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XI

Le g«ire adopté par le P. Duplessis était nouveau- La mise en scène théâtrale qu'il employait pour frapper l'ima^nation de aea auditeura était de nature à déplaire au rigorisme des jansénistes. Pendant qu'il prêchait à Arras ils l'avaient déjà attaqué à cause de ses innovations. Après le miracle opéré par la ci-oix qu'il avait plantée sur les murs de cette ville ils le dénoncèrent avec plus de violence encore dans les. gazettes sous leur contivOle,

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D'année en année, les "Nouvelles-Ecclésiastiques"^ surveillaient et dénonçaient aux partisans du jansénisme à peu près chacune de ses missions. On s y indignait de ce qu'en quelques jours il eût osé conduire à la sainte table toute la garnison d'une ville de guerre, de ce que les évêques lui prêtaient leur chaire, leur cathédrale, toutes leurs paroisses, pour procurer au peuple en forme de supplément au ministère ordinaire des pasteurs, des spectacles sacrés, qui sous le nom de missions, de portement de croix, d'associations du Sa- •cré-Cœur, " ébranlaient le solide et l'essentiel " de la -discipline et des fonctions • de la sainte hiérarchie, de •ce que dans les plus importantes villes du royaume, à Rouen par exemple, les communions générales d'une mission avaient été si nombreuses, qu'on avait donné la sainte Eucharistie non seulement autour du sanctuaire, mais encore en dehors de l'église, dans le cimetière, et jusque dans la rue. C'est un feu capable, si on ne l'éteint, ajoutaient-elles, d'embraser tout le royaume. Enfin, elles mettaient leur espérance dans la vigilance des Parlements, et elles félicitaient les magistrats, comme bien plus dignes de porter eux-mêmes le

1 On peut consulter à la biblothèque nationale de Paria cette gazette qui forme 24 volumes. Voir aussi ; Les derniers JanséniHes depuis la ruir^ de Port Jioyal jusqu'à nos jours, 1710-1870, par Léon Scélée.

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bâton pastoral que leurs évêques, de ce que leur zèle du moins n'avait pas hésité à fermer aux efforts de -ces prétendus apôtres laccès des prisons.

Les miracles même d'Arras dont elles ne pouvaient nier lauthenticité ne les désarmaient point. " Il parait ici, y lisait-on, que la miséricorde de Dieu •est si grande qu'il fait des miracles pour ses plus implacables ennemis."

En 1738, à Gisors, on monta une cabale pour empêcher de parler le missionnaire. Le bruit ayant couru, même à Elbeuf, qu'on l'avait trainé par les cheveux dans les rues on fit pour lui des prières publiques.

Le P. Duplessis ne craignait pas les attaques. Plus elles étaient violentes et répétées, plus il poursuivait sa tâche avec ardeur. C'est la persécution qu'il lui fallait pour lui prouver que ses prédications étaient fructueuses. Il laccepta comme une chose nécessaire.

Dans un des faubourgs de Paris, s'élevait alors l'église de Saint Médard. C'est là que le diacre Paris avait fait accourir pendant longtemps les enthousiasr tes adeptes de Jansénius. Dans le cimetière attenant à l'église reposaient les restes de cet apôtre de la nouvelle secte à côté de ceux de son illustre théologien Pierre Nicole. Depuis six ans déjà le roi avait fait

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fermer ce cimetière, témoin des exploits des convulsionnaires. On connait Vépigramme qui fut alora placardée sur les portes closes de la nécropole :

De par le roi, défense à Dieu De faire miracle en ce lieu.

Mais en fermant le théâtre principal des manifestations du fanatisme, le roi n'avait pas détruit les fanatiques. C'est dans ce centre même de la superstitution que le P. Duplessis voulut poursuivre, jusque dans leurs retranchements, les jansénistes qui Tatta-quaient sans relâche.

Au mois de juin 1738 il montait dans la chaire de l'église de Saint Médard.

Le zélé missionnaire avait choisi le jour même où l'on célébrait la fête du patron de l'église pour y faire le panégyrique de Saint-Médard. La foule qui assistait au sermon était si grande que plusieurs s y firent écraser. On craignait que le prédicateur s'y fit assommer. Le P. Duplessis, sans crainte, impassible aborda hardiment son sujet et développa toute sa pensée. *' C'est aux reliques de Saint-Médard, s'écria-t-il en commençant, qu'il faut rendre hommage,, et non au culte superstitieux du prétendu saint qui a attiré tant de monde dans ce cimetière. " Surprise par cet exorde la foule laissa poui-suivre le missionnaire qui parla au milieu du plus religieux silence.

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Après le sermon, les marguilliers de la paroisse vinrent prier le père de leur prêcher une mission ou un carême, mais celui-ci qui préferait aux auditoires d'une grande ville comme Paris la bonne population des provinces s'en excusa. Tant de travaux, du reste, lavaient épuisés. Il se déroba aux désirs des fidèles pour aller se reposer jusqu'à l'automne à Chevreuse où il prêcha néanmoins encore une retraite.

Dans cette belle vallée de Chevreuse, berceau de sa famille, Duplessis s'attarda au souvenir des siens. Il revoyait là tous les endroits chers à son cœur. C'est dans cette paroisse que sa sœur la mère Sainte-Hélène avait été élevée. Dans l'église, l'autel était encore décorée des fleurs qu'elle avait elle-même placées. Que de souvenirs ! Il allait y dire son bréviaire dans le banc de sa grand'mère dont la mémoire était encore vénérée de tous les anciens habitants du pays. Il se sentait animé d'un zèle extraordinaire en pensant qu'il était dans le temple où ses pères avaient été régénérés dans la grâce.

Quel bonheur il ressentait, quand allant à travers, la campagne revoir tous les endroits où sa famille avait vécu, il rencontrait des bonnes gens qui le reconnaissaient à la philosomie. "Comment se porte mademoiselle Manon ? " lui demandait-on. Le missionnaire, ému, pensait alors à tous ceux qu'il avait

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laissés de lautre côté des mers et, le soir, il écrivait à ses sœurs ses impressions dans des lettres pleines de tendresse qui rappellent le genre charmant d'Eugénie de Guérin.

De retour de ce pèlerinage, le P. Duplessis, passant par Paris, prêcha pour la reine d'Espagne, le jour de la Présentation, aux Carmélites de la rue de Grenelle, puis le dimanche suivant, pour madame la Maréchale de Grammont au Bon Pasteur. On le pressait encore de donner une mission dans la capitale, mais s'échappant au tumulte de la grande ville, il alla faire une retraite dans la cathédrale de Laon qui fut suivie de celles de Maries, de Guise, d'Aubenton, de Vervins et de Notre Dame de Liesse.

Uévêque de Laon, dans un mandement du 22 Novembre 1738, annonçait la présence du P. Duplessis dans les termes les plus élogieux. " C'est par un effet singulier de la divine miséricorde, disait-il, que nous possédons un missionnaire célèbre que tous les diocèses s'empressent d'avoir, et dont •Dieu a béni les infatigables travaux et par des conversions innombrables et par des prodiges inouis. Témoin ce qui se passe depuis près d'un an à la croix d'Arras, qu'il a planté à la fin d'une de ses missions. "

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Stanislas Leczinski, chassé de la Pologne, e^ étant venu se réfugier en France auprès de son gendre^ Louis XV, avait obtenu comme apanage les duchés de Lorraine et de Bar auquel fut attaché le titre de roi. Ce souverain qui était très pieux voulut associer la religion à son entrée solennelle dans la capitale de ses. nouveaux états en inaugurant ce jour-là même dans Téglise de Nancy une grande mission à Tinstar des missions royales de France ^ Le P. Duplessis fut appelé pour en diriger les exercices. L'évêque comte de Toul,^ Scipion Jérôme Bégon, frère d'un ancien intendant du Canada, annonça la venue du missionnaire dans un mandement spécial. Duplessis prêcha avec son succès accoutumé et à la fin de la retraite dont les exercices avaient été suivis avec une gi-ande assiduité par le roi et toute sa cour, il planta à la principale entrée du château de la Malgrange un calvaire qui a été longtemps célèbre dans la Lorraine . Cette cérémonie fut grandiose. L'armée sous les armes et tous les corps de Tétat y assistèrent.

1 Le roi Stanislas de Lorraine dépensa 100 000 livres pour établir ces mis- KÎons sous la direction des Jésuites.

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Au mois de septembre 1739, le P. Duplessis part àe Nancy pour aller prêcher au Pont de l'Arche et à Evreux, Au mois de novembre on le trouve à Calais pui8 à Boulogne où il planta une crois sur la falaise en face des côtes de l'Angleterre. L'évêque d'Amiens l'appelle à lui en janvier 1740, et pendant l'hiver de ■cette même année, il visite les villes de Montreuil, Dourlens, Provins, traverse le diocèse d'Arraa où il ■érige cinq 'OU six calvaires, prêche en Champagne, ■avec l'évêque de Laon, passe quelques jours à Notre- Dame de Liesse et Guise et termine sa tournée en présidant aux exercices de l'Avent à Lunéville en présence du roi et de la Cour de Lorraine. Pour répondre à toutes les demandes, il aurait fallu que le P. Duplessis eût pu se trouver dans dix diocèses à la fois.

