‹ Lettres, journal et documents pour servir à l'histoire de canal de SuezChapitre 16 sur 69 · ANNEXE A LA LETTRE PRÉCÉDENTE · texte numérisé non relu

ANNEXE A LA LETTRE PRÉCÉDENTE

Copie d'une note adressée^ le 9 mars 1865, à S. A. Aali-Pacha, ministre des aft'aires étrangères de la Porte, par S. E. M. le marquis de Moustier, ambassadeur de France à Constantinople.

Pai eu rhonneur de vous adresser, en date du 3 mars, une lettre destinée à poser le point de départ delà discussion. Cette lettre était tellement explicite, quant à Timpossibilité absolue où je me trouvais d'accepter un débat sur le dispositif de la sentence arbitrale, que Votre Altesse, en mUnvitant, après celte déclaration si formelle, reproduction de toutes mes déclarations précédentes, à entrer en matière, m'a laissé croire que le point de départ, c'est-à-dire le respect a'bsolu de la sentence, était compris et accepté. C'est ce qui m'a engagé à vous écrire encore ma lettre du 5 mars. J'éprouve tant de peine à concilier avec ces premières explications la conversation que vous avez eue aujourd'hui avec M. Delàporte, que je crains de nouveaux malentendus. Veuillez donc me pardonner si je cherche à les écarter.

Votre Altesse n'ignore pas dans quelles conditions la sentence arbitrale a été rendue, et combien Thonneur du Vice-Roi est engagé à ce qu'elle soit exécutée dans sa teneur complète. La Porte placerait donc, il me semble, Ismaïl-Pacha dans une très fausse position, si elle poursuivait pour son propre compte une modification d'un

jugement sollicilé et accepté par ce prince. La Compagnie ne pourrait, d'un autre côté, renoncer à la moindre partie des avantages que la sentence lui confère, sans se suicider en quelque sorte, en laissant amoindrir de la manière la plus fâcheuse la situation que cette sentence lui a faite. J'ajoute que si Ton mettait au-dessus de si graves considérations les objections d'un ordre un peu secondaire qui tendent à se produire, on ne ferait jamais croire aux 40,000 actionnaires de la Compagnie que l'amoindrissement de la sentence n'est pas le but principal que, par une voie détournée, on aurait cherché à atteindre. Il serait inflniment fâcheux, à tous les points de vue, que de telles dispositions pussent s'accréditer dans une partie aussi importante du public français, déjà douloureusement impressionné par les difficultés que rencontre cette grande œuvre.

Quant à l'Empereur, il semble naturel de penser qu'en daignant accepter le rôle d'arbitre, il ne comptait rendre qu'un jugement sans appel. Je n'ai pas besoin de développer plus longuement cette pensée, mais je me demande si un jugement rendu sans appel est encore la propriété du juge qui l'a rendu, et si celui-ci est dans la possibilité morale de le modifier. Ce sont de simples réflexions que je suggère à Votre Altesse, sans m'y appesantir. Je ne.puis parler que de ce qui me concerne directement et je répète encore, après l'avoir dit tant de fois, que, en ce qui me concerne, je ne puis me livrer à aucune discussion sur les termes de cette sentence. Je dois donc me borner à les rapporter ici. C'est ce que je vais faire.

Si j'ai bien compris ce que Votre Altesse a dit à M. Delaporte, le gouvernement ottoman regrettait que la sentence donnât à la Compagnie l'usufruit, car il ne s'a-

gît plus que d^usufruit, d*une quantité de terrain qui lui parait considérable. Je laisse à de plus compétents à dire si, même à première vue, les 400,000 hectares de terrain répartis sur les bords d*un canal de trente lieues de longueur peuvent paraître une quantité supérieure aux besoins réels de Tentreprise.

Je me borne à rappeler les faits que voici. La sentence arbitrale a tranché la question. En effet, le Vice-Roi avait posé à l'Empereur cinq questions capitales sur lesquelles la sentence devait décider en dernier ressort. Or, la quatrième de ces questions renferme ces mots :

« Quelle est l'étendue des terrains nécessaires à la <( construction et à Texploitation du canal maritime dans « les conditions propres à assurer la prospérité de l'en- « treprise? »

