Mde Duplessis d'une rente au principal de 580 livres en cartes, évalué à 435 livres, arçent de France, mis au coffre de la fabrique en attendant qu'on puisse le placer

XXX NOTICE BIOGRAPHIQUE

de Mr et Mme l'Intendante qui arrri voient de Montréal jusqu'à ui^e demi lieue de Québec, elle s'en revenait en calèche suivie de toute cette compagnie, lorsqu'étant au haut d'une montagne fort à pique à côté de laquelle le penchant est trop escarpé son cheval perdit haleine et recula de travers en sorte que les roues étoient déjà dans la pente, ma mère effrayée cassa une portière et se jeta à corps perdu sur la terre d'où elle tomba en roulant jusqu'au bas sans se blesser, quoique ce fut dans un endroit plein d'arbres et de halliers, elle fut promptement secourrue, on la soigna puis on la ramena couchée dans un canot et on la transporta dans un brancard jusqu'à son lit qu'elle a gardée près de deux 'mois ; elle fit bien de se jeter hors de sa voiture caria, calèche se brisa en tombant sur un arbre qui l'arrêta, le cheval demeura suspendu, et enfin après être remis, de la peur que cette chute avoit causée à toute cette troupe, on retira du danger tout ce qui y étoit, ma mère fut quitte pour une légère écorchure et beaucoupde meurtrissures qui lui ont fait bien de la douleur,, nous avons regardé cela comme un vrai miracle car il faut que vous sachiez Mde qu'elle tomba de plus de 250 pieds de haut, tout le monde va voir l'endroit par curiosité et on ne peut l'envisager sans frémir."

Echappée comme par miracle à cette chute prodigieuse. Madame Duplessis continua de vivre dans sa.

NOTICE BIOGRAPHIQUE

maison de Québec jusqu'à ce que l'âge et les infirmitéss l'obligèrent à se réfugier auprès de ses filles à l'Hôtel- Dieu. C'est là qu'elle s'éteignit au printemps de 1732: à l'âge de soixante dix ans.

Fac-siraile de la sig^nature autographe de 'M. Duplessis..

Fac-simile de la signature autographe de Madame Duplessis.

Dès les premières années de sa vie, François-Xavier Duplessis manifesta les sentiments de la plus: grande piété. Comme sa famille résidait près de la cathédrale de Québec, il était un des plus assidua

XXXII NOTICE BIOGRAPHIQUE

parmi les enfants de chœur ^. Quand il fut entré au collège son plus grand plaisir était de consacrer ses recréations à converser avec ses deux sœurs, religieuses au monastère de THôtel-Dieu. Oh ! les bonnes heures que nous avons passées ensemble dans la solitude du cloître à parler de Dieu et des choses saintes, s'écriera-t-il plus tard, en se souvenant de ces jours de 6on enfance. Avec quelle joie encore, il rappellera qu'il fut un des premiers à s'inscrire comme membre de la confrérie du Sacré-Cœur que Monseigneur de Saint- Vallier avait établie dans l'église des Ursulines de sa ville natale ^.

" Fervent comme un ange, ne songeant qu'à Dieu et ne s'appliquant qu'à son devoir, " tel est le portrait que trace de lui sa sœur ainée dans une de ses lettres.

1. Le 29 juin 1708, François Duplessis signe l'acte de sépulture de Françoise Charlotte Bermen de la Martinière, morte à l'âge de cinq ans. Registres de la cure de Québec.

Le 25 août 1701, on voit aux registres de St-Joseph delà Pointe de Lévi que François George Duplessis, fils de sieur Duplessis, seigneur de cette paroisse fut parrain au baptême de Françoise, fille née du mariage de Michel Lemieux et de Marguerite Samson. La marraine était Anne-Françoise Savatier épouse de Charles Bissot. François Duplessis avait alors sept ans et demi. Voici un facsimilé de la signature qu'il apposa à l'acte de baptême :

^ NOTICE BIOGRAPHIQUE XXXIII

Quelqu'un lui demandait un jour, alors qu'il était tout petit enfant, ce qu'il ferait quand ses études seraient terminées. Je veux être évêque ou cardinal, répondit-il.

Le jeune ambitieux, ne devait pas porter ses vues si loin puisqull entra dans un ordre où l'on fait justement vœu de n'accepter aucunes dignités ecclésiastiques .

Le vingt et un octobre 1716, il s'embarquait à Québec pour la France dans le dessein d'entrer dans la compagnie de Jésus.

