MÉMOIRE POUR S. A. LE VICE-ROI
Caire, l©' septembre 1863.
La dernière dépêche du grand vizir au vice-roi d'Egypte n'est pas autre chose, sous des formes plus subtiles, que k défunte note du 6 avril ravivée et aggravée.
Si, par impossible, elle était prise en considération, elle serait, dans le présent, la négation des droits acquis par la Compagnie, droits ouvertement protégés par des gouvernement puissants ; dans l'avenir, Timpossibiiité pratique de l'exécution et de la conservation du Canal maritime, impossibilité désirée par un seul gouvernement dont l'égoïste et illégitime intervention n'ose pas se produire au grand jour.
Elle constituerait, en outre, une profonde atteinte à l'indépendance administrative de l'Egypte, el une tentative pour déconsidérer, vis-à-vis de l'opinion publique, le caraclère personnel du vice-roi, que l'on voudrait faire regarder comme reniant les vrais principes civilisateurs suivis avec courage et persévérance pendant tout le règne de son prédécesseur.
Enfin, elle serait, non seulement la violation des traités spéciaux qui, sous la garantie des 'puissances^ ont réglé les rapports entre VÉgypte et la Turquie^ mais encore une violation des traités internationaux qui lient la Turquie et VÊgypte envers les nations étrangères.
Par conséquent la dépèche du grai.d vizir ne peut être prise en considération :
Ni par le vice-roi héréditaire du pouvoir égyptien;
Ni par la Compagnie universelle instituée par ce pouvoir;
Ni par les gouvernements européens, particulièrement par le gouvernement français, principal auteur de l'hérédité du pouvoir égyptien dans la famille de Méhémet-All, et dont les nationaux ont formé en grande partie le capital employé à
:i20 LETTRES
IVx<?ciition du Canal, capital auquel tous les pays avaient été publiquement et également appelés à participer.
Kn ce qui concerne la Tiumpagnie universelle, ladépèclit; Mltnque, dans tous ses éléments essentiels, la concessioD ellemême.
Cette concession, qu*élait-elle?
Cumme objet et motif de l'entreprise:
L«'i construction du ('anal maritime et de son indispensable auxiliaire, le canal d*eau douce, nommé dans la coucession CawU (Vatimentatinn , c'est-à-dire devant donner la vie au canal maritime.
Comme rémunération des capitaux engagés : Le prix du péage sur les deux canaux cl les produits des terres incultes utilisées ou fertilisées, ('omrne moyen d'exécution :
L'engagement pris par le gouvernement égyptien de fournir à la Compagnie, moyennant salaire déterminé, les ouvriers nécessaires ù Taccomplissement des travaux.
C'est en raison vi en vue de ces charges et droits que s'est constituée la Compagnie universelle du canal de Suez, avec Tautorisation publique du gouvernement égyptien et l'assenliment de la Turquie.
Telles sont les trois conditions essentielles de la concession. La nouvelle dépêche turque, marchant sur les traces de la note du (> îivril, ne tient aucune espèce de compte de ces trois conditions.
En prétendant abolir dans Tisthme le travail des contingents payés, qu'il lui plaît de désigner sous le nom àe travail forcé ^ elle voudrait supprimer les moyens d'exécution du Canal.
En demandant la rétrocession des terres qu'arrosent les canaux creusés par la Compagnie, elle .prétend enlever aux actionnaires une des branches importantes de leurs revenus et la rémunération de leurs peines. La dépèche n'est donc qu'une variante de la note du 6 avril; elle a la même origine; elle a été écrite sous la même inspiration et dans la même intention de porter un coup mortel au canal de Suez. Les journaux anglais qui ont de bonnes raisons pour en connaître
l'esprit et la tendance, et qui ont eu rimprudence de trop se hâler pour en triompher, reproduisent ces conclusions, comme si elles étaient le résultat d'un compromis accepté par la Compagnie, et proclament déjà la ruine de l'entreprise.
On lit dans le Standard :
« Le travail ne pourra être obtenu dans l'avenir qu'au « moyen de dépenses énormes. Que diront alors les action- « naires, ces pauvres spéculateurs, en France, en Egypte, en «Turquie! Ils seront ruinés. Lorsque les 200 millions au- « ront élé épuisés, l'entreprise tombera d'elle-même, faute de a fonds. M. de Lesseps et les aventuriers qui l'ont soutenu « de leur argent feront bien de se tirer promptement d'une « mauvaise affaire et de faire le meilleur marché qu'ils pource ront avec le pacha; car l'entreprise sur laquelle ils ont « fondé tant d'espérances se trouvera aussi vide de résultats « économiques que le tunnel de la Tamise. »
On lit dans le Spectator :
« Le travail forcé doit cesser, ce qui est la prohibition du « Canal, »
On lit dans le Saturday^s Review :
« Les résultats de la note du 6 avril auraient fini par ruiner « M. de Lesseps et son projet.
