M. LE COMTE DE LESSEPS, A PARIS
Gonstantinople, 27 févriei 1865.
Après avoir quitté Paris, j'étais le lendemain à Lyon , et je t'ai envoyé de cette ville, par notre excellent sténographe Sabbatier, le compte rendu de mes conférences à la salle Saint-Pierre et dans une réunion d'actionnaires, ainsi que de mes explications aux membres de la Société d'encouragement.
De Lyon je me suis rendu à Turin, où M. Torelli, ministre des travaux publics, m'avait invité à un banquet où se trouvaient réunis les ministres, les hauts fonctionnaires, je président de la Chambre du commerce ; au dessert j'ai rendu compte de l'état de nos travaux et j'ai terminé en portant un toast à l'Italie. — M. Torelli a répondu par un toast à l'Empereur et à l'Impératrice; puis le marquis Arconati Visconti, qui, pendanl une récente visite dans l'Isthme, avait pu vérifier par lui-même l'avancement de notre entreprise, a proposé la santé de son Président.
A mon départ de Turin, j'ai été accompagné à la gare par le baron Ricasoli, le général Menabréa, le comte Sclopis, M. Torelli et le marquis Arconati Visconti.
La Chambre de Commerce de Turin nous enverra un délégué en Egypte pour le 6 avril prochain.
A Florence, la réception n'a pas été moins cordiale. — Étant allé assister, dans la loge du préfet, à un balletpantomime en trois actes qui a une grande popularité et
qui est intitulé : Il iaglio del t'sthmo di Suez, toute la salle s'est levée à mon entrée et a fait entendre des acclamations redoublées ; les dames agitaient leurs mouchoirs. — Ces manifestations se sont renouvelées à la fin du ballet.
Le premier tableau me représente dans une conférence avec les ambassadeurs des grandes puissances, parmi lesquels le diplomate turc ne joue d'autre rôle que de fumer sa pipe. — Personne ne s'entend naturellement ; après force gestes, les ambassadeurs se retirent en désaccord. — Je reste seul, plongé dans mes réflexions, je m'étends sur un divan, je m'endors; pendant ce temps une charmante danseuse déguisée en civilisation, avec l'étoile au front, descend d'un nuage ; elle me prend par la main et me mène sur le lieu des travaux où des ouvriers européens dansent avec des aimées, pendant que des mines éclatent et ouvrent le bosphore. Dernier tableau : Arrivée dans les Indes ; je suis toujours conduit par la douce main de la Civilisation qui, me débarquant dans un port quelconque, fait prosterner les indigènes devant un temple où elle arrête l'accomplissement d'un sacrifice humain, et engage les marins de toutes les flottes, débarques dans nie, à une danse générale avec les bayadères. — Tableau final avec feu d'artifice, lumière électrique, etc.
Le roi Victor Emmanuel était absent de Florence ; il chassait à San-Rossore. Le lendemain, il voulut bien m'envoyer son aide de camp le comte de Gasligliano pour m'inviter à le voir, mais malheureusement, je ne pouvais manquer le vapeur qui devait quitter Naples le surlendemain, pour prendre à Messine le paquebot de Constanlinople.
Le corps municipal de Pise, son gonfalcnier en tête.
est venu me présenter une adresse. — Je lui ai répondu que je regrettais beaucoup de ne pouvoir prolonger mon séjour dans cette ville où nous avons passé, cher frère, les premières années de notre enfance.
A Naples, où je ne suis resté que quelques heures, le prince Humbert a bien voulu m'inviter à déjeuner avec le président du Conseil des Ministres, le maréchal de la Marmora. Le prince s'est montré très au courant des niïaires du Canal, en a beaucoup causé et a exprimé sa vive sympathie pour son succès définitif.
A Messine, le préfet, la municipalité, la Chambre de Commerce m*ont fait un accueil qui ne le cédait en rien à celui que j'avais trouvé à Turin, à Pise et à Naples. Je ne parle pas de Rome où je n'ai fait que passer d'une gare à rautre,ne profitant d'un arrêt d'une heure que pour montrer à mon fils Charles l'église et la place de Saint-Pierre.
Maintenant, nous nous reposons à Stamboul où tout est calme et où il faut beaucoup de patience avec MM. les Turcs, passés maîtres pour faire attendre sans aboutir.
JOURNAL KT DOCUMEN'
CoDstant'uople,
Il a été convenu à Paris que je me ren tinople afm d'y passer quelques jours i marquis de MoustJer, ambassadeur de Frai a jugé utile que, sans avoir à négocier i les Turcs, M. de Moustier put recevoii l'intérêt de l'acwmplissement de ses insi les explications et tous les renseignem concernant la Compagnie.
Je suis ici depuis deux jours, et ne en mesure de vous rien dire. Je.comi Alexandrie, au plus lard, par le paquebot qui partira d'ici, le 16 de ce mois.