‹ Lettres, journal et documents pour servir à l'histoire du canal de Suez (volume 2)Chapitre 3 sur 87 · A S, E. ZEKI-BEY, PRÈS S. A. LE VICE-ROI · texte numérisé non relu

A S, E. ZEKI-BEY, PRÈS S. A. LE VICE-ROI

Caire, 21 janvier 1861.

M. Hardon m'écrit ce qui suit :

« Je suis prévenu que, dans tous les villages autour du « lac Mensaleh, les cheiks empêchent les ouvriers de se « rendre à Port-Saïd, en disant qu'ils obéissent aux or- « dres du gouvernement. »

Comme tout le monde sait que Son Altesse laisse les fellahs libres d'aller travailler là où ils trouvent à gagner leur vie, ce qui lui fait le plus grand honneur en Europe et a établi sa popularité en Egypte, je crois que les obstacles signalés proviennent des intérêts privés du fermier du lac Mensaleh, qui regarde les populations riveraines comme ses esclaves. Ce qui me confirme dans cette opinion, c'est que, dans les autres villages de la basse Egypte, aucun obstacle n'est apporté au départ des fellahs qui viennent librement et volontairement travailler chez nous. Un gouvernement, qui a abandonné le régime de Tarbitraire pour son compte, doit naturellement empêcher des tiers d'exploiter les fellahs dans leur intérêt.

D'ailleurs, je suis trop convaincu de la loyauté de Son Altesse, pour craindre d'être entravé indirectement par Elle dans l'exécution d'une entreprise où son honneur comme le mien se trouvent engagés, et dont Elle recueillera plus que moi de grands profits.

Je vous prie de lire ce billet à Son Altesse lorsqu'EUe sera seule.

M. DELAMALLE, A PARIS.

Caire, 23 janvier 1861.

Le vice-roi se dispose à partir pour La Mecque. Je me suis expliqué avec lui pour que nos travaux ne soient point entravés pendant son absence. Tous les ordres sont laissés aux gouverneurs pour favoriser le recrutement des ouvriers fellahs que nous aurons en grand nombre, au fur et à mesure que les logements, les approvisionnements et le matériel seront disposés pour les recevoir, les nourrir et les employer.

Tout cela s'organise partout convenablement. Mougel, qui n'a cessé de pousser son personnel et de le bien diriger par ses correspondances journalières, va bientôt s'installer sur le Seuil avec M. Hardon. M. Voisin le complétera heureusement pour Tordre et la suite des détails; il va s'établir à Damiette et il donnera, avec le concours dévoué de Chancel, l'impulsion désirable à la tenue régulière de toutes les comptabilités.

Le bien ne vient pas en un jour, ni en dormant, et pour y arriver il fallait passer par toutes les phases que nous avons traversées.

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