« Aujourd'hui les terres de la Compagnie seront aban- « données moyennant une indemnité pécuniaire; si cette der- « nière clause est mise à exécution, le but de la Porte sera « atteint. (Lisez : le but de l'Angleterre.)
u Quelle que soit la manière dont cette affaire puisse être « réglée, l'abandon par la Compagnie des privilèges qu'elle a « acquis, dans la mesure où pouvait les lui assurer le vice-roi, « sera un coup sérieux porté aux vues commerciales du « projet. Aussi longtemps que les choses peuvent rester « en ce point, l'Angleterre peut cesser de concevoir des in- « quiétudes sur l'issue d'une entreprise dans laquelle elle a « été trop prudente pour engager ses économies. »
3J2 LKTTUES
On lit «laiis VÉcotiomist :
« Coiniiii? niicuii ^rand ouvrage n'a jamais éléexcculéen « Iv^yptr s:ins le travail forcé, un salaire ne tentant pas le « pay>an i>:^y|»lien, cette note (celle du G avril) sembla îa- • laie il l'en tri' prise. »
A[»rès des aveux aussi naïfs, il faudrait être bien peu perspicace pour admettre la discussion sur les points de la réccole dépêche du grand vizir qui ne sont que la reproduction des prohihiliDiis contenues dans la note du 0 avril. Mais la dépêche en question va encore plus loin. Elle a la prétention d'attribuer à la Turquie un droit d'intervention dans les travaux, les plans et les proportions du Canal maritime luimême.
(iituns d'abord les termes de la dépêche :
« Dés que les questions des canaux d'eau douce, des ter- « rains qu'ils arrosent ou devront arroser et du travail forcé V auront reçu, par rapport à lUntérieur^ une solution conforme « à ce qui précède, il sera sAorsprocédé^par rapport à V extérieur^ « à la négociation des conventions qui auront pour objet la <c destination exclusive du Canal maritime à la marine marc( chaude en général. Mais pour obtenir, en attendant, toutes « les sécurités miitérielles exigées par la neutralisation du « Canal où les bâtiments de guerre de haut bord ne pourront « point entrer. Votre Altesse voudra bien faire effectuer par « des ingénieurs compétents les études techniques nécessaires « afin de ddlcrmimv la largeur et la profondeur du Canal, qui « devront être proportionnées au pnssage des bâtiments de « commerce seulement. Votre Altesse voudra bien également « s'entendre aussi, sur ce point capital, avec la Compagnie et « faire connatlre à la Sublime Porte le résultat qu'elle aura « obtenu. »
La Compagnie, dans cette nouvelle prescription, ne peut voir qu'un pr(»cédé de plus pour lui préparer ou lui susciter des difficultés.
Nous ne pouvons pas admettre que la Porte ait le droit de bouleverser ou de refaire les plans de la Compagnie pour lesquels toutes les obligations de l'acte de concession, toutes les
règles publiquement tracées à ravance ont été exactement suivies par une commission supérieure composée des plus éminents ingénieurs de l'Europe. Nous ne pouvons pas admettre que la Compagnie doive s'adresser à la Porte toutes les fois que, se trouvant d'accord avec le vice roi d'Egypte, ses intérêts et ceux du commerce lui imposeront le besoin d'un approfondissement ou d'un élargissement du Canal. Comment distinguer de nos jours entre la nécessité de la navigation pour un navire de guerre et pour un vaisseau de commerce? Les grands paquebots de la Compagnie péninsulaire et orientale et ceux des Messageries impériales, sur les lignes de l'Inde, de la Chine, de la Cochinchine et de l'Australie, ont des proportions et un tirant d'eau égaux ou supérieurs à ceux des frégates de guerre. Tous les jours les Américains et les Anglais augmentent dans leurs nouvelles constructions les capacités de leurs navires marchands, et lorsque les Anglais étaient encore dans Tengouement de leur Great Eastern, ils se plaignaient du peu de profondeur donné au canal de Suez qui ne pourrait lui livrer passage.
Ce n'est donc point par des restrictions réglementaires, inexécutables dans la pratique, gênantes pour la navigation , contraires aux intérêts et aux droits de la Compagnie, que la Porte peut ou doit atteindre le but légitime qu'elle a ici en vue.
Ce n'est point en se ménageant des moyens de tracasseries sur le plus ou le moins de facilité du passage d'une mer a l'autre que la Porte assurera la neutralité du Canal. 11 y a pour cela un procédé plus simple et plus sûr, nous disons même le seul efficace. C'est un traité de neutralité signé et garanti par toutes les puissances maritimes, traité qui permettra enfin d'établir la liberté complète des mers pour le commerce, môme en lemps de guerre. Nous n'avons pas entendu dire que le trailé de neutralité des détroits ait été violé, quoique les Dardanelles et le Bosphore soient accessibles aux navires de haut bord. Cette accessibilité n'a même pas nui à la sécurité de l'empire ottoman dans la dernière guerre de Crimée.
