‹ Lettres, journal et documents pour servir à l'histoire du canal de Suez (volume 2)Chapitre 28 sur 87 · DE S. A. LE VICE-ROI · texte numérisé non relu

DE S. A. LE VICE-ROI

Caire^ 27 décembre 1861.

Vous savez déjà que le vice-roi a été enchanté de sa tournée dans Tlsthme et qu'il ne cacbe ni sa satisfaction ni sa volonté de mener notre œuvre à bonne fin et d'en diriger pour ainsi dire lui-même Texécution, avec rénergie qu'il sait mettre à Taccomplissement de ses projets, lorsqu'il est bien décidé. En outre, il a le désir de liquider sa situation financière avec la Compagnie. Je Tai entretenu d'une combinaison qui lui a plu, je lui ai promis de rédiger un projet d'après les bases que je lui avais soumises, et je l'ai engagé à faire traduire mon projet en turc, afin d'être en mesure de l'examiner mûrement avant de prendre une détermination.

Je vous envoie donc ce projet, afin que vous le fassiez traduire. J'ai prévenu Son Altesse que vous le lui remettriez dans une quinzaine de jours, à son retour de la Haute-Égyple,lorsqu'EIle aura reçu deConstantinople une réponse, attendue avec impatience, du grand vizir et qu| lui permettra de liquider toute la dette courante dont Elle est tourmentée. La réalisation de 20 millions lui suffira pour équilibrer son état financier en dehors des échéances fixes pour lesquelles les payements sont assurés par les revenus du pays. D'un autre côté, si j'obtiens de la Compagnie, comme je n'en doute pas, ' l'approbation de

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ma combinaison, la situation du Trésor égyptien sera on ne peut plus nette et on ne peut plus favorable.

Le vice-roi part ce matin même de Kasr-el-Nil pour la Haute-Egypte, où il va présider à des fouilles d'antiquités, avec M. Mariette, dans des lieux qui n*ont pas encore été explorés. De mon c6té, je retourne à notre Isthme.

RAPPORT A S. A. LE VICE-ROI SUR LA RÉALISATION DR LA SOUSCRIPTION ÉGYPTIENNE DANS LK CAPITAL PB LA COMPAGNIE DU CANAL DE SUEZ.

Caire, 24 décembre 1861.

Les 177,642 actions souscrites par le vice-roi représentent un capital de 88,821,000 00

Sur cette somme, le vice-roi a payé en travaux , en dépenses antérieures à la constitution de la Société 2,516,157 12

Il reste donc 86,304,842 88

Par sa convention avec la Compagnie, en date du 6 août 1860, le vice-roi s'est obligé à payer cette somme dans les conditions suivantes, savoir :

1° Pour complément des deux premiers dixièmes (100 francs par action) appelés à l'époque de la convention 15,248,042 88

Cette somme a été remise à la Compagnie en une série d'obligations du Trésor égyptien, productives de 10 0/0 d'intérêt à dater du 1^' janvier 1860, dont 5 0/0 payables avec le capital à l'échéance de chaque obligation et 5 0/0 compensés par l'intérêt égal servi aux actions.

Ces obligations ont été souscrites par le Trésor égyptien aux échéances suivantes :

1863. Payements échelonnés de mois en mois. Fr. 2,305,125 00

Total. ..... Fr. 15,248,042 88

Nota. (Les intérêts afférents aux obligations ci-dessus représentent une somme totale de 3,991,170 fr. 25 c. à encaisser par la Compagnie, en même temps que le montant de ces mêmes obligations, et qui vient en augmentation du capital.)

S"* Le solde des huit dixièmes qui restaient à appeler à l'époque de la convention (soit 400 francs par action) doit être remis à la Compagnie au fur et à mesure des appels de fonds, en obligations productives de 5 0/0 d'intérêt compensés par les intérêts servis aux actions.

Cette seconde série d'obligations est payable aux échéances suivantes :

1 867. Payements échelonnés de mois en mois. Fp. 8,882,100 00

Total égal au solde établi d'autre part. . . Fr. 86,304,842 88 Il convient d'ajouter à cette somme les inté-

rets à 5 0/0 du montant des premières obligations 3,99J,170 25

Somme totale due par le vice-roi à la Compagnie de 1863 à 1875 (douze ans) 90,296,013 13

Soit, en moyenne, par an. . . . 7,524,667 75

Le débit du vice-roi pour le complément des premiers appels (300 francs par action) s'élèvera le 1" juillet pro chain à la somme de Fr. 54.767,613 13

Savoir :

1° Solde des deux premiers dixièmes. Fr. 15,248,042 88

Intérêts dus 3,991,170 25

3« et 4« dixièmes 17,764,200 00

5« et 6« dixièmes 17,764,200 00

Total 54,767,613 13

Il serait difficile, en présence de ce débit, à moins de placer Son Altesse dans une situation dlnégalité vis-à-vis des autres actionnaires, situation qui serait très-nuisible au crédit du gouvernement égyptien, de faire les nouveaux appels de fonds qui seront indispensables pour Ja suite des travaux. Il est donc d'un extrême intérêt d*arriver à la réalisation de la souscription du vice-roi.

