SERVICE DU TRANSIT ET DES TRANSPORTS
Le service du transil et des transports confié à M. Guichard, Tancien et habile directeur de notre domaine du Ouady se trouve aujourd'hui complètement organise.
La livraison de son matériel (loueurs, remorqueurs et chalands) est terminée.
Le touage, pour lequel nous nous félicitons d'avoir adoplé le système de M. Bouquié, fonctionne régulièrement d'ismaïlia à Suez, dans des conditions telles que la rapidité de nos transports équivaut à une augmentation d*un tiers sur le matériel disponible que nous avions préparé.
Les recettes pendant les six premiers mois de 1866 se sont élevées à la somme brute de 52i,381 francs; le nombre des tonnes transportées a été de 9,506 et celui des voyageurs de 20,132.
Le chiffre des transports de marchau'iises est encore et devait être peu important en comparaison de ce qu'il sera dans ie second semestre.
Les opérations du transit ont à peine commencé que déjà elles tendent à se développer sur une importante échelle.
Tandis que la moyenne des expéditions a été de 1^200 tonnes par mois depuis le 1" janvier jusqu'au 1" juillet, les dix premiers jours de juillet fournissent à eux seuls 780 tonnes parties de Port-Saïd.
L'installation à Port-Saïd des services réguliers des Messageries impériales, de la Compagnie russe, de la Compagnie Fraissinet, donne lieu chaque mois au passage de vingt grands paquebots à vapeur; les intérêts de ces Compagnies sont liés désormais aux progrès du transit de notre société.
La Société maritime anglaise Bombay and Bengal sfeam navigation^ est en pourparlers avec nous, afin d'adopter la voie du canal pour ses transports dans l'Inde. Tout porte à croire qu'avant très peu de temps des marchés seront passés avec cette Société pour le transport mensuel d'un tonnage considérable. Des négociations sont également entamées avec }
le Lloyd autrichien, avec la Compagnie égyptienne Azizié
pour des escales régulières à Port-Saïd, avec la Compagnie Péninsulaire et Orientale pour le transport de ses charbons à Suez.
. La marine impériale de France a été la première à appré' cier les avantages du transit à travers l'isthme. Des chaloupes à vapeur de dimensions trop grandes pour être transportées par les chemins de fer égyptiens ont été remorquées de Port- Saïd à la mer Rouge en quarante- huit heures. Le transport de l'État le Bucéphale, est venu prendre à Port-Saïd les colis de Siam et de la Cochinchine destinés à l'Exposition universelle. Le 8 juin, la frégate française VEldoradOj apportait à Port- Saïd un chargement de 5,000 colis pour le ravitaillement des troupes et de la marine en Cochinchine. Ce chargement, débarqué, le 8, en cinq heures, partait de Port Saïd, le 9, sur les chalands du transit et était embarqué, le 12, sur la frégate française la Sarthe, dans la rade de Suez.
MM. Eymard et Béraud, fournisseurs de la marine impériale à Suez, ont également employé nos transports pour leurs approvisionnements. La Société soufrière de la mer Rouge a déjà fait transiter un brick, le Primo, de 80 tonneaux, un remorqueur à vapeur, ie PWnce-76m/iim, de 50 tonneaux, un cutter, le Stromboli^ de 50 tonneaux.
Tous ces faits affirment d'une manière péremptoire que l'exploitation provisoire du transit, décidée l'année dernière par votre conseil d'administration, répondait à des besoins multiples. La voie est désormais ouverte au commerce, et nous avons confiance dans les résultats que la Compagnie doit en obtenir.
SITUATION GENERALE
Vous êtes renseignés sur la situation des travaux, nous alons vous entretenir de notre situation générale.
Les nombreux voyageurs qui, cette année, ont visité l'Isthme, ceux même qui avaient toujours douté de notre réussite, en rapportaient à leur départ la pleine conviction. Lord Clarence Paget, commandant en chef l'escadre anglaise de la
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Méditerranée, entré à Port-Saïd sur son yacht amiral, a dit, après avoir parcouru notre canal, qu'il venait de faire le plus surprenant voyage de découvertes. L'ancien et éminent gouverneur de la province de Bombay, sir Bartlé Frère, qui retournait en Angleterre après avoir résidé trente-quatre ans dans les Indes, son successeur lord Fitz Gérald, le gouverneur d'Aden, colonel Merevi^hetter, ont exprimé, après leur visite, les avis les plus favorables, et ce qu'ils ont fait connaître de leurs impressions a causé une très heureuse influence sur Topinion publique de leur pays. Déjà l'on voit des organes importants de la presse anglaise regretter que nos voisins n'aient pris jusqu'à présent aucune participation financière à l'entreprise.