La question a, d'ailleurs, été réglée par l'acte de concession
du ;> janvier 1856 que le vice-roi d'Egypte, la Compagnie et
les gouvernements qui la protègent, tiennent pour bon cl
valide. Cet acle stipule, dans son article premier, que la Société
est fondée pour rétablissement d'un Canal approprié à la
grande navigation maritime entre Suez et Péluse, et, dans Tar- ^
ticle III, il détermine ainsi les facultés accordées à la Compa- ^
gnie pour atteindre ce but :
« Le Canal, approprié à la grande navigation maritime, sera ^^^
« creusé à la profondeur et à la largeur fixées par le pro-
9 gramme de la Commission scientifique internationale. »
La dimension du Canal est une question vidée. La neutralité .^^/ du Canal est une autre question indépendante de la première, pour la réalisation de laquelle la Porte possède la voie des négociations internationales et les moyens d'une entente ave tous les gouvernements.
Enfin la dépèche, s'investissantà Pégard du vice-roi et de 1& Compagnie d'un pouvoir arbitraire et absolu^ leur donne uw délai de six mois pour se soumettre à ses prescriptions, po annuler tous les contrats déjà exécutés par les deux parti intéressées, pour leur interdire les moyens d'achever leCan et elle signifie que, ce délai expiré, sans qu'il ait étéobtempé h SCS ordres incompétents et inexécutables, les travaux devro~ ^nt être interrompus pour revenir à la situation que l'on vouIj — ^ait faire à l'Egypte et à la Compagnie par l'ancienne mission ^ de Mouktar-Bey et par la note avortée du 6 avril.
Il résulte de ce simple exposé que la Porte, toujours s mise aux inspirations hostiles de la diplomatie anglaise n'osant avouer cette soumission, de peur de faire éclater enc u[ie fois l'indignation du monde, ne fait pas autre chose, d sa dépêche au vice-roi, que d'accumuler autour de l'exécut de l'entreprise toutes les difficultés, toutes les impossibilk que, d'accord avec sir Henry Bulwer, elle a pu imaginer, t en déclarant qu'elle accepte le Canal, enprincipe*
La Compagnie ne se laissera pas surprendre par ceKe istetique trop transparente. Pour soulever contre la dépêche utie tempête encore plus violente que celle qui a fait sombrer ^â note du 6 avril, il suffirait de la livrer à la publicité. La Co/»*
pagnie forte de ses droits acquis et incontestables, forte de I
l*appui des gouvernements et de Topinion publique, ne peut que repousser énergiquement el avec protestations les prétentions de la dépêche vizirielle, qui serait, en déflnilive, la confiscation de ses droits et Tanéantissement de son œuvre.
En ce qui concerne l'atteinte portée à l'indépendance admiuistrative de l'Egypte, il suffira, pour démontrer cette atteinte» de rappeler le passage de la dépêche que nous citions tout à l'heure. La dépêche fait elle-même une distinction entre les questions intérieures et les questions extérieures.
Les questions intérieures, d'après les conventions de 1841, sont du ressort exclusif de l'administration égyptienne, les questions extérieures seules sont du ressort du pouvoir suzerain. Or, que dit la dépêche ? Elle reconnaît que la question du travail obligatoire et la question de la concession des terres sont des questions d'ordre intérieur, ou, pour employer ses propres termes, a de rapport intérieur. » Avec toute raison, c'est la seule question de neutralité qu'elle range dans la catégorie des questions de rapport extérieur. Dès lors le procès est vidé. Nous démontrerons plus loin que la Porte n'a pas le droit de s'immiscer dans les questions intérieures du travail etde la cession des terres, sinon l'indépendance de l'Egypte, dans son administration intérieure, aura cessé d'exister.
Pour nous servir encore des termes de la dépêche, toule concession d'un travail public ou d'une entreprise quelconque faite dans Tinlérieur de l'Egypte par les gouvernements des vice-rois, n'est plus qu'un « projet de contrat » soumis aux volontés ou aux caprices de la Porte, aux influences étrangères qui la dominent, et l'on sait que ces influences sont rarement favorables à l'Egypte et à ses progrès. Les vice-rois ne sont plus que simples gouverneurs et en quelques sorte les préfets de l'Egypte, suivant la théorie professée trèsrécemment, à propos de la note du 6 avril, par toute la presse anglaise. Le gouvernement intérieur de l'Egypte n'est plus au Caire, il est tout entier à Gonstantinople; en d'autres termes l'équilibre oriental, tel qu'il a été établi par les conférences européennes de 1841, est rompu, la question d'Orient est rouverte, les traités qui l'avaient fermée n'étant plus qu'une lettre morte.
Birn plus, le \ice-roi lui-même est appelé à confirmer et à ratifier lu décliéance de ses droits, non pas seulement pour des actes projflrs. mais pour des contrats qu'il a reconnus, sanctionnés el exérulés. Ou lui signifie (jue ce qu'il a fait, dans les limites de ses attributions, est nul, et on prétend le contraindre à manquer de foi, à faire faillite à ses engagemcnls publics.
Le contrat relatif au travail obligatoire s'exécute depuis ^
plusieurs années ; il a été signé et exécuté par le vice-roi. Il j^ a été accepté et exécuté parle vice-roi actuel, et, depuis qu'il j- -
est en cours d'exercice, il n'a jamais été contesté, ni inter- ^^
rompu dans son application par le gouvernement. Aujourd'hui ^ ^j l'on ose dire au vice roi : Tout ce que vous avez fait, tout ce^^^^ qu'a fait votre prédécesseur est irrégulier. Vous avez dépassé le^ bornes de votre pouvoir, rentrez-y, et, pour y rentrer, c'est ^^ ^ vous de vous alFrancliir, comme vous le pourrez, des engage- ,^. ments publics que le gouvernement égyptien a eu le tort d contracter depuis neuf ans.
