‹ Lettres, journal et documents pour servir à l'histoire du canal de SuezChapitre 28 sur 67 · A M. TORELLI, MINISTRE DU COMMERCE, A TURIN · texte numérisé non relu

A M. TORELLI, MINISTRE DU COMMERCE, A TURIN

En mer, d'Alexandrie à Brindisi^ à bord du paquebot Italien Princtpe-Tommaso,

Depuis le départ des délégués du commerce, je n*ai pas quitté Tisthme, où j'ai cherché à activer les travaux qui nous mettront bientôt en mesure de faire profiter le commerce du passage d'une mer à Tautre.

Il y avait eu de telles exagérations, avant le voyage des délégués, tant de la part de ceux (en plus grand nombre que les autres] qui croyaient qu'il n'y avait rien de fait, que de la part de ceux qui se figuraient que tout était fini, qu'il était bon d'établir l'équilibre, en faisant connaître la vérité. Il est évident que ceux qui croyaient qu'il n'y avait rien de fait ont été enthousiasmés et que ceux qui croyaient voirie canal fini ont été désappointés.

La connaissance de la vérité nous suffit pour établir les choses comme il convient. La baisse des eaux, au moment du plus bas étiage du Nil et avant rexécution des travaux entrepris pai' le Vice-Roi^ n'avait rien que de très naturel, et cet inconvénient, qui n'a existé que pendant un mois, a déjà disparu dans ce moment.

Les écluses de communication entre le canal maritime et le canal d'eau douce à Ismaïlia ainsi que l'écluse de Suez seront terminées le 30 juin. J'ai fait une convention avec la maison Bazin de Marseille, pour que, dans

le courant de juillet, un chargement de 300 tonnes de charbon de terre soit pris sous palan d'un navire à Port-Saïd, transporté sur nos chalands, sans transbordement intermédiaire, dans la rade de Suez, et que là les mêmes chalands reprennent sous palan un chargement de retour de 300 tonnes de café iMoka et autres denrées de la mer Rouge ou de la mer des Indes, pour se rendre à Port-Saïd sur le bâtiment qui les conduira à Marseille. Je me suis embarqué, le 28, à Alexandrie pour Brindisi. Je vais traverser rapidement l'Italie pour arriver vite à Paris, où je suis appelé, mais je compte retourner à la fin de juin dans l'isthme ,arin d'assister moi-même aux premières opérations de transit, dont je viens de vous parler, et je me trouverai de nouveau à Paris pour Tasseo^blée générale des actionnaires, qui aura lieu le i" août.

M. l'éditeur du c dailt tblbgràph »,

Paris, Je 14 juin 1865.

Monsieur,

Je viens de prendre lecture de la correspondance, en date du 29 mai, qui vous a été adressée de Constantinople, sur le Canal de Suez, et que vous avez publiée dans votre numéro du 9 de ce mois. Je n'ai pas l'intention d*en|]:ager une polémique sur les erreurs nombreuses qu'elle contient, mais je ne puis me dispenser de rectifier un fait personnel.

Votre correspondant afQrme que, dans ma dernière visite à Constantinople, j'ai apporté avec moi une provision considérable de brochures très hostiles à l'Angleterre et qui ont beaucoup circulé ; il ajoute que quelquesunes d'entre elles sont môme tombées en sa possession. Il eu cite spécialement une de M. Dandolo, sénateur ionien, qu'il traite de démagogue, et portant la date du commencement de la guerre de Crimée. Il se demande ensuite quel a été mon objet en cherchant à exciter un sentiment local d'animosilé contre l'Angleterre.

A celte étrange dénonciation, je n'ai qu'à opposer une réponse simple et décisive :

Je n'ai pas emporté de Paris une seule brochure sur TAngleterre.

Je n'en ai pas pris une seule sur toute la ligne de mon trajet, de Paris à Constantinople.

Pendaat mon séjour à Constaatinople, je n'en ai distribué aucune.

Je n'ai invité ni autorisé, directement ou indirectement, qui que ce »oit à effectuer aucune distribution ou circulation de cette espèce.

Cette rectification pourra donner au public ane idée des moyens qui sont employés pour combattre l'entreprise que j'ai l'bonneur de diriger.

Je compte sur votre impartialité pour Tinsertion de ma lettre rectificative dans votre journal.

A s. E. M. DKOUYN DE LHUY8, MINISTRE LES AFFAIUBS ÉTRANGÈRES.

Paris, 13 juin 1865.

J'ai informé le Conseil d'administration de la Compagnie universelle du Canal de Suez que nous avions été invités, par une dépêche de Votre Excellence, en date du 22 mai, à désigner une personne qui serait chargée de représenter la Compagnie, dans une commission mixte formée pour la délimitation, sur les lieux, des terrains réservés à la Compagnie par la sentence arbitrale, sans appel, du 6 juillet 1864.

Après avoir fait connaître au Conseil que le Sultan , dans sa lettre à TËmpereur, avait déclaré que la délimitation des terrains était la seule question de laquelle il fit dépendre actuellement rémission de son flrman d'autorisation, j'ai dû ajouter que la Porte, dans une communication adressée à Votre Excellence, avait fait, prévoir que d'autres questions resteraient encore à résoudre.

Or, la sentence arbitrale souveraine, prononcée par S. M. l'Empereur des Français, ayant eu précisément pour objet défini dans un compromis, et pour effet officiellement reconnu de remplir les conditions à l'accomplissement desquelles la Turