‹ Lettres, journal et documents pour servir à l'histoire du canal de Suez (volume 2)Chapitre 14 sur 87 · DE LA GRAVIÈRE · texte numérisé non relu

DE LA GRAVIÈRE

Malte, 22 juin 1861.

J*ai reçu, avant de m'embarquer à Alexandrie pour retourner en France, votre réponse collective du 29 mai. Je vous avais déclaré que je m'en rapportais aveuglément à votre décision. Mes pleins pouvoirs ne pouvaient être mieux placés qu'en vos mains, dans une question d'honneur et de dignité. Je ne pouvais pas être juge dans ma propre cause et je devais naturellement pécher par excès de susceptibilité personnelle; cependant je tiens à vous assurer que j'avais pris, après mûre réflexion, la résolulion que je vous avais proposée en cherchant à écarter tout ressentiment individuel. J'avais cru agir dans l'unique intérêt de mon entreprise, espérant arrêter une fois pour toutes ces injures et ces calomnies qui me font bondir, non point à cause de ma personne, mais à cause du mal réel qu'elles font à l'affaire dans ce qu'on appelle le monde sérieux des financières, en Angleterre et dans les principales places commerciales du monde.

Maintenant je reconnais que votre manière de voir est aussi digne que sage, elle donne d'ailleurs à ma susceptibilité alarmée une satisfaction plus complète que n'auraient pu le faire toutes les explications de lord**"". Je vous remercie, mes chers amis, de m'avoir éclairé, et comme il ne s'agissait pour moi que d'avoir ma conscience en repos sur la meilleure marche à suivre et non de faire un

bruit inutile, j'envisage la réserve à laquelle je suis justement condamné avec autant de sérénité que Taction. 11 reste donc entendu que nous enterrerons entre nous rincident de lord ***, sans avoir à faire actuellement aucun usage d'une correspondance qui sera pour moi le témoignage de votre sincère et loyale amitié, de votre bon jugement et de l'énergique dévouement que je trouverais en vous, si une cause légitime me mettait dans le cas d'y recourir.

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