On tient le même langage pour la concession des terres. L Compagnie a été mise en possession de ses terrains par le f< vice-roi; elle y a clfectuédes travaux immenses. Lalégitimi .^té
de cotte concession a été reconnue par le vice-roi actuel ; il ^ a
de nouveau proclamé les droits de la Compagnie par l'ac -^te passé, le 18 mars dernier, relativement à la continuation de la
première section du canal d'eau douce entre le Caire el
le Ouady.
En outre, la possession des terres incultes, fécondées par I^
Compagnie, est consacrée par la loi de l'Islamisme, ainsi q — "^ l'a déclaré le grand conseil du Caire au nom du Coran, par '^
raison que la terre déserte appartient à celui qui la fait fru ' ^' tifier.
Il ne faudrait pas objecter qu'il ne s'agit, dans la dépêcl^»^ ^» que d'une simple demande de négociations dont l'issue se hc^^' nerait à l'accord ou au désaccord du vice-roi et de la Com{> ^" gnie : non, c'est un ordre de rupture formel et absolu avec ^^ clause comminatoire et pénale. Si les négociations n'aboU" tiss<'nt pas, la sanction pénale est contre la Compagnie; etcet^^ sanction, c'est la suppression des travaux, c'est-à-dire sa ruine.
La dépêche contient donc l'usurpation la plus flagrante du pouvoir administratif de l'Egypte et la négation absolue des prérogatives appartenant essentiellement à l'autorité des vicerois.
Nous avons dit qu'elle était aussi une tentative de déconsidération pratiquée envers le caractère personnel de S. A. le prince Ismaïl. En effet elle ne cesse d'insinuer que ce prince est, en quelque sorte, l'inspirateur et le promoteur de la note du 6 avril et de la récente dépêche, que ces deux documents sont rédigés suivant l'esprit des communications de Son Altesse.
Nous savons mieux que personne qu'il n'y a rien de fondé dans cette allégation absolument contraire aux actes de ce prince envers la Compagnie et aux loyales espérances qu'en plus d'une occasion, nous avons reçues de lui-même.
Il est déplorable qu'on prête ainsi deux langages à Son Altesse, l'un au Caire, l'autre à Constantinople; il est déplorable qu'un minisire ottoman se permette de laisser supposer que, lorsque le vice-roi observe et accomplit ses contrats en Egypte, il s'adresse à la Turquie pour lui demander, au détriment de ses droits, de son honneur, de l'indépendance administrative de l'Egypte, des moyens souterrains de l'affranchir de ces mêmes contrats. Ce sont là des procédés dont il serait difficile de calculer la fâcheuse influence auprès des gouvernements qui portent un vif intérêt à l'Egypte, si Son Altesse pouvait souffrir que le moindre crédit fût laissé à d'aussi tristes imputations.
Le grand vizir ne veut pas que la Compagnie universelle soit propriétaire en Egypte, parce que son capital anonyme a été en partie fourni par des étrangers. Peut-il ignorer que le gouvernement égyptien est porteur de près de la moitié des actions de la Compagnie, que des sujets ottomans et égyptiens y sont également intéressés? Il n'y veut point voir l'élément national, il n'y signale que l'élément étranger. A ce compte, comment la Turquie observe-l-elle chez elle ses propres principes ? que sont les Compagnies anglaises des chemins de fer d'Aïdin et de Kustendjé? qu'est celte concession faite à l'Angleterre pour une voie fluviale et ferrée entre la Méditer-
ranéi» et lo ^olfe Pcrsique par la vallée de l'Euphrale? que soiil Irs eoncrssiniinniros anglais de tant d'exploitations sur le sol de Pempin» ottoman? qu'est celle Banque ottomane qui tient en ses mains le crédit de la Turquie, el qui est' principalement formé ' par des capitalistes anglais et français?
Traitons maintenant, h propos des prétentions étranges de la dépêche vizirielle, la question des conventions garanties par les puissances, et réglant les rapports entre l'Egypte et la Turquie.
Lorsqu'on 1841, sur l'insistance de la France, l'Europe ^5^^ décida que les membres de la famille de Mehemet-Ali possé — >^. dcraient héréditairement radministration intérieure d l'Egypte, sous la suzeraineté du sultan, elle n'était pas seulement préoccupée des avantages de celte combinaison pour 1^ ^a Turquie? et pour l'Egypte, elle y cherchait aussi un gage pou^t:i jr la tranquillité du monde. Elle voulut assurer à l'Egypte u .^kdu gouvernement qui la préservât de l'anarchie. Elle savait qiMcz jé l'anarchie conduit toujours à la conquête, et que l'Egypti^ -e, destinée à servir de passage au commerce de tous les peuple ^ "s, ne manquerait pas, si elle restait livrée aux troubles et &\w^ m\% compétitions d'un pouvoir incertain ou révocable, d'excit -.^^ter des convoitises propres à porter une grave atteinte à l'équilib ^CDre de la politique générale. La pensée de la France et de VEw Europe était parfaitement juste. L'Egypte, sous le gouveroeme ^^ni de ses vice-rois, s'est élevée à un haut degré de paix intérieu ^czjre et de prospérité. Elle a réalisé d'elle-même et par elle-mêr"z^Bme des réformes importantes, et elle présente toutes les garantfc -ies que l'on espérait de l'arrangement de 1841.