Le navire qui le portait aborda le deux décembre à la Kochelle, et le sept janvier 1717, le jeune Duplessis faisait son entrée au noviciat des PP. Jésuites à Paris. C'est de là qu'il partit au mois de septembre de l'année suivante pour aller commencer sa carrière au collège de Rennes, en Bretagne. Une simple note empruntée à sa correspondance nous le représente, préludant à l'âge de vingt quatre ans avec le zèle et la ferveur d'un saint aux futurs triomphes de ses missions par la surveillance de deux cent quarante élèves, " guère moins éveillés que les Canadiens, " dit-il.

Rien de plus édifiant que les débuts de cette vie religieuse.

XXXIV NOTICE BIOGRAPHIQUE

" Ne nous cédons point le pas les uns aux autres: dans le chemin de la perfection, écrit-il à ses sœurs " (1716.) " Il n'y a que Dieu qui mérite d'être Tobjet de nos pensées et des affections de notre cœur. Deu» metbs est omniaJ' (1717) " Soyez des Thérèse et que je sois un Xavier. Dieu seul et vous seules. " Puis il raconte dans Tintimité les douceurs qu'il goûte dans, la vie religieuse.

Le deux février 1719, le jeune novice prononçait ses premiers vœux. Il sentait déjà qu'il était appelé à travailler au salut des âmes et il en éprouvait une grande joie. " Priez Dieu qu'il me donne les dispositions d'un véritable apôtre, écrit-il à ses sœurs. Soyez assurées que vous aurez travaillé au salut de plusieurs milliers d'âmes. Je vois cette vérité plus claire que le jour. " (1720.)

Après ces paroles qui retentissent comme une prophétie quand on les lit à deux siècles de distance, il continue: " Dieu veut faire de vous deux Thérèse . . Le siècle des Thérèse n'est pas passé . . Aimez ardemment la croix si vous voulez parvenir à la perfection . . — ".

Puis, tout à coup, il se répent dans son humilité de les vouloir exhorter à la dévotion. Appartient-il à un novice comme lui de prêcher ses aînées dans la vie

NOTICE BIOGRAPHIQUE XXXV

monastique ? " ô Marie, ô Marthe, priez pour

Lazare . . "

Y a-t-il rien de plus beau que cette noble émulation entre le frère et les sœurs qui ne veulent point se céder le pas dans la voie de la perfection.

Cependant le jeune religieux tout à ses devoirs, ne calculait plus ses forces. Se laissant emporter par son zèle il tomba malade, et, incapable de continuer ses fonctions au collège de Rennes, il partait au commencement d'octobre 1720 pour le collège de la Flèche. Puis, en septembre 1721, ses supérieurs le dirigèrent sur Blois " dans le plus bel air de France " pour y rétablir complètement sa santé. Seg travaux, dans ce dernier établissement, étant peu absorbants, lui donnèrent des loisirs. Il en profita pour goûter les douceurs de la solitude et se préparer à Tavenir. Le temps approchait où il devait prendre une décision suprême. L'enseignement, le soin des élèves, Tétude des prof ânes, tout cela ne satisfaisait point son cœur d'apôtre.

" A vingt cinq ans, a dit Lacordaire, une âme généreuse ne cherche qu'à donner sa vie. Elle ne demande au ciel et à la terre qu'une grande cause à servir par un grand dévouement : l'amour y surabonde^ avec la force. " Duplessis en était à cette période de

XXXVI NOTICE BIOGRAPHIQUE

la vie. A Rennes, à la Flèche, à Blois, rien de ce qui Tentourait n avait rempli ses aspirations. Dans sa classe pendant qu'il était occupé, en apparence, à corriger les thèses de ses élèves, il vivait ailleurs. Il aurait voulu trouver l'occasion de déployer ses ailes.

Pendant son séjour à Rennes un missionnaire de retour des Indes avait visité le collège. Il se dirigeait vers Rome pour y rendre compte de ses pénibles travaux. Le saint homme avait dit aux novices ses voyages, les incidents de sa mission appostolique, le bien immense qui restait à faire dans ces lointaines régions. Que d âmes à sauver qui dormaient dans les ténèbres «de rignorance ! Ces récits entraînèrent Duplessis qui ne songea plus qu'à se consacrer aux missions du Japon. Il écrivit à ce sujet secrètement à ses sœurs, •confidentes de ses pensées les plus intimes ^.

A la Flèche, tout malade qu'il fût, il s'était essayé à la prédication. Les deux dernières semaines du carême il y avait donné deux retraites où il parlait deux, trois et quelquefois quatre fois par jour, souvent pendant une heure et demie sans discontinuer. Il y mettait tant d'âme que chaque fois qu'il descendait de la tîhaire il était obligé de changer de linge. " Dieu m'a donné une si grande facilité de parole quand il s'agit

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