L'un d'eux, VEngineer, s'exprime ainsi, en parlant de la Compagnie die Suez :
« Nous aurions pu être ses associés, partager sa gloire « ainsi que ses avantages et bénéfices matériels. Pour ce qui « est de lui être associés, non seulement nous n'y avons au- « cun droit, mais nous devrions bien plutôt cacher nos têtes « pour le rôle que « notre grand esprit d'entreprise anglo- « saxon » a joué dans les efforts tentés pour paralyser le « projet. »
En mentionnant ces regrets significatifs, hàtons-nous de dire que le peuple anglais est resté étranger à la campagne politique entreprise pendant plusieurs années contre le canal de Suez ; n'oublions pas les démonstrations dont notre entreprise^ encore à sa naissance, a été l'objet de la part des mee tings tenus dans les vingt deux principales villes commerciales et industrielles de la Grande-Bretagne, les encouragements qui ont été donnés à notre œuvre, et rappelons que le lord -maire de Londres, dans le banquet offert, ces jours derniers, à Ismail !«', Ta félicité de Vexécution de ses 600 milles de chemins de fer et du grand canal qu'on creuse maintenant , par lequel la civilisation de VOcddent s'avancera rapidement en Orient,
Nos rapports avec le vice-roi d'Egypte sont de plus en plus empreints de confiance mutuelle et de cordialité. Le prince Ismaïl, voulant donner un témoignage public de ses sentiments,
s'est fait accompagner en France par votre président, et l'a chargé de le représenter dans cette assemblée, en sa qualité d'actionnaire. (Sensation. — Longs (t unanimes applaudisse' ments.)
C'est pour cela, Messieurs, que vous avez vu que l'assemblée représente aujourd'hui 210,000 actions. Le Vice-Roi comprend qu'il est personnellement intéressé à la prospérité de notre entreprise. (Très bien! très bien!)
Le Vice-Roi comprend qu'il est intéressé à la prospérité de notre Compagnie, non seulement parce qu'il possède 80 millions de francs d'actions, mais encore parce qu'il sait que le canal de Suez contribuera puissamment à augmenter la richesse et l'importance de l'Egypte.
Je n'ai pas besoin de vous répéter qu'il exécute toujours avec une scrupuleuse exactitude les engagements contractés. Il va même au delà de ses obligations. Pour faire partager son bon vouloir à ses ministres, il leur a donné l'ordre de visiter en détail nos travaux, et il a été heureux de voir ses propres convictions fortifiées par les rapports que ces hauts fonctionnaires lui ont faits. La portion du canal d'eau. douce dont il avait pris la charge vient d'être terminée. 11 a annoncé lui-même cette bonne nouvelle dans l'audience accordée au palais des Tuileries aux membres de votre Conseil, qui ont été touchés de sa gracieuse réception et de ses assurances bienveillantes. (Applaudissements redoublés.)
Il a également annoncé que le chemin de fer de Zagazig à Ismaïlia se reliant aux réseaux d'Alexandrie, du Caire, de la haute Egypte, de Mansourah et de Damiette, serait achevé avant la fin de l'année.
Nous vous disions, l'année deruière, en vous parlant d'attaques dirigées contre la Compagnie :
« Nous avons demandé, en votre nom, réparation et jus- « tice. Nous avons invoqué la loi, nous devons attendre dans « le silence et dans le respect la décision de ses organes. )>
La justice, Messieurs, a prononcé. Vous connaissez tous le jugement rendu en première instance par le Tribunal civil de la Seine et l'arrêt de la Cour impériale qui l'a confirmé en l'aggravant, La justice, comme nous l'avions fait nous-
mêmes, a réservé et respecté le droit de discussion. Ce qu'elle n'admet pas, ce qu'elle entend flétrir et réprimer énergiquement, ce sont les spéculations de l'agiotage employant la diffamation, les faux bruits, les manœuvres frauduleuses pour discréditer, désorganiser et ruiner à son profit des entreprises honnêtes et utiles. C'est cet agiotage qu'elle a voulu atteindre et qu'elle a frappé.