Le projet du canal de Suez a ajouté, dans l'opinion (famines nations et des gouvernements, à la popularité de l'Egypte e*^ à celle de l'administration indépendante des vice-rois, et Vorzw a vu, dans l'exécution de ce projet, une garantie déplus poup' h repos et la prospérité de l'Egypte, ainsi que pourja stabilité c/u pouvoir de la dynastie des vice-rois dans la famille <^Q Meheinet-Ali.
L'arrangement de 1841 n'est donc pas seulement un arrangement turco-égyplien, il est, avant tout, un arrangemeDf européen conçu pour le maintien du statu quo en Orient. C'est
pour cela que les grandes puissances se sont rendues garantes du traité intervenu et qu'il n'y peut être dérogé sans provoquer leur sollicitude et nécessiter leur inlervention.
La division des pouvoirs entre le Caire et Constantinople, telle qu'elle résulte de l'arrangement de 184i, est placée sous leur haute surveillance.
Les pouvoirs des vice-rois sont une sorte de substitution dont le dépôt leur est confié; aucune des cinq puissances ne pourrait aiTaiblir ou aliéner ce dépôt sans le consentement de chacune d'elles.
Or, la dépêche du grand vizir attente à l'état de choses réglé par les conférences de 1841. Elle a affecté de subordonner à la Porte le gouvernement intérieur de l'Egypte ; elle empiète ouvertement sur les attributions des vice-rois ; elle tend, en un mot, à rapprocher l'Egypte de l'état complet de subordination dans lequel l'Angleterre a fait tous ses efforts pour la placer en 1841.
Il y aurait là tous les germes d'un remaniement politique que l'Europe, à coup sûr, n'est pas disposée à subir. Il y aurait là un commencement de démolition de l'œuvre de 1841, dans le seul but de nuire à l'entreprise du canal de 'Suez, que l'Europe considère cependant comme un bienfait pour elle, comme un progrès moral et matériel pour le monde.
La dépêche attaque deux œuvres que la France principalement est intéressée à protéger; Tune sous le point de vue politique, l'autre sous le point de vue commercial : la combinaison de 1841 et le canal de Suez.
La France ne permettra pas que des principes perturbateurs de l'équilibre oriental viennent déranger, à propos d'une simple lettre vizirielle, une situation politique réglée depuis plus de vingt ans, et, dans sa résistance, elle sera appuyée par toute l'Europe, tandis que la Turquie sera abandonnée par l'Angleterre elle-même. Elle ne permettra pas non plus qu'il soit porté atteinte à des capitaux français légalement engagés dans une entreprise d'utilité générale.
La France et l'Europe ne peuvent donc pas tenir et ne tiendront pas plus de compte de la dépêche vizirielle que ne
doit ot m* peul io fairo la Compagnie universelle et le vice-r( ilÉ^çypto.
Il reste ù (JéÛnir la situation que, dans la circonstance^ pniduile par la dépôcbe vizirielle, la Gonapagnie enter— -^ prendre.
Elle s'en tient aux stipulations de ses contrats, en ce qui cc^ ^^ cerne ses droits vis-à-vis du gouvernement égyptien, etauxstiç:^ y lations des CDnvmlions internationales, en ce qui concerne jçg rapports entre rEjrypte^el la Turquie.
ViicW de concession dû à l'initiative du gouverne me/// égyptien était dans les attributions de ce gouvernement.
Il a été soumis à deux formalités :
1° A la ratification du sultan, en ce qui concernait laneutralité du passage;
2° A une autorisation du vice-roi pour la poursuite des travaux, le prince s'obligeant à obtenir lui-même, à cet effet, Pagrément de la Porte.
Pour la neutralité du Canal, tout le monde est d'accord, aucune difficulté ne s'est élevée de ce côté ; il dépend de la Porte seule d'ouvrir à cet égard, quand elle le voudra, des négociations sérieuses avec les puissances. La base d'un traité existe déjà dans l'article 1 i de l'acte de concession et dans un projet élaboré d'accord avec deux illustres hommes d'Etat, dont l'opinion ne sera suspecte à aucun gouvernement, S. A. le feu prince de Metternich et M. Thiers. Ce projet, dont la Porte et les divers cabinets de l'Europe ont reçu des copies, a été publié, il y a plusieurs années déjà, par le président de la Compagnie.
L'autorisation des travaux a été donnée pratiquement et activement par les deux vice rois qui ont successivement régné en Egypte depuis la délivrance de la concession. Pour la Compagnie, cette autorisation impliquait l'assentiment de la Porte, puisque le vice-roi, par acte de déférence et de courtoisie et non par obligation, s'était chargé de l'obtenir. Mais lorsque le vice-roi reconnut que ce n'était pas son seigneur suzerain qui faisait des difficultés, mais seulement la diplomatie anglaise qui usait d'une pression illégitime sur lui, il fut convenu qu'une approbation écrite, dont l'obligation n'était indiquée
nulle part, serait inutile et qu'on se contenterait d'une approbation de principe.
