A ALEXANDRIE
Tell-el-Kébir, 14 février 1862.
Je viens remplir la mission dont j'ai été chargé auprès de vous par nos collègues. Ces messieurs vous expriment, par mon organe, la reconnaissance de la Compagnie pour les services exceptionnels que vous n'avez cessé de leur rendre ; ils ne sauraient assez se louer de l'extrême délicatesse de la maison Ruyssenaers frères dans tous ses rapports avec nous ; ils n'ignorent pas les sacriflces qui ont été faits par elle, avant la formation de notre Société, et dans les circonstances les plus difficiles.
Je suis heureux de vous rappeler combien, en toutes circonstances, nos collègues ont apprécié votre dévouement et voire désintéressement. Ils vous ont déjà donné a preuve de leurs sentiments à votre égard en vous nommant vice-président du conseil d'administration. Enfin, la manière honorable dont vous avez renoncé à voire traitement, tout en nous conservant le concours si précieux de votre expérience, de votre situation et de votre influence personnelle en Egypte, a donné lieu à une mention spéciale dans le registre des délibérations du conseil d'administration.
Ce témoignage, joint à ceux que je me suis toujours plu à vous rendre, vous montrera le prix que nous attachons à tout ce que vous avez fait et à tout ce que nous espérons encore de vous, en faveur d'une œuvre dont vous avez été, avec moi, le premier et le plus efficace fondateur.
A M. LE DUC d'aLBUFÉRA^ A PARIS.
TeU-el-Kébir, 15 férrier 1868.
Le contingent des ouvriers est arrivé, pour ce mois, au chiffre de 21 ,000 hommes.
Le vice-roi, répondant à mes dernières communications, me prévient que des ordres sont donnés pour faire travailler pendant le Ramadan, en laissant aux ouvriers le choix de finir leur tâche le jour ou la nuit, comme il leur plaira.
La lâche est de 60 mètres cubes par homme dans les terrains ordinaires.
Chaque village de la Haute, de la Moyenne et de la Hasse-Égyple doit fournir de 3 à 5 hommes, ce qui fera atteindre au moins le chiffre désiré par moi de 30,000 hommes.
Les hommes devront être changés dans les délais fixés par les instructions données tant aux moudirs (gouverneurs) des provinces qu'à Ismaïl-Bey, moudir des travaux du Seuil, afin que les contingenls qui auront fini soient remplacés par les contingenls qui arrivent.
Je ferai commander au Caire mille machallahs pour éclairer la ligne des travaux du Seuil pendant les nuits de Ramadan.
Les chameliers de location devaient nous quitter à la fin de février, pour faire prendre le vert à leurs bêtes; nous allions ainsi nous trouver privés de 400 chameaux;
il nous en reste à peu près autant qui nous appartiennent et qui, eux aussi, devront prendre plus tard leur vert, sans quoi on est exposé à les voir périr. Le vice- roi, à qui je me suis adressé, a bien voulu immédiate — ment envoyer des ordres pressants aux moudirs de^ Galoubieh (Benha) et de Dakhalieh (Mansourah), afincr de nous faire donner actuellement en location, au prix:^ qui sera convenu entre nous et leurs propriétaires, 40(111 chameaux, et, plus tard, 400 autres, lorsque nous eiKZ~ ferons la demande.
Vous voyez que les actes du vice -roi correspondent tout à ses intentions, dont, pour mon compte, je n'ai jamais douté, et que nous ne pouvions pas espérer de meilleun résultats que ceux que nous obtenons en ce moment.
Je vous serai obligé de faire lire à M. Hardon ce que je vous écris aujourd'hui au sujet des travaux. Je me suis empressé de faire connaître à MM. Gérardin, Voisin, Feinieux, Sciama, Angot et Ismaïl-Bey les ordres du viceroi pour la continuation des travaux du Seuil pendant le Ramadan.
Je pars ce soir pour aller passer un ou deux jours à Alexandrie, où vient d'arriver M. Ruyssenaers, et où se trouve le vice-roi. J'y serai demain.
Je serai bientôt de retour ici pour faire, avec M. Voisin, une tournée sur les travaux, jusqu'à Damiette.
Je reviens sur la complication de nos écritures de comptabilité. Partout où je passe, je ne vois que du monde occupé, du matin au soir, à faire de la comptabilité. Pour quatre chefs qui dirigent les travaux, nous avons deux cents comptables. Notez qu'avec cela, je vois dans le rapport de M. Voisin, du i""^ janvier, que les comptes ne sont pas à jour.
J'avoue qu'il m*est difficile de ne pas être convaincu à priori que si un grand nombre de gens fort capables s'acharnent, depuis plusieurs mois, inutilement à faire de la bonne comptabilité, il doit y avoir un vice inhérent à la chose. Je vais consacrer tout ce mois et le mois prochain à rechercher ce vice et à y remédier.
P. S. La navigation du canal d'eau douce est bien assurée jusqu'à Timsah. Nous y avons 70 barques, que je vois passer et repasser, à la montée et à la descente, sous mes fenêtres. Quel bienfait et quelle économie que ce canal I
ÂU MÊME.
Alexandrie, 20 février 1862.
Je VOUS annonce avec satisfaction que les négociations pour le renouvellement des baux du domaine du Ouady, ont été heureusement terminées. Après avoir fait agir séparément, par M. le comte Sala, M. Guichardet M. J.-B. Vernoni, sur les divers éléments de la population, les fellahs cultivateurs, les cheihs des villages et les tribus d'Arabes bédouins, j'ai réuni les uns et les autres dans un grand divan, leur signifiant la volonté de la Compagnie de louer les terres au-dessus du taux des anciens baux. Je leur ai en même temps déclaré que chacun, à l'avenir, garderait intégralement le fruit de. son travail, et qu'il n'y aurait plus de bakchichs (cadeau) pour personne.
Les baux ont été signés au sortir de la séance où j'avais donné lecture publique du projet de contrat.
Vous trouverez ci-joint un très-intéressant rapport de M. Guichard, un spécimen des baux de location et un tableau présentant en chiffres les résultats obtenus.
Ces résultats nous assurent pour trois ans un revenu annuel, impôt payé, de 617,945 piastres, environ 150,000 francs. L'amélioration est considérable. Le prix des baux est doublé, et, ce qui n'est pas moins important, c'est que, par Talliance contractée avec les Arabes bédouins, la population de notre vallée, qui était de
5,000 habitants, est aujourd'hui doublée. Nous pouvons compter sur une augmentation progressive qui s'étendra peu à peu vers les terrains de la vallée de Gessen arrosés par notre canal d'eau douce.
Déjà les Toumilah et les Ânnadis demandent à cultiver quelques-unes des terres des environs de Maxama. Un de leurs chefs y a ensemencé cette année 500 feddans. Je vous transmets Tordre que je lui ai donné pour qu'il n'ait à payer aucune redevance au gouvernement, et la copie de la lettre que j'ai adressée à ce sujet au gouverneur de la province.
Dans les négociations heureusement terminées, M. Guichard a montré un zèle et une intelligence remarquables pour nos intérêts; il a été on ne peut mieux secondé par M. J.-B. Vernoni, dont l'expérience et les connaissances spéciales lui ont été d'un grand secours, et sans lequel, il faut le dire, tous nos efforts auraient difficilement abouti. M. le comte Sala et moi nous avons eu beaucoup à nous louer du concours de M. Kahla, interprète du Ouady.
J'ai chargé le comte Sala de préparer le budget de l'administration du Ouady.
i74 LETTRES
AU MEME
Alexandrie, 2 mars 1862.
Suivant Tavis que je vous ai donné, j'ai quitté Alexandrie le 21 février, et le même jour j'étais rendu à Tellel-Kébir. Là, j*ai reçu une lettre de M. Voisin m'annonçant qu'il m'attendait au Seuil. Notre ingénieur en chef, en m'envoyant une note sur la reconnaissance faite par lui du Bahr-el-Moëz, note que je m'empressai d'envoyer au vice-roi et dont je vous remets une copie, m'écrivait : (( Je suis au Seuil depuis avant-hier. La vue de nos « chantiers m'a causé une vive impression. Cette armée a de travailleurs est réellement d'un aspect grandiose. « Si le vice-roi peut vous faire maintenir les hommes « pendant le Ramadan, en portant les contingents des « provinces de 23 à 30,000 hommes, on se rend aisément « compte que le Seuil pourra être prochainement percé. »
Parti le 21 de Tell-el-Kébir, de bon matin, je débarquai, le 22, à quatre heures du soir, à Timsah. M. Voisin était venu au-devant de moi avec MM. Larousse, Feinieux et Ismaïl-Bey. Nous avons suivi à cheval la rigole d'eau douce, en contournant le lac jusqu'au chantier n** 6.
Sur la hauteur où est placé le kiosque de Son Altesse, nous avons joui du magnifique coup d'oeil de ces 20,000 fellahs travaillant avec un ordre et un entrain remarquables sur la ligne non interrompue des chantiers 6, 5 et 4. — Dans la matinée du 23, j'ai concerté avec Ismaïl-Bey toutes les mesures nécessaires pour faire
JOURNM. ET DOCUMENTS «73
remplacer les contingents actuels des provinces par les contingents du mois de Ramadan.
