Lettre du 15 juin
Notice biographique xxxvii
de parler des vérités étemelles, écrit-îl à ses sœurs, que je le pourrais faire pendant des heures sans fatiguer ma mémoire ou mon esprit. Priez pour faire réussir les desseins que Dieu m'inspire. Je serai missionnaire parmi les infidèles, soit en France soit en province. "
Duplessis avait trouvé sa voie. Dès le début, celui qui avait pour vocation presque naturelle de prêcher le peuple se sentit dans son élément.
A Blois où il vécut de 1721 à 1724, il ne put monter en chaire, mais un autre aliment s'offrit à son zèle. Les jansénistes avaient établi leurs quartiers dans la ville et y faisaient une active propagande. Le jeune novice mit en pièces un livre du Nouveau Testament de Quesnel qu'une dame de ses amies lui avait passé et en envoya porter les moixîeaux à un des plus fervents sectaires de la nouvelle doctrine. Ce coup d'audace souleva les passions. Une polémique s'engagea. Ceux qui se déclarèrent pour Duplessia furent appelés " les Canadiens." Pour répondre aux novateurs il rédigea une instruction qu'il intitula Insti^uction familière sur le neuvième article du Symbole. Cet écrit fut répandu à plusieurs mille exemplaires. On en envoya une copie à l'évêque de Blois qui était alors à Paris. Cet évêque était Jean-François Paul Lefebvre de Caumartin, membre de l'Académie française, très apprécié de Mgr de Noailles, archevêque
XXXVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE
de Paris, mais qui avait une tendance au jansénisme qu(*iqu'il eût adhéré dès 1720 à la déclaration royale destinée à mettre fin aux querelles de la bulle Unigenityus. Celui-ci porta l'écrit de Duplessis au Parlement dans Tespérance de le faire condamner. Mais le Parlement passa outre. Il fit publier alors un mandement par lequel il défendait dans son diocèse, Tusage de tous les catéchismes des autres diocèses, surtout ceux qui ne portaient pas de nom d'auteur. L'écrit de Duplessis était dénoncé sans que l'évêque l'attaqua particulièrement. Il n'en fallait pas plus pour piquer la curiosité générale. La polémique ise continuait ■entre les deux camps, lorsque Duplessis fut appelé à Tours en 1725 \
L'archevêque de Tours accueillit le jeune lutteur ^vec la plus grande bonté. Il voulut lui-même le re- -cevoir dans les ordres. Le 16 mars 1726, il le faisait «ous-diacre, le lendemain le recevait diacre, et le 10 mars l'ordonnait prêtre.
Le P. Duplessis alla dire sa première messe au collège de la Flèche, le 25 mars, jour de l'Annonciation.
1 Biographie de J. F. Caumarlin publiée à Vannes en 1876. En 1728, iut publié à Blois le Catéchisme du diocène de BloiHj puis en 1733 une * lettre jiastorale sur des propositions à lui dénoncées.
NOTICE BIOGRAPHIQUE XXXIX
Le jeune prêtre était depuis huit jours à peine •dans cette ville lorsque le père qui prêchait dans 1 eglise des jésuites tomba malade. Le recteur du collège demanda à Duplessis de le remplacer. Il accepta, termina la retraite, trouva moyen de prononer huit Bermons dans les diverses communautés de la ville et de prêcher pendant quatre heures de suite le jour du Vendredi Saint, tout cela dans le cours d'une semaine.
Le P. Duplessis passa cette année au collège à poursuivre, ses études de théologie tout en se livrant à l'enseignement. Pendant ses vacances il entreprit de prêcher le jubilé à Rouen. C'était la première fois qu'il conduisait une retraite régulière. Il fut étonné de la somme de bien que pouvaient produire ces missions. Il remarqua surtout que les sermons qui avaient le plus touché son auditoire étaient ceux qu'il avait faits sur la Passion de Jésus-Christ pendant qu'il tenait son crucifix à la main. " Je serai le prédicateur de la croix," écrit-il à ses sœurs.
C'est ainsi que d'étape en étape l'apôtre s'achemi- * nait, voyant déjà devant lui la route toute tracée et n'attendant plus que l'ordre de ses supérieurs pour s'y élancer. Il était appelé à la prédication, il le savait. Il sentait tout le bien qu'il y pouvait faire. Mais où serait son champ d'action ? Irait-il aux Indes, ainsi
XL NOTICE BIOGRAPHIQUE
qu'il Tavait rêvé un jour à Rennes ? Traversant ea mers, retournerait-il vers sa patrie du Canada y continuer Tœuvre des Brébœuf et des Lalemant ? Plusieurs le croyaient. Ne reneontrerait-il pas plus de sauvages en France qu au Canada, écrivait il plaisamment à ses sœurs ? Dans les missions à l'étranger on se sanctifiait bien plus sacrement. Mais d'un autre côté dans les quelques missions qu'il avait prêchées en France que de grâces Dieu lui avait déjà accordées.
Telles étaient les méditations journalières du P. Duplessis dans la solitude de Rouen où ses supérieurs l'avaient envoyé faire la retraite obligatoire de trente jours avant de commencer la dernière année de probation au noviciat. Cette retraite, depuis longtemps il la désirait. C'est là que sa vocation devait se décider.
Mais l'heure de l'apôtre n'était pas encore venue.
Des bords lointains du Mississipi on faisait appel à la compagnie de Jésus, on y demandait de nouveaux ouvriers pour travailler à la vigne du Seigneur. Douze jésuites venaient de s'embarquer, il fallait remplir les chaires des collèges qu'ils avaient laissées vacantes par leur dépai-t. Duplessis fut arraché à sa retraite de Rouen, et reçut l'ordre d'aller enseigner la philosophie à Arras ^.