‹ Lettres, journal et documents pour servir à l'histoire du canal de Suez (volume 2)Chapitre 12 sur 87 · A LONDRES · texte numérisé non relu

A LONDRES

Malte, 23 mai 1861.

Monsieur le Comte,

Dans une séance du 6 mai à la Chambre des lords, en parlant de la grande et noble entreprise que je dirige, vous avez prononcé les paroles suivantes :

« Je ne puis croire que le gouvernement français con- « sente à se laisser compromettre dans le projet d'une (( compagnie en banqueroute et qu'il veuille se faire le (( ravaudeur d'une spéculation commerciale qui n'est (( qu'un leurre aussi grossier et aussi trompeur qu'au- « cun de ceux qui aient été lancés sur la mer du com- « merce. »

Lorsque lord P... s'est permis précédemment, dans la Chambre des Communes, un langage semblable, j'ai dû me contenter de livrer à l'appréciation du public des calomnies couvertes par l'inviolabilité du pouvoir et par la protection de la vieillesse. Mais notre situation respective est toute différente; vous comprendrez donc, monsieur le comte, que j'aie à vous demander des explications personnelles et une rectification publique des faits sur lesquels votre bonne foi a pu être abusée. Je ne saurais laisser passer des imputations qui blessent mon honneur, sans réclamer de votre loyauté une complète 3Sitisfaction.

Obligé de faire une courte excursion en Egypte pour la surveillance des graves intérêts qui me sont confiés, je charge deux de mes amis, le général Morris et l'amiral Jurien de la Gravière, de s'entendre avec vous sur les moyens de me donner cette satisfaction. Je vous prie de les mettre de votre côté en rapport avec deux de vos amis, et j'espère que vous voudrez bien vous soumettre, comme je le ferai moi-même, à tout ce qui sera décidé par ce tribunal d'honneur.

LETTRES DU GÉNÉRAL MORRIS ET DE l'aMIRAL JURIEN DE LA GRAVIÈRE AU SUJET DÉ L'iNCIDENT DE LORD ***

Paris, 29 mai 1861.

A Monsieur Ferdinand de Lesseps.

Le comte de *** a prononcé, dans la séance du 6 mai, à la Chambre des lords, des paroles dont vous vous croyez tenu, par le soin de votre honneur, de réclamer la rectiûcation publique. Vous nous avez, en conséquence, chargés de transmettre à l'orateur une demande d'explications. Avant de déférer à votre désir, nous jugeons de notre devoir de vous faire connaître notre opinion au sujet d'un incident qui se produit pour la seconde fois et qui pourrait aussi bien se reproduire tous les jours.

Aujourd'hui que votre Société est régulièrement constituée et représentée par un Conseil d'administration, il ne vous appartient plus de répondre seul à des attaques dont le sentiment public de votre pays a, depuis longtemps, fait justice.

Ces agressions n'ont jamais été plus vives (jue lorsque vos chances de succès ont paru augmenter. Vous ne pouvez donc leur faire de meilleure réponse que de mener à bonne fin la grande entreprise dont une jalouse politique qui se trompe d'époque n'a cessé de prophétiser la ruine.

Général Morris.

E. Jurien.

Paris, 29 mai 1861.

J'ai reçu hier soir la lettre que vous m'avez écrite de Malte, le 26 mai. Je n'ai pas, comme vous le pensez, perdu une minute pour me transporter chez le général Morris.

Le brave général est, ainsi que moi, complètement à votre disposition; mais il a eu beau retourner sa moustache entre l'index et le pouce, il n*a pu trouver matière à rencontre dans l'incident que vous soumettiez à notre arbitrage. Je Tai prié de rédiger comme il Tentendrait la réponse à vous faire et je viens d'y apposer ma signature.

Cette lettre me semble aussi digne que sage et je ne crois pas que toutes les explications de lord *** pussent être pour vous une satisfaction plus complète. Mon avis est que vous marchiez et que vous laissiez dire, tant qu'on ne prononcera pas votre nom et qu'on ne s'attaquera pas directement à votre personne.

En avant donc et percez bien vite cet isthme, sujet de discorde. Tous vos amis attendent avec confiance le jour de l'union des deux mers.

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