J'ai écrit au vice-roi afin qu'à l'avenir chaque contingent fût accompagné d'un nombre de chameaux suffisant pour transporter, du lieu du départ au lieu du travail, les bagages et les vivres des contingents, pour servir pendant la durée du travail au transport de l'eau et des autres approvisionnements de ces contingents auxquels ils seront affectés et pour retourner avec eux dans les villages. De cette manière nous simplifierons beaucoup le service des transports. Cette disposition sera exécutée le mois prochain.
Nous avons passé la fin de la journée du 23 à Kantara. Celle du 24 a été employée à la navigation de la rigole jusqu'à Port-Saïd. Là, j'ai eu une conférence de plusieurs heures avec MM. Voisin, Sciama et Feinieux, conférence dans laquelle nous avons arrêté, sur un rapport de M. Ângot, toutes les dispositions qui nous ont paru de nature à assurer la bonne marche de tous les importants services de l'intendance.
Le 25 et le 26, je me suis occupé à Port-Saïd de la question si essentielle pour nous du travail de vérification du compte confié à M. Paschal. Je pousse M. Paschal pour qu'il ait terminé le 26 mars et qu'il apporte luimême son travail à Paris. C'est à cette même époque que je compte m'embarquer à Alexandrie pour rentrer en France par Trieste.
Arrivé ici avant-hier soir, le vice-roi m'a fait connaître qu'il avait chargé Régheb-Pacha, son ancien ministre des finances, de terminer avec moi notre convention financière. Il m'invite par le télégraphe à me rendre au Caire, et je vais prendre le chemin de fer.
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AU MEME
Alexandrie, 2 mars 1862.
Suivant Tavis que je vous ai donné, j'ai quitté Alexandrie le 21 février, et le même jour j'étais rendu à Tellel-Kébir. Là, j'ai reçu une lettre de M. Voisin m'annonçant qu'il m'attendait au Seuil. Notre ingénieur en chef, en m'envoyant une note sur la reconnaissance faite par lui du Bahr-el-Moëz, note que je m'empressai d'envoyer au vice-roi et dont je vous remets une copie, m'écrivait : (( Je suis au Seuil depuis avant-hier. La vue de nos « chantiers m'a causé une vive impression. Cette armée « de travailleurs est réellement d'un aspect grandiose. « Si le vice-roi peut vous faire maintenir les hommes « pendant le Ramadan, en portant les contingents des « provinces de 25 à 30,000 hommes, on se rend aisément « compte que le Seuil pourra être prochainement percé. »
Parti le 21 de Tell-el-Kébir, de bon matin, je débarquai, le 22, à quatre heures du soir, à Timsah. M. Voisin était venu au-devant de moi avec MM. Larousse, Feinieux et Ismaïl-Bey. Nous avons suivi à cheval la rigole d'eau douce, en contournant le lac jusqu'au chantier n° 6.
Sur la hauteur où est placé le kiosque de Son Altesse, nous avons joui du magnifique coup d'oeil de ces 20,000 fellahs travaillant avec un ordre et un entrain remarquables sur la ligne non interrompue des chantiers 6, 5 et 4. — Dans la matinée du 23, j'ai concerté avec Ismaïl-Bey toutes les mesures nécessaires pour faire
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remplacer les contingents actuels des provinces par les contingents du mois de Ramadan.
J'ai écrit au vice-roi afin qu'à l'avenir chaque contingent fût accompagné d'un nombre de chameaux suffisant pour transporter, du lieu du départ au lieu du travail, les bagages et les vivres des contingents, pour servir pendant la durée du travail au transport de l'eau et des autres approvisionnements de ces contingents auxquels ils seront affectés et pour retourner avec eux dans les villages. De cette manière nous simplifierons beaucoup le service des transports. Cette disposition sera exécutée le mois prochain.
Nous avons passé la fin de la journée du 23 à Kantara. Celle du 24 a été employée à la navigation de la rigole jusqu'à Port-Saïd. Là, j'ai eu une conférence de plusieurs heures avec MM. Voisin, Sciama et Feinieux, conférence dans laquelle nous avons arrêté, sur un rapport de M. Angot, toutes les dispositions qui nous ont paru de nature à assurer la bonne marche de tous les importants services de l'intendance.
Le 25 et le 26, je me suis occupé à Port-Saïd de la question si essentielle pour nous du travail de vérification du compte confié à M. Paschal. Je pousse M. Paschal pour qu'il ait terminé le 26 mars et qu'il apporte luimême son travail à Paris. C'est à cette même époque que je compte m'embarquer à Alexandrie pour rentrer en France par Trieste.
Arrivé ici avant-hier soir, le vice-roi m'a fait connaître qu'il avait chargé Régheb-Pacha, son ancien ministre des finances, de terminer avec moi notre convention financière. Il m'invite par le télégraphe à me rendre au Caire, et je vais prendre le chemin de fer.
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