I.XVI NOTICE BIOGRAPHIQUE
Tandis que le P. Dnplesaia parcourait ainsi la France pour travailler à la conversion et à la sanctification des âmes à la demande des évêques qui savaient apprécier ses talents et ses vertus, les libelliates le poursuivaient sans relâche avec un acharnement dont il 3" a peu d'exemple avant cette époque. Chaque année ils inventaient contre lui et aes collaborateurs, de nouvelles calomnies. Sans chercher à se justifier, il se contentait pour toute réponse de continuer son œuvre avec constance, heureux de voir que c'étaient dans les villes où on l'avait le plus décrié qu'il faisait le plus de bien. Mais au commencement de 1 746, cédant aux instances des prélats et de plusieurs personnes de conditions, il répondit à ces pamphlets par un écrit dont nous n'avons pu malheureusement nous procurer copie ^
Les pamphlets que l'on écrivait contre le missionnaire ne faisaient qu'exciter son zèle. A ceux qui lui disaient que ses travaux l'épuisaient, il répondait que depuis douze ans qu'il avait commencé ses missions il n'était pas encore mort. Depuis 1743 un grand tremblement de la main l'empêchait presque d'écrire, il n'en continuait pas moins ses prédications.
redv P.DupleainaAan
NOTICE BIOGRAPHIQUE LXVIl
Dans Tété de 1746, se trouvant à Amiens, il fut pris tout à coup d'une violente fluxion de poitrine. La veille il avait prêché à cinq reprises diflférentes et entendu d'innombrables confessions. On dut Tarracher du confessionnal pour le conduire à Tinfirmerie. Bientôt on annonça sa mort,on en, écrivit même la nouvelle à ses sœurs. Dans plusieurs diocèses on fit pour lui des prières publiques. A peine remis de cette maladie et, malgré Tavis de ses médecins qui auraient voulu lui faire prendre quelque repos, le P. Duplessis prêcha encore le carême de 1 747 dans une des paroisses de Paris. Après Pâques, il parcourut plus de 900 lieues. C'est pendant cette année-là qu'il prêcha à Meaux une retraite qui fit grand bruit. En 1748, on le vit tour à tour à Saumur, à l'abbaye de Fontevreault, à Paris, à Amiens et à Rouen.
Vingt années de travaux incessants avaient, comme nous l'avons dit, épuisé les forces du P. Duplessis. Aussi le 10 février 1749 il dut quitter Paris j^our aller demander au midi de la France un climat moins rigoureux. Mais le missionnaire oublia bientôt le but de son voyage en songeant que dans les diocèses qu'il
LXVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE
traversait il y avait un grand nombre d'âmes à gagner à Dieu pour lesquelles il n'avait pas encore travaillé. Sur son passage il prêcha en Champagne deux missions avec Févêque de Langres, puis à Dijon, à Aix en Provence et à Marseille où il rencontra le saint évêque de Belzunce. Au retour, après s'être fait entendre dans les chaires des églises de Troyes et de Lyon, il s'arrêta cinq mois en Bourgogne chez l'évêque de Langres qui lui prodigua les soins lès plus paternels.
En 1750 il était à Paris d'où il repartit pour la Picardie et la Flandre, théâtre de ses premiers travaux. On lui reprochait toujours de trop travailler, mais il croyait n'en jamais faire assez. Pendant le grand jubilé de 1751, il fit trois missions dans la capitale, prêchant deux ou trois fois par jour et passant le reste du temps au confessionnal. Il termina l'année par une grande retraite au collège Louis-le-Grand, après avoir parcouru la Lorraine, la Champagne, la Bourgogne et la Franche-Comté. Tours, Nevers, plusieurs villes de Normandie, de Bretagne, de Flandre et de Picardie le virent passer en 1752. A Metz, il planta un calvaire et engagea une discussion de controverse dans la synagogue des Juifs. Mais de nouveau ses forces le trahirent. Les infirmités l'accablaient. Il n'allait plus d'une province à l'autre sans penser y laisser sea
NOTICE BIOGRAPHIQUE LXIX
OS. A Nevers il ne put monter en chaire que soutenu sous les bras. L*année suivante, après avoir prêché TA vent à Orléans, il fut forcé d'aller prendre les eaux à Forges-les-Bains. Quatre mois de repos lui suffirent et il continua ses prédications à Alençon, à Brest, en Picardie, Flandre et Bourgogne. "Priez Dieu disait-il alors, qu'il n abandonne ni l'ancienne ni la Nouvelle-France. Tout s'en va à la ruine. L'iniquité augmente et le clergé semble indifférent." En 1754 et 1755, malgré ses infirmités, il essaya encore de sauver des âmes. En vain, son ami, l'évêque de Langres, voulut-il le retenir chez lui et l'obliger à prendre un peu de repos. Il travaillait avec autant de force que jamais i. Je veux mourir au lit d'honneur, s'écriait-il.
M. de la Motte l'appela encore à Amiens en 1756 et cette nouvelle mission, comme celle de 1735, produisit des fruits abondants de salut. Abbeville l'eut . aussi cette même année pour la seconde fois. Le vénérable évêque d'Amiens prit part aux travaux de la mission, et, chaque dimanche à la messe, il donnait la communion générale.
En 1757, il fit une mission à l'hôpital de Bicêtre et trois retraites à Rouen. En 1758, il prêche dans huit diocèses des provinces de Normandie, Picardie,
1 Lettre de Vdbbé Lalanne ('mai 1755)
LXX NOTICE BIOGRAPHIQUE
Champagne et Bourgogne. En 1759, sur Tordre de Tarchevêque de Paris, il prêche une seconde fois le carême à Thôpital de Bicêtre, au milieu de malfaiteurs de toutes espèces, dans des salles infectées. Il en revint avec le scorbut et cette maladie console le zélé missionnaire des calomnies dont les jansénistes Tassaillent. Il évangélisa encore la paroisse de St-Nicolas du Chardonnet à Paris et Tannée suivante la ville de St-Quentin dans le diocèse de Noyon. " L'apôtre de notre France est encore le plus gai et le plus aimable des hommes" écrivait alors Tabbé de Villars ^
C'est ainsi que tour à tour le P. Duplessis parcourut TArtois, la Picardie, la Normandie, la Bretagne, Tîle de France, la Flandre, la Lorraine, élevant partout des calvaires qui le firent nommer le héraut de la croix, calvaires dont la plupart demeurèrent longtemps après ses missions des centres de miracles aussi bien que des lieux de pèlerinage célèbres.
Le moment était arrivé où la Compagnie de Jésus devait succomber sous les efforts réunis des rois libertins, des ministres prévaricateurs, des courtisans
1 Lettre du 28 février 1759.
NOTICE BIOGRAPHIQUE LXXI
et des écrivains libres-penseurs ^. Après que les Parlements eurent dispersé les membres de Tordre et fermé les portes de leurs maisons le P. Duplessis se retira à l'hôpital de Châtillon-sur- Seine, comme pensionnaire et il y était encore le 22 février 1763 ^.
Dès 1752, le P. Duplessis avait projeté daller terminer ses jours à Langres, auprès de son ami M. de Lalanne, vicaire général de Mgr de Montmorin de St. Hérem, très digne évêque du diocèse, que le père disait ressembler aux saints^de l'ancien temps ^. Ce dernier rappela près de lui et en fit son commensal. Mais à la mort de ce prélat, qui arriva en 1770, il quitta Mussy, résidence habituelle des évêques de Langres, et se rendit à Paris *.
1 " Les PP. Jésuites sont en danger d'être rais hors du royaume où ils ont fait» et où ils font encore tant de bien. Les évêques ont parlé pour eux, et leur ont rendu la justice qu'ils méritent; les parlements pour la pluspart paraissent déterminés à vouloir les détruire." (Lettre de M. VillarSt prêtre de Paris^ à V Hôtel-Dieu de Québec du 26 février 1762).
2 Dans une liste dressée à la suite d'un arrêt du Parlement de Paris du ^ février 1763> on voit parmi les Jésuites qui réclament pension du roi:
" Dtiplessis (François), Paris, maison professe, né le IS janvier 1694 à Québec,, prof es des 4 Vœux, du 2 février 1729, prédicateur, domicilié à Chfttillon-sur-Seine^ dans l'Hôpital, paroisse S. Vorle " où il est en qualité de pensionnaire. Duplessis avait présenté requête à la cour réclamant 1876 livres inscrites sur un r^pÉtrepar le ci-devant Frère de Montigny, procureur-général de la province de France» comme dépôt par lui fait. Un arrêt du 23 juillet 1762 ordonna que celte requête serait communiquée aux syndics et directeurs des créanciers Lioney. (Arrêt de la Cour du Parlement qui statue sur les requestes présentées par plusieurs des eidevant soi-disans Jésuites, aux Chambres assemblée* afin de pensions alimentaire» et annuelles, à Paris, chez P. G. Simon , 1763 p. 32. j