A cette question qui ne renferme aucune réserve, et il eût été facile alors aux intéressés d'en introduire, qu'at-il été répondu ? Voici comment la sentence s'exprime : « Considérant, sur la quatrième question, qu'il est néces- (( saire de déterminer l'étendue du terrain qu'exigent l'éta- (( blissement et l'exploitation, que les termes mêmes du (( compromis indiquent clairement dans quel esprit doit (( être examinée cette question, qu'il y est dit en effet (( que rétendue des terrains doit être fixée dans des con- (( ditions propres à assurer la prospérité de l'entre- (( prise ; « Qu'elle ne doit donc pas être restreinte à l'espace qui sera matériellement occupé par les canaux mêmes, par leurs francs bords et par le chemin de halage, que pour donner aux besoins de l'exploitation une entière et complète satisfaction, il faut que la Compagnie puisse établir, à proximité des canaux, des dépôts, des maga*

« sins, des ateliers, des ports, dans les lieux où leur (( utilité sera reconnue, et enfin dfes habitations conve- « nables pour les gardiens, les surveillants, les ouvriers (( chargés des travaux d'entretien et pour les préposés à (( Tadministration;

« Qu'il est en outre convenable d'accorder, comme (( accessoire des habitations, des terrains qui puissent « être cultivés en jardins et fournir quelques approvision- « nements dans des lieux privés de toutes ressources de (( ce genre; qu'enfln il est indispensable que la Compa- (( gnie puisse disposer de terrains suffisants pour y faire {( les plantations et les travaux destinés à protéger les (( canaux contre Tinvasion des sables, mais qu'il ne doit « rien être alloué au delà de ce qui est nécessaire pour (( pourvoir amplement aux divers services qui viennent (( d'être indiqués;

(( Que c'est en se renfermant dans ces limites qu'a du (( être déterminé, sur tout le parcours des canaux, le (( périmètre des terrains dont la jouissance est néces- (( salre à leur établissement, à leur exploitation et à leur « conservation ;

« Le périmètre des terrains nécessaires à l'établisse- (( ment et à l'exploitation du canal maritime est fixé à a 10,264 hectares répartis ainsi qu'il suit, etc. »

La longueur de ces considérants démontre assez avec quel soin cette question a été examinée, et le considérant final prouve que, loin de se renfermer dans l'ordre d'idées tout à fait général indiqué par la question numéro 4, la sentence a tenu à prendre en considération les intérêts du gouvernement égyptien et à répondre par avance aux préoccupations de ce gouvernement. Je crois superflu d'observer que ces derniers considérants n'ont pas pour

objet de poser un principe qui devra être ultérieurement développé et appliqué, mais de faire comprendre que dans le dispositif du jugement irrévocable qui suit ces considérants, il a été tenu compte de toutes les idées qui y ont été exposées. Votre Altesse voit donc, sans qu*il soit nécessaire d'insister davantage, que je ne saurais, sans manquer à mes devoirs et sans oublier les limites infranchissables que j*ai indiquées en commençant, et que je croyais admises par Votre Altesse, accepter aucune discussion sur la quantité de terrain, puisque ce serait discuter les termes mêmes de la sentence.

Je suis convaincu que Votre Altesse le comprendra parfaitement et appréciera les considérations d'un ordre si élevé que je lui fais valoir.

M. MIANI, A CONSTANTINOPLK,

Constantinople, le 15 mars 1865.

Vous avez bien voulu me demander mon opinion, mes conseils et Tappui delà Société que je dirige, pour vous aider à poursuivre vos tenlalives de la découverte des sources du Nil, entreprise dans laquelle vous êtes décidé à périr ou à réussir.

C'est, en effet, avec cette résolution que vous avez toute chance de réussir, puisque vous avez déjà en votre faveur des antécédents, une expérience et une connaissance des lieux que ne peut posséder aucun autre voyageur.

Vous me faites connaître que, pour exécuter votre projet, il vous faut, outre les moyens que vous avez à votre disposition, grâce à la libéralité de S. M. TËmpereur dWutriche et de S. M. I. le Sultan, une somme de 100,000 francs, afln de pourvoir aux dépenses matérielles de votre expédition, en ce qui concerne rengage* ment, la nourriture, Tarmement et les frais de transport de 100 hommes choisis par vous en Italie. Il s'agit de vous procurer cette somme.

Pour chercher à ^obtenir, il convient de commencer par démontrer, dans un mémoire très court et très clair, accompagné de vos deux cartes comparatives; que de 1858 à 1860 vous avez remonté le cours du Nil jusqu'au deuxième degré de latitude nord, par 31 degrés de longi-

lude, et que, d'après les renseignements donnés par les indigènes, le cours du Nil qui redevient navigable à cet endroit, après avoir cessé de Tétre près de Gondokoro, vers le 4"® degré, se dirige vers Téquateur, à Test du lac Nianza. Ces renseignements s'accordent avec ceux que j'avais recueillis moi-même, en 1856, dans mon voyage au fleuve Blanc au-dessus de Kartoum, et qui se trouvent consignés, dans un mémoire présenté, lors de mon retour en France, à TÂcadémie des sciences de Paris.