Dans les conditions actuelles de sa souscription, le vice-roi ne touche aucun intérêt sur ses actions, et il est par cela même dans Timpossibilité de les transférer à des tiers. La retenue des intérêts par la Compagnie, au crédit du compte personnel du vice-roi, rend ces actions improductives dans ses mains et s'oppose en fait à toute transaction sur les titres qui se trouvent ainsi frappés d*embargo.

Si Ton suppose, au contraire, l'affranchissement de ces actions, le vice-roi touche, chaque semestre, les coupons d'intérêts qui représenteront bientôt une somme annuelle de 2,750,000 francs.

Ainsi, dans Tintérêt moral qui la lie au succès de Pentreprise, dans l'intérêt matériel et immédiat de son trésor, comme dans l'intérêt présent et à venir de son crédit, je demande à Son Âtesse de vouloir bien adhérer à une combinaison qui lui offrira les moyens de se libérer avantageusement des engagements qu'elle a contractés pour la réalisation de ses souscriptions. Si Elle accepte le principe de ma combinaison, J'écrirai à M. le duc d'Âlbuféra de la soumettre immédiatement de ma part à Tacceptation du Conseil d'administration de la Compagnie, afin que je puisse, avant de la faire exécuter, en faire mention dans le rapport que je présenterai, le 1" mai, à l'approbation de TÂssemblée générale des actionnaires.

Le moyen qui me parait le plus simple et le plus pratique d'opérer la liquidation du vice-roi envers la Compagnie, serait :

Au lieu de payer, comme il s'y est obligé, 90,296,013 fr. 13 c. en douze années, c'est-à-dire 7,524,667 fr. 75 c. par an, en moyenne, de livrer à la Compagnie, en trois séries émises successivement au fur et à mesure des appels de fonds, des obligations trentenaires de 500 francs, qui seraient annuellement amorties par tirage au sort.

7 à S 0/0 d'intérêt et 2 0/0 consacrés à Tamorlissement et au remboursement à 700 francs des obligations de 500 francs, me paraissent devoir suffire à la réussite de Topération, dont la Compagnie se chargerait, sans se réserver pour elle aucune commission.

En supposant Tintérèt et ramortissement portés ensemble à 9 0/0, le Trésor égyptien n'aurait à payer pour la première série d'obligations, s'élévant à 55,000,000 de francs (chiffre rond) qu'une rente annuelle, pendant trente ans, de 4,950,000

Mais il recevrait, d'autre part, les intérêts de ses actions libérées, c'est-à-dire 2,750,000

De sorte que le déboursé annuel du Trésor ne serait réellement, pour la première série, que de 2,200,000

Lorsque l'on fera l'appel des septième et huitième dixièmes, le déboursé réel ne sera que de 2,920,000 francs, et si l'on fait l'appel des deux derniers dixièmes, ce qui peut ne pas arriver, l'émission de la troisième série d'obligations, ajoutée à celles des deux précédentes séries, ne portera le déboursé réel du Trésor égyptien, déduction faite du profit résultant des intérêts des actions libérées, qu'à une somme de 3,600,000 francs par an.

La Compagnie émettrait elle-même, à ses risques et périls, les obligations trentenaires égyptiennes, en se chargeant des payements d'intérêts et des remboursements.

Je proposerai de placer ces obligations de préférence parmi les nombreux actionnaires de la Compagnie qui ont déjà la plus grande confiance dans la loyauté el la solvabilité de Son Altesse le vice-roi, et qui donneront certainement dans cette circonstance un exemple de nature à aider puissamment à la consolidation du crédit égyptien.

J'expliquerai d'ailleurs dans mon rapport combien toute sécurité sera assurée aux prêteurs, qui auront pour

garantie générale, outre les engagements de la Compagnie, la situation de plus en plus prospère des finances égyptiennes, et pour garantie particulière, les 15 0/0 revenant pendant quatre-vingt dix-neuf ans au gouvernement égyptien sur les bénéfices nets de Texploitation du Canal de Suez, somme que les calculs les plus modérés ne peuvent pas permettre d'évaluer à moins de 5 millions de francs par an.

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