Après avoir ainsi évangélisé le nord de la France et par ses travaux apostoliques immortalisé son nom dans la Picardie et l'Artois, suivant l'expression d'un contemporain i, le zélé missionnaire se rendit, en 1741, «n Bretagne où il était appelé par M. Turpin de Crissé, évêque de Nantes. Il lit des missions finictueuses dans cette ville, celle de Chateaubriant ainsi que dans les paroisses de Périac et de Bellisle, dans la même pi-ovince. Au mois d'août, il revoyait la Flèche et

I LiMiédellars<ms-ilémùlressiiila:itilr3l.dela Hotte, ivtqi'i d'A-

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son collège, et dana l'automne, les villes du littoral de la Manche, Calais, Ardrea, Guines, Lignes, Boulogne entendaient sa parole ardente.

En 1742, le Père Duplessia prêcha dans lea environs de Paris, à St-Germaiu en Laye, à St-Denis, à Chevreuae, à Gonease, et à la demande de M, de Vintimille, dans la paroisse de Confl ans-Char enton avec ses confrères lea Pères Segaud, de Sault, Le Brun et Ferrin. A Conâans le jansénisme avait fait des ravages considérables pendant que le fameux Varlet, mort ^vêque de Babylone, était curé de cette paroisse. En ■décembre, pendant qu'il prêchait à Orléans lea dignitaires ecclésiastiques de Paria vinrent l'y entendre. Le bruit de ses prédications attirant de plus en plus les grands, ses supérieurs lui ordonnèrent de fixer à l'avenir sa résidence principale à Paris.

En 1743, on voit monter le P. Duplessis dans la «haire de St-Sulpice pour y donner une retraite aux officiers des différentes armes et aux mousquetaires. Des princes et des maréchaux de France y assistèrent. Saint-Sulpice étant alors la plus brillante station de Paria, le curé de cette paroisse voulut l'engager à y prêcher le carême, mais le prédicateur dea petits et des humbles, tout en constatant que sa parole avait le même effet sur les nobles et lea grands que aur les gêna du peuple, préférait poursuivre ses misions dans lea pro-

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vinces. Aussi, pendant cette même année, on le trouve à Caen avec Tévêque de Bayeux, à Evreux, à Dieppe puis à Arras où il aimait chaque automne à venir annoncer la bonne parole aux soldats de la garnison.

Cependant le P. Duplessis, qui jusque-là avait toujours refusé de prêcher le carême à Paris où il ne s'était fait entendre qu'en passant et comme à la dérobée dans des faubourgs excentriques, dut faire enfin violence à son humilité. La renommée ne lui permettait plus de se dérober à la curiosité de la Cour et du grand public. C'est en 1744 qu'il s'y fit entendre devant l'auditoire le plus éclairé de l'Europe. Ses sermons attirèrent un concours prodigieux. Paris sanctionna le verdict de la province et consacra le talent de l'éminent prédicateur. La duchesse d'Ayen fit graver par de Poilly le portrait de l'illustre prédicateur dont des milliers de copies furent répandues dans toute la France. C'est alors que le P. Duplessis publia son livre des missions. Les 5000 exemplaires de la première édition s'écoulèrent si rapidement qu'il n'en restait plus un seul dès les premiers mois de 1744. La reine et tous les grands seigneui-s en voulurent avoir.

C'est à la suite de ces succès (|ue le P; Duplessis dut consacrer tout son temps aux missions de la capitale. Il continua pendant l'été ses courses apostoliques dans.

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les provinces. Après la retraite de 1744, il dirigea celles de Sens, Senlis et Provins. Puis il retourna à Paris prêcher le carême de 1745 à St-Laurent où laffluence fut si grande qu'il dût répéter ses sermons à la foule dans le cimetière de cette église. Au mont Valérien il prêcha une neuvaine où huit paroisses assistèrent. La cour qui voulait encore l'entendre lui reprochait de se prodiguer loin des quartiers aristocratiques de la capitale. La comtesse de Toulouse et le duc de Penthièvre essayèrent en vain de vaincre ses répugnances. L'humble missionnaire craignait que les liaisons des grands n'altérassent son esprit de recueillement. " Je ne connais pas de plus grand bonheur, écrivait-il, que d'être seul avec Dieu. Rien ne me trouble d'avantage que lorsqu'il faut que je m'occupe d'affaires temporelles. Quand il s'agit du salut des âmes je travaille bien, mais je me sens nul quand il faut devenir courtisan. "

Les populations de Sens, Angers, Séez, Amiens,. Noyon, Beauvais, Boulogne accueillirent le P. Duplessis pendant l'été de 1745.

Trois paroisses de Paris, Saint-Louis-de-l'île,

Saint-Laurent et Saint-Sauveur, l'entendirent pendant

le carême de 1746. Il prêcha dans le cours du même

été à Abbeville, à Noyon et au Havre où le duc de St-

gnan avait voulu l'amener.

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