Les capitaines Speke et Grandt, auxquels personne ne pourra contester la gloire d'avoir, les premiers, traversé la ligne équatoriale, au centre de l'Afrique, du sud au nord, ont découvert, à l'extrémité occidentale du lac Nianza ou Victoria, non les sources du Nil, mais seulement les sources de la grande rivière Gieï qui, se dirigeant vers le nord et infléchissant ensuite à Touest, va probablement se jeter dans les immenses lacs et marécages d*où s'écoule, de l'ouest à Test, le principal affluent du Nil appelé Bahr-el-Gazal — fleuve des Gazelles. — Cette hypothèse semble confirmée par les récentes explorations de l'intrépide et intéressante M"* Tyne et du savant géographe allemand Heuglin, que je viens de voir, il y a deux mois, au Caire, de retour de leur voyage au Bahr-el-Gazal. Ils m'ont raconté qu'ils étaient arrivés sur leur petit bateau à vapeur, après de grandes difficultés, jusqu'au pied d'un plateau montagneux habité par les Niam-Niam, à travers les bois de roseaux et les végétations touffues des lacs dans lesquels nous supposons, d'après les voyageurs français Malzac et Vaissière, que se jette le Gieï. Ce serait la rivière dont la source a été découverte par MM. Speke et Grandt.

Si, dans le siècle dernier, le voyageur anglais Bruce

avait cru découvrir les sources du Nil, en découvrant les sources du grand afluent oriental du Nil, c'est-à-dire du Nil Bleu, il en est de même aujourd'hui, lorsque Ton croit que Speke et Grandt, après avoir contourné à l'ouest le grand lac Nianza, auraient découvert les sources du Nil, tandis qu'ils n'auraient découvert en réalité que les sources du principal affluent occidental, c'est-àdire de la rivière Gleï, se jetant dans les lacs supérieurs du Bahr-El-Gazal.

On saura alors qu'il reste une immense région encore inconnue, à l'est du 30""® degré de longitude, entre le 2^"* degré de latitude nord et le 2"^* degré de latitude sud, et que vous vous présentez pour avoir Thonneur de tenter l'exploration de cette contrée dans laquelle vous pensez découvrir les sources du Nil. Vous indiquerez votre projet de faire ce voyage, en prenant, cette fois, votre point de départ au sud, en remontant le lac ou cours d'eau Uniamesi qui parait être le plus rapproché de l'équateur et qui vient se jeter dans la mer des Indes.

Le projet ainsi conçu devra vivement intéresser le monde savant et commercial. Â la faveur de cet intérêt^ il y a lieu d'espérer que vous obtiendrez les moyens de coniinuer votre entreprise.

Voici maintenant la marche que je vous conseille de suivre :

Étant Italien, et la patrie italienne devant recueillir le principal honneur de votre découverte, vous devrez solliciter d'abord l'appui et l'assistance de S. M. le roi Victor-Emmanuel et des hommes si distingués de son gouvernement.

L'Empereur des Français, qui vous a déjà aidé dans votre précédente exploration de 1858 à 1800, ne man-

quera cerlainemeni pas de vous aider encore. Je me ferai un plaisir de vous donner une recommandation pour S. E. M. le marquis de Chasseloup-Laubat, ministre de la marine et des colonies, président de la Société impériale de géographie de France.

La lettre que vient dé vous adresser Tilluslre géologue et géographe Rodrik Murchison, président de la Société royale de géographie de Londres, vous est on ne peut plus favorable. Elle vous assure à Tavance la protection de cette Société qui dispose de plus de ressources que la Société de géographie française, et qui provoquera sans doute la coopération du public anglais.

Je proposerai, de mon côté, au conseil d'administration du Canal de Suez de faire concourir la Compagnie aux frais d'une œuvre qui ne peut manquer de coniribuer, dans l'avenir, au développement des relations commerciales de TEurope avec l'intérieur de l'Afrique, et qui, par conséquent, est de nature à ajouter aux produits de noire propre entreprise.

DÉPART DU CAIRE, LE 25 MARS, AVEC SIR HENRT BULWBR, AMBASSADEUR ANGLAIS BN TURQUIB.