Autrement la question eût été insoluble. Elle est d'ailleurs très-franchement expliquée par un organe de la presse anglaise, VExaminer and Times, dont nous reproduisons les propres paroles:
0 La difficulté était que, jusqu'à ce que la concession de la « Porte fût obtenue, le pacha dépassait ses pouvoirs en per- « mettant qu'il fût procédé aux travaux; si, au lieu du Sultan, « nous nommions lord Palmerston, nous exposerions exacte- « ment les choses telles qu'elles étaient. Le Sultan avait barres « sur le pacha, et lord Palmerston avait barres sur le Sultan. « M. de Lesseps ne pouvait rien faire sans le pacha, le pacha « ne pouvait rien faire sans le Sultan, et le Sultan ne pouvait « rien faire sans lord Palmerston. Voici aujourd'hui enfin, et tt nous sommes heureux de l'apprendre, une solution de conti- « nui té. »
Le principe de l'entreprise a été reconnu et approuvé parles deux sultans, Abdul-Medjid et Abdul-Azis, d'une manière constante. •
Il a été admis dans la première lettre vizirielle de Rechid- Pacha, eniSoo.
Il a été admis de nouveau par la publication de l'appel aux capitaux fait en 1859 dans les journaux de [Gonstantinople, soumis à la censure préalable, et du programme de l'Association financière chargée d'exécuter le canal de Suez. La souscription au capital de la Compagnie a ensuite été réalisée à Constantinople comme elle l'a été à Alexandrie et dans toutes les autres villes désignées par les statuts.
Le principe de l'entreprise a été admis dans les déclarations de la note du 6 avril 1863, prononçant que le Canal est tellement utile que, si la Compagnie ne voulait pas s'en charger, la Turquie l'exécuterait elle-même.
Enfin, la Turquie vient de réitérer cette approbation par les paroles suivantes de la dernière dépêche vizirielle :
« // est tntendu que la Porte a admis Vouverture d'un Cana « maritime et commercial destiné à unir les deux mers, » Avec les droits politiques respectés et réservés pour la négo-
dation de la neutralité, la déclaration qui vient d^être lue rpuiso tout vv qno les termes de la concession pouvaient, dans cotto a flaire, donner d'attributions à la Porte.
Les autres questions sont exclusivement du ressort du gouvernement intérieur de PÉgypte.
Pour le travail obligatoire, est-ce sérieusement que Ton parle de son abolition en Turquie par une loi que nous nions avoir jamais été promulguée? Et, dans tous les cas, cette loiexistàtelle ou dût-ello être fabriquée pour la circonstance, elle ne serait pas plus applicable à l'Egypte [que ne Pont été plusieurs articles de la réforme du Tanzimat, lesquels furent déclarés inapplicables à TÉgypte et n^y furent point appliqués.
Le sort des fellabs employés dans PIsthme n'est-il pas le bonlieur, comparé au sort sous lequel gémissent les populations laborieuses et agricoles placées directement sous le régime turc?
Quand la Porte montre une si vive sollicitude pour les fellabs heureusement placés sous Padministration indépendante de PÉgypte, et une indilTérence si impassible pour les souffraoceâ et Poppression de ses propres sujets, n'est-on pas en droit de dire qu'elle est bien moins inspirée par l'intérêt qu'elle porte aux fellahs que par le désir de complaire à l'Angleterre, en vou' lant enlever au Canal les moyens de s'achever ?
Est-ce sérieusement encore que l'on espère faire accepter au gouvernement égyptien la suppression de tout travail obligS" toire ?
Ce serait la stérilité de l'Egypte; ce serait la ruine du pays; ce serait l'impossibilité d'exécuter aucun travail d'utilité publique.
Voilà ce que les ennemis du gouvernement égyptien et du Canal, c'est-à-dire le vieux système turc et la vieille politique anglaise, représentent comme le plus sublime effort de laphilantrophie.
Sur ce point la Compagnie a un contrat en règle, un contrai exécutoire, un contrat exécuté.
Ce contrat a été fait par le gouvernement égyptien dans le but d'interdire à la Compagnie de recourir au travail des Européens, justement afin de dissiper les terreurs de la politique
anglaise, touchant des bataillons de travailleurs étrangers qui pourraient bien être des zouaves déguisés (sic). Ce contrat inrïpose à la Compagnie des charges de plus d'une espèce. 11 détermine le salaire des travailleurs; notons que ce salaire avait été trouvé trop élevé par les grands propriétaires du pays, entre autres par des princes de la famille du vice-roi qui, possesseurs de terres considérables, craignaient que le fellah d'Egypte ne préférât le travail de la Compagnie à celui de leurs domaines.
