‹ Lettres, journal et documents pour servir à l'histoire du canal de Suez (volume 2)Chapitre 71 sur 87 · DE M. FERDINAND DE LBSSBPS · texte numérisé non relu

DE M. FERDINAND DE LBSSBPS

Monseigneur, Messieurs,

Après les éloquentes et généreuses paroles que nous venons d'entendre, ce n'est point sans embarras que je me lève, même pour remplir un devoir, le devoir d'exprimer au nom du conseil d'administration et de son président l'hommage de

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nifestation digne de la pensée universelle qui a créé noire œuvre.

Où pourrions-nous trouver une expression plus complète du sentiment public ? [Acclamations.)

Nous avons ici des représentants de toutes les opinions, de toutes les intelligences, de toutes les professions.

Vous avez, par le concours de vos adhésions isolées, formé un ensemble qui est le résumé de notre société française.

De nombreuses députations départementales ont voulu venir joindre leurs voix à celles de Paris.

Sans mot d'ordre, sans projet préconçu, vous voilà tous groupés dans ce palais de l'industrie universelle. Vous donnez ainsi une preuve spontanée de l*unité et de In solidarité nationales^ le témoignage d'une volonté unanime au jour des difficultés et pour la défense commune. [Vive approbation,)

Mais, Messieurs, n'oublions pas qu'en cette occasion la France partage avec d'autres peuples l'honneur d'accomplir une œuvre d'utilité générale. La présence au milieu de nous, de nos collaborateurs étrangers dit assez le concours que celte œuvre a reçu de toutes les nations amies.

Le canal de Suez n'est pas l'apanage de quelques hommes, il n'est même pas l'apanage d une nation ; il doit sa naissance et il appartient à une aspiration de l'humanité, aspiration irrésistible parce qu'elle est le besoin et en quelque sorte la consécration d'une époque.

Dès le début, l'opinion publique l'a adopté, l'a soutenu. Le plan que nous exécutons a été le travail des plus éminents ingénieurs de l'Europe. Chacun a prêté son concours : la presse son influence, la science sa sanction, l'art et la poésie leur popularité, les actionnaires leurs capitaux, les masses leurs acclamations, les gouvernements leur protection ou leur sollicitude. {Applaudissements. )

La vapeur, les chemins de fer, l'électricité avaient rapproché les distances; l'Occident, resserré dans des limites trop étroites, étouffait au milieu des merveilles de son industrie; il cherchait une issue et une carrière plus vastes. Il sentait qu'il faut aujourd'hui les trouver en dehors des révolutions et des guerres.

Un grand ormteur dkait : « Oo ne peat regarder la earle du monde sani éproarer Tardent désir de eooper cette langse de terre qui sépare les deux mer». • Ce dénr, notre âge a résolu de le satisfaire.

C*esL le souffle do siècle qui gonfle nos voiles et ooos coqdaira au porU

Ooand Thistoire racontera cet érénement, die reléguera à leur modesic place les efforts ëas individos.

Elle dira : « Ce que les tempe aBciens n'avaient pas osé entreprendre, le dix-nenvième siècle Fa vouKi el Fa aeeompli. i [Bravo] bravo!)

Courage doue ! et persévérance ! Notre nom est légion. Nées avons pour nous le droit et la^vérité.

Nous avons une idée juste pour levier et Tintérèt do monde pour point d^appui.

Comment, avec de telles forces, poorrions-nous ne pas triompher des obstacles semés sur la route de tous les tra?ai]l^^urs, obstacles mesurés avec justice par la Providence en proportion de Tutilité et de la grandeur do but poursuivi par ses humbles instruments?

Une parole aimée nous couvrit tout à l'heure à la conciliation. Jamais conseils ne seront écoutés avec plus de docilité et de respectueuse sympathie.

La cuoc-îliaiiou ! mais elle est notre principe; elle est notre raison d'être, elle est le premier de nos devoirs et de nos intérêts.

Nous avons été institués pour ouvrir une roule nouvelle, domaine commun de tous les peuples, sans exception ni privilège^ et c^est encore une des gloires de notre pays de ne point vouloir de privilèges.

Le hasard des circonstances et des situations a donné l'initiative à la France ; mais elle n'entend et nous n'entendons travailler pour elle qu'yen travaillant pour tous. {Approbation,)

Nos plus ardents adversaires savent combien de fois nous leur avons tendu une main franche et loyale.

La conciliation ! nous la voulons, nous l'appelons comme vient de le faire notre noble protecteur, mais telle qu'il l'a définie lui-même : attela tcœmaissamce des droits acquis; avec

k maintien des contrats \ avec le respect de la foi publique ; avec la satisfaction des intérêts confiés à notre honneur.

Ce n'est pas sans une vive émotion, Monseigneur, que nous avons entendu Votre Altesse Impériale nous entretenir de sa visite aux travaux de Tlsthme, où sa présence a laissé à tous une si profonde impression d'attachement pour sa personne, et une si grande confiance dans l'avenir.

C'est à l'œuvre que vous avez jugé les ouvriers. Permettezmoi de vous dire un mot de ceux qui les font agir et en sont les soutiens persévérants

Les actionnaires du canal de Suez sont dignes de l'honneur que vous leur faites en ce moment. Sortis de tous les rangs do la société et presque tous étrangers aux spéculations aléatoires, ils se sont constamment montrés moins touchés de leurs intérêts financiers que du succès civilisateur de leur œuvre, lis n'ont fléchi devant aucune épreuve ; ils ne reculeraient devant aucun sacrifice; mais heureusement ils n'auront point à en faire ; et la prochaine réalisation de l'entreprise leur assure déjà la juste récompense dé leurs efforts.

Dans les jours de crise combien nous ont écrit : « Sauvez le Canal et ne pensez pas à nous. » Leur constance a soutenu la nôtre, leur fermeté a été la base de nos résolutions. Ce n'est pas sans admiration et sans attendrissement que nous rappelons ce que nous devons à leur concours, à leur confiance inébranlables. Ils méritent. Monseigneur, d'être appréciés et secondés par un homme tel que vous.

Vous êtes et vous serez leur appui, à côté de notre bienaimée souveraine que Ton a appelée l'Isabelle la Catholique de l'isthme de Suez, à côté de l'Empereur qui tient si haut le drapeau de la France.

Permettez-moi, Monseigneur, de mêler à l'expression de nos sentiments pour vous un hommage que vous accueillerez avec cordialité, parce qu'il s'adresse à un prince dont vous avez été l'hôte, et d'y joindre un souvenir qui ne cessera de vivre dans notre reconnaissance.

A la mémoire de Mohammed-Saîd !

A. S. A. Ismailf vice-roi d'Egypte !

A vous. Monseigneur f de tout cœurj au nom du Conseil, de actionnaires et des travailleurs du canal de Suez.

Mve Son AHe$se Impériale le Prince Napoléon !

{Acclamationb réitérées,)

DISCOURS

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