MM. Henry Bulwer;

Herbert, son secrétaire et neveu, deuxième secrétaire de Tambassade britannique ;

Sandison, attaché à l'ambassade ;

Wilkinson, commandant du steamer de Sa Majesté Britannique, Caradoc;

Manby, ingénieur anglais ;

Ttiurnburn, ingénieur anglais ;

Tirton. avocat anglais ;

West, offlcier de l'armée anglaise des Indes ;

Ismaïl-Pacha, gouverneur de Tlsthme ;

Ismail-Bey, chambellan du vice-roi, chargé d'accompagner sir Henry Bulwèr ;

Colquhoum, agent du consul général britannique en Egypte ;

Reade, consul britannique au Caire ;

Chancel (de), administrateur de la Compagnie ;

Renouard, voyageur français ;

Jacquot,

id.

Fromageot,

id.

Schneider,

id.

Blossay (baron de),

id..

Siebel,

id.

Bois-Chevalier (de).

id.

Charles-Aimé de Lesseps.

Arrivés à Tell-el-Kébir, — dîné et couché.

Départ de Tell-el-Kébir, le malin à 9 heures, le 26.

Arrivés à Ismaïiia à 5 heures; — grand dîner dans la salle du Cercle ; — concert le soir chez M. Voisin ; — séjour à Ismaïiia le 27; — départ d*Ismailia, le 28.

Visite du chalet du vice-roi, au chantier VI.

Déjeuner à El Guisr, chez l'ingénieur Gioia; — visite du chantier Couvreux ; — arrivés à 5 heures, à Kantara ; — le 29, déjeuner à Kftntara ; — départ à 9 heures et demie.

Arrivés à 5 heures, à Port-Saïd.

Le 36, séjour à Port-Saïd; -* visite des chantiers et ateliers; — promenade en mer autour de Ttlot et en rade sur le remorqueur à vapeur de M. Dtrsfsaud.

Arrivée du steamer de guerre anglais Caradoc] — invitation aux officiers de venir visiter Port-Saïd et dîner chez Tingénieur Laroche.

A la fin du dtner, trois (oasCs ont été portés :

Le i*% par M. Ferdinand ûe Lessepe à sir Henry Bulwer :

« Nous devons nous séparer demain de notre éminent a compagnon de voyage, mon noble ami sir Henry Bula wer. Je vous propose de boire au rétablissement de sa u santé.

(( Dans une récente rénnioti à Alexandrie, sir Henry (( Bulwer, faisant allusion à ur^ écrit d^un illustre (( homme d^Éiat français, où son état maladif était consi- « déré comme étant quelquefois un moyef», avait dit « avec son esprit habituel que le soin de sa sanlé rayant (( obligé à venir en Egypte, sa maladie lui avait servi, « puisqu'elle lui avait permis de Tenir étudier les res- (( sources et les besoins d*un pays où tant d'intérêts

JOURNAL ST DOCUMENTS lU

c( européens étaient engagés et lui avait peut-être fourni (( roccasion d'être utile à ces intérêts. Naus pouvons (( nous Séliciter nous-mêmes, non du motif du voyage de a sir Henry Bulwer, mais do voyage en lui-même, puis- A qu*il a eu pour résultat de lui faire visiter une seconde u fois nos travaux de Tistlime de Suez, et de lui permettre (( de rendre compte des progrès de ces travaux. Il aura vu a que la Compagnie n'a aucun sentiment d*exclusivisme. Ur Elle espère que toutes les nationalités contribueront au u succès de l'œuvre, de même qu'elles sont appelées à a participer à tous ses bénéfices.

(( Notre hôte a bien voulu me féliciter sur le mouve- (( ment industriel et maritime, sur l'activité des cbanu tiers de Port-Saïd. Dernièrement, je faisais un rêve ; « c'était de voir un jour, de l'autre côté du grand bassin, a à l'est de notre établissement fondé par l'industrie « rrançaise/ un autre établissement créé par l'industrie u anglaise.

« Je voyais déjà, dans ce rêve, se développer les cban- (( tiers, les docks et tout ce qui sera nécessaire à Timtt mense dévelo|>pement que donnera notre canal aux tt relations de la Grande-Bretagne avec la mer des « Indes.

« Tel est le vœu que je forme; j'espère qu'il se réaii- (( sera. Je m'honore d'être l'un des champions d'une a lutte pacifique entre la France et l'Angleterre ; ayons « les uns envers les autres la jalousie du bien : non u point pour empêcher le bien, mais pour le faire d'un u commun accord. »

2*. — Toast de sir Henry Bulwer :

« Je bois à mon honorable ami Lesseps et à mes corn-

iî6 LETTRES

« pagnons de voyage. Parmi eux, plusieurs ne sont pas « des connaissances nouvelles ; j'ai déjà eu occasion (( d'apprécier leur amabilité et leur esprit. J'ai été reçu (( dans risthme avec cordialité, et si quelqu'un me disait « que la vieille politesse française est perdue, je lui (e répondrais maintenant : Allez dans l'Isthme, où elle a (t élé retrouvée.

(( Dans ma précédente visite, j'avais dit qu'il y avait (( des circonstances qui ne permettaient pas à un diplo- (r mate de dire tout ce qu'il pense. Aujourd'hui je suis (( heureux de pouvoir m'exprimer plus librement. Je ne « fais point difficulté de convenir que tout ce que je (( viens de voir me donne confiance dans le succès de (( l'entreprise et m'a inspiré le sentiment de sa gran- <( deur ; mais je crois que la chose indispensable à son « succès, la chose nécessaire pour mettre fin aux diffi- « cultes qu'elle a rencontrées jusqu'ici, c'^st que vous « prendrez bien soin de ne pas donner prise, même quand (( ces défiances reposent sur des préjugés ou sur des « erreurs, à la pensée que l'œuvre ne serait point uni- « verselle. Rien ne doit faire supposer qu'elle puisse (( être poursuivie dans un intérêt de personne ou de (( nationalité. Ne froissez pas les idées du gouvernement « local et de l'Egypte, ne leur demandez que ce qui vous (( est nécessaire pour vos travaux.

(( Mon ami Lesseps vient de faire une offre très sédui- (( santé. Je serais très heureux de pouvoir fonder ainsi (( Tassociation Bulwer-Lesseps. Ce ne sera pas mon (( affaire, mais mes compatriotes pourront en profiter.

(( A mon ami Lesseps I A la prospérité de l'entre- « prise l »

3*. — Réponse de M. de Lesseps.

(( En réponse à ce que vient de dire mon honorable (( ami sir Henry Bulwer et comme témoignage de nos (( sentiments envers le Yice-Roi d'Egypte, je vous pro- « pose un toast à S. Â. Ismaïl-Pacha. Nous travaillons (( sous la protection et sous Tautorité de .ce prince « éclairé, qui est le lien des relations de la Compagnie (( avec toutes les nationalités, sans privilège particulier <( pour aucune d'elles. Certainement nous maintiendrons <c toujours, comme nous n'avons jamais manqué de le ff faire jusqu'à présent, le caractère universel de notre « entreprise.

(( A Son Altesse le Vice- Roi d'Egypte I »

XXTI

JOURNAL

6 avril 1865.

Le 31 janvier 1865, une circulaire avait été envoyée aux principales chambres de commerce d'Europe et d'Amérique, pour les prier d'envoyer des délégués cliar^ gés de visiter les travaux du canal de Suez. Cette invi**tation qui avait pour but de combattre lesdoutes répandus partout, au sujet de la réussite de Tentreprise, était ainsi conçue :

« Une première communication est ouverte entre (( la Méditerranée et la mer Rouge.

« Depuis le 1*' janvier, un service journalier de bâte- « lage est établi de Port-Saïd à Suez et d'Ismaïlia à (( Zagazig. Il dessert en même temps toutes les stations (( intermédiaires de Tlsthme. Le moment est venu « où le commerce doit se préparer pour l'ouverture « du canal maritime à la grande navigation et, dès « à présent la Compagnie de Suez rappelle à étudier H avec elle les moyens de tirer parti d'un batelage qui n peut déjà effectuer des transports entre les deux mers, « sur une ligne d'eau continue.

« J'espère que celte situation éveillera la sollicitude de « la Chambre de commerce de..., et si elle veut bien « nous prêter le concours que nous lui demandons, il « conviendrait que le dëiégué de son choix fût rendu à <( Alexandrie, le 6 du mois d'avril prochain. Je serai en

(( Egypte pour recevoir MM. les délégués ; Je m'empres- « serai de leur faciliter tous les moyens d'inspecter les « travaux de l'Isthme, et de mettre à leur disposition les (( renseignements qu'ils jugeront nécessaires pour Tac- (( complissement de leur mission. »

Les délégués se trouvèrent réunis, le 6 avril 1865, dans un banquet, au nombre de 120.

Page 1