Gomme nous, sans doule, vous avez été tristement surpris de voir en France celte œuvre en butte à des inimitiés systé. matiques au moment où, en Angleterre même, les préventions et los préjugés s'eifaçaient, au moment où de toutes paris éclatait la confiance dans le succès définitif de notre grand travail.
A ce sentiment public, qu'ont répondu les agioteurs? Ils ont essayé d'ébranler votre unanimité, de donner le change à l'opinion publique en tournant en ridicule votre persévérance e^ votre dévouement. Ils ont cherché à rabaisser votre pensée et votre caractère. La justice vous a relevés, Messieurs, et permettez-moi de vous citer les belles paroles par lesquelles M. l'avocat général Oscar de Vallée a terminé son réquisitoire devant la première chambre de la Cour impériale :
« Je ne cache pas, a-t-il dit, l'intérêt que cette entreprise « m'a toujours inspiré. Je m'en suis réjoui, dès l'origine, « comme d'un bienfait pour l'univers, comme d'une source de « richesse, d'un trait d'union entre des mondes; je m'en suis « réjoui aussi, pourquoi le taire? à un autre point de vue, au « risque, de tomber aussi sous les sarcasmes et sous les raille- « ries, au risque d'être rangé dans ce public français qui se « passionne pour la France; je m'en réjouis comme Français; (( je suis heureux que ce soit un nom français qui s'attache à « cette œuvre. Ce sentiment n'a pas le moins du monde au- « jourd'hui influencé ma conscience de magistrat. J'ai « cherché la vérité et je Tai dite; ce devoir accompli, je puis « bien faire des vœux pour cette noble entreprise; je puis (( bien dire, sans qu'on m'accuse de partialité, que je suis heu- « reux que cette grande œuvre porte un nom français. » {Bravo ! bravo ! — Triple salve d'applaudissements.)
Cependant nous venons d'éprouver encore que^ malgré la
grandeur de Téchec, Tagiotage ne se considère pas comme complètement désarmé. Ce qu'il n'ose plus livrer à la publicité de la presse, il le répand par d'autres moyens. De nouvelles manœuvres nous ont été récemment signalées par plusieurs actionnaires. Nous avons reçu un grand nombre de communi. cations nous donnant la preuve de ces menées. Il ne faut plus penser à dénoncer le canal comme impossible^ à prédire son engloutissement dans les vases sans fond du lac Menzaleh, dans les sables mouvants, sous les vents furieux du désert. Go a suivi une autre tactique. On va disant tout bas aux personnes que Ton veut alarmer : « L'affaire de Suez est désescc pérée. La Société sera dissoute pour faire place à une autre « Société. Les actions du capital primitif n'auront bientôt « plus aucune valeur; il faut se hâter de vendre. »
JOURNAL
La Compagnie du Canal de Suez ne devait pas manquer de répondre à l'appel adressé par le Gouvernement français à toutes les puissances, pour les inviter à concourir à l'Exposition universelle de Paris de 1867.
A cet effet, la Compagnie fit construire, un vaste bâtiment dans le jardin du Champ-de-Mars et y installa son exposition.
Dans ce bâtiment on voyait figurer :
1^ Un panorama peint par MM. Rubé et Chaperon, représentant les travaux du canal et donnant un aspect très exact du désert.
S"" Un grand plan en relief du canal et des contrées environnantes.
S"" Des modèles de tout le matériel employé à la construction du canal (1).
On y remarquait surtout un modèle des dragues, porteurs de vase et autres engins fournis par la Société des Forges et Chantiers et la maison Gouin.
(1) Ces modèles sont aujourd'hui exposés daus une grande salle du Musée de la Marine, au Louvre, où ils ont été placés dans des vitrines, par les soins de Tamiral Paris, conservateur de ce Musée, qui a lui-même exécuté un plan en relief du canal, en y ajoutant les explications techniques relatives à Texécution des travaux.
La Compagnie a exposé également une collection de minéraux provenant du canal et recueillis par le docteur Companyo.
Le Jury de l'Exposition a décerné une médaille d*or à a Compagnie universelle du Canal de Suez.