Il prescrit l'organisation et l'entretien d'un service de santé très-dispendieux. (Ce service nous coûte 350,000 francs par an.) Il stipule que Teau douce sera fournie en abondance au désert. (Pendant les six mois qu'ont duré les travaux du percement du Seuil, les frais de transport de l'eau, pour 18,000 ouvriers des contingents, se sont élevés à 600,000 francs.)
Si la Compagnie a les charges de ce contrat, elle est légitimement investie de ses bénéfices. Il est la garantie de ses travaux. Ses clauses ont été remplies avec fidélité sous deux règnes successifs. C'est un fait accompli. Le gouvernement égyptien, qui a certes d'assBz grands avantages à retirer de l'achèvement du Canal, s'est obligé à donner à la Compagnie tous les ouvriers qui lui sont nécessaires aux conditions indiquées dans le contrat; c'est à lui de les lui fournir et de les lui assurer sans préjudice pour elle, sans diminutions arbitraires et sans interruption. Voilà le contrat, la Compagnie s'y tient et ne consentira jamais à s'en dessaisir.
Le précédent vice roi, pour favoriser les travaux du canal de Suez, avait diminué son armée, réduite à 8 ou 10,000 hommes au lieu des 00,000 qui existaient du temps d'Abbas- Pacha ; c'était parmi les jeunes gens inscrits pour le service militaire, et pouvant être appelés d'un moment à l'autre, qu'il faisait lever le nombre d'ouvriers jugé nécessaire aux travaux de l'Isthme. Dans un intérêt de civilisation pour son peuple, et non dans l'intérêt de la Compagnie, il avait décidé que le recrutement serait renouvelé tous les mois afin de faire successivement passer dans l'Isthme toute la jeune génération de l'Egypte ; il voulait la façonner sous la conduite d'habiles ingénieurs européens à des travaux bien faits ; l'affranchir de
srs prrju|j;(>s vis à-vis des clirétiens cl des Européens, et faii rappnrler par cliaqiK' travailleur un pécule convenable i inusitr dans snii village. Jamais la Compagnie n'a demanc qur lescontiiiKontsd'uuvricrs fussent renouvelés tous les moi .^ ci'lli; inesuTc a été prise dans un intérêt gouvernemental ; ^, CtinipaKnie a acreplé les inconvénients de ce renouvellcmerx -f et, en compensation, le feu vice-roi faisait conduire à ses fr^iî5 jusqu'à Zaj;azifr, sur ses bateaux à vapeur et ses chemins cfe fer, liM ouvri'Ts mensuellement recrutés. Le nouveau vice-i^o/ a continué le mt'^me système ; il dépend de lui de le modifîer, d'acrord avec le directeur général des travaux et le présiden/, pourvu que la Compagnie n'ait point de lacune ni de chômage dans ses opérations.
Ainsi le travail des contingents égyptiens qui font dans ristlime un service pour le moins aussi utile, moins longet moins pénible que celui des levées en masse des marins an glais pour la Hotte militaire britannique, est assuré à la Compagnie par un contrat régulier et incontestable.
Nous eu dirons autant de la possession des terrains iucultcs n'appartenant pas à des particuliers.
Dans la plénitude de ses prérogatives, le prince, auleur de la concession, a concédé à la Compagnie des sables à féconder, un désert à peupler. La Compagnie a entrepris cette œuvre immense, elle Ta avancée, et, dès à présent, il est facile d'entrevoir son succès. Aujourd'hui des solitudes improductives commencent à acquérir une valeur destinée à augmenter chaque année. C'est le moment que Ton choisit pour prétendre la dépouiller du fruit de ses labeurs, sous des prétextes qui ne soutiennent pas la discussion. Elle a labouré, elle a semé; à d'autres la moisson.
On parle, il est vrai, de l'expropriation avec indemnité. Y pense-t-on ? Sait-on quelle dette on voudrait infliger à l'Lgypto ? Onclle sera la valeur de ces terrains lorsque, le Canal étant ouvert, ils seront traversés par le commerce du monde? Ce n'est pas sans doute sur leur valeur acluellc que celte estimation s'elfectuerait, c'est sur la \alcur de leur moyenne, supputée dans l'avenir qui leur est réservé ; qui peut faire ce calcul ? Quelle charge n'imposerait-il pas à
l'Égyple ? Et si la Compagnie avait la faiblesse de se laisser prendre à cet appât, c'est alors qu'elle donnerait un aliment à la calomnie de lord Palmerslon, proclamant, du haut du parlement britannique, que nous ne voulions pas faire le Canal et que nous n'avions pas d'autre but que de nous enrichir, aux dépens du Trésor égyptien.
On allègue que ces propriétés créeraient des embarras et des contestations entre la Compagnie et le gouvernement égyptien. Lesquels? Les villes et autres centres de population sont placés dans risthme, comme dans le reste de l'Egypte, sous l'autorilé égyptienne. Le commerce s'y exercera, les étrangers s'y comporteront absolument dans les mêmes conditions qu'au Caire et à Alexandrie, Les cultivateurs des terres appartiendront tous à la race indigène, la Compagnie s'étant interdit, dans son propre intérêt, l'emploi des cultivateurs européens; les terrains de l'Isthme seront soumis à l'impôt, dans les termes de la concession, au même titre et de la même façon que les terrains des autres provinces de l'Égyple. L'Isthme, en un mot, sera, il est déjà pour l'Egypte, une province de plus qui a son gouverneur général et ses autorités secondaires.
Les embarras, la Compagnie les verrait au contraire dans un état de choses qui mettrait sans cesse en combat ses droits sur le Canal maritime et sur le canal d'eau douce avec d'autres droits de propriété sur des terrains dont elle ne pourrait plus disposer. Et ceci sérail encore moins fâcheux que le cas trèsprobable, où la Compagnie étant privée de ces terrains, ils resteraient toujours la propriété du néant, c'est-à-dire que le Canal maritime étaût achevé, les eaux couleraient à travers les solitudes du désert, au lieu de parcourir un pays peuplé et cultivé.
Ce n'est pas tout encore, l'abandon des terrains par la Compagnie serait une mesure très-nuisible aux intérêts généraux du commerce et de la navigation. D'après les termes de la concession, la Compagnie a deux branches de revenus : un droit de passage sur les canaux, les produits de ses terrains. Par la combinaison de ces deux profits, elle pourra abaisser le tarif du péage des bâtimerits, au fur et à mesure que la valeur de ses terrains s'éièvera; autrement ce sera à la navigation
Aoiile qirt'llc devra demander la rérounéralion de ses capilavjx CVst donc contre la navigation que l'opposition anglaise, dans son aveiigle(n(Mit,a voulu mellre Tarme de la dépossession des terrains dans les mains de la Turquie.
La Compagnie est donc obligée^ sur cette question comiDe sur la précédente, de s'en tenir à ses contrats^ à l'abri desque/5 elle défend son droit et rintérét universel.
Pénétrée de ses devoirs envers elle-même, envers l'ÉgypIe, envers Topinion publique qui la soutient, inaccessible à l'iolimilation, appuyée sur la loyauté du vice-roi, sur la protection des grands gouvernements du continent, elle poursuivra son œuvre avec le calme, la modération, mais aussi avec rinébraolable ])er8évérance que le gouvernement égyptien attend d'elle et qui rend chaque jour plus impuissante l'opposition de la diplomatie anglaise.
A M. LE DUC d'aLBUFÉRA, A PARIS.
Alexandrie^ 27 août 1863.
Dès mon arrivée à Alexandrie, je vous ai adressé une dépêche télégraphique, pour vous engager à recommander à tous nos collègues de n'admettre aucune espèce de pourparlers avec Nubar-Pacha sur les affaires de la Compagnie.
Malgré les avertissements qui lui ont été donnés par M: Tastu, consul général de France en Egypte, informé de ses démarches, tant à Constantinople qu'auprès du viceroi, Nubar-Pacha a persisté à se rendre en France, soidisant pour traiter avec moi qu'il savait en route, et avec le gouvernement français qui avait, à Tavance, déclaré vouloir rester étranger aux affaires qui devaient se régler entre le président de la Compagnie et le vice-roi, mais dont Tintervention était toutefois assurée à la Compagnie pour faire respecter ses contrats et ses droits.
Le résultat des discours de Nubar-Pacha, à Constantinople, et de ses rapports renoués aussi intimement qu'autrefois avec sir Henry Bulwer, a été l'envoi d'une lettre du grand viiir au vice-roi.
Je vous transmets une traduction de cette dépêche que M. le consul général de France a reçue en communication, de la part de l'ambassadeur de l'Empereur, à Constantinople (1). J'ai immédiatement préparé à ce sujet un
(1) Voir page 316.
mémoire (1), que je vais remettre moi-même au vice-roi, daiHla Ilaute-Kgypte. J'ai communiqué deux copies de ce mémoire à M. Tastu, Tune pour M. Drouyn de Lhuys, Tautre pour le marquis de Moustier.
Je vous prie de faire lire au conseil ce mémoire, don vous trouverez ci-jointe une copie, mais il n'y a pas lie-*' d'en faire usage autrement, à moins que TAngleterre oi la Turquie ne fassent publier la nouvelle dépêche viz%^, rielle du mois d'août, comme elles l'ont fait pour la nc^f;^ du 6 avril dernier. S. A. le vice-roi a dû partir pour la Haute-Egypte, où il a donné rendez-vous, à Assouan, ai/ gouverneur général de TEthiopie, dont les frontières sont menacées par Tempereur d'Abyssinie. Il m*a fait dire qu'il regrettait d'avoir dû partir presqu'au moment où je devais arriver, mais qu'il avait laissé au Caire, à mes ordres, un de ses bateaux à vapeur pour aller le rejoindre.
Je pars aujourd'hui même pour le Caire.
M. Voisin, qui est venu conférer avec moi pendantmon séjour à Alexandrie, m'a mis au courant de la situation de nos travaux dans l'Isthme : les difficultés que nous avons eues, par suite de la baisse des eaux, ont disparu; aujourd'hui, notre travail marche bien. Les contingents de ce mois sont répartis de la manière la plus avantageuse, pour le prochain résultat de la communication non interrompue entre la Méditerranée et la mer Rouge. Tout sera disposé pour vous recevoir, le 15 septembre, avec la commission des travaux.
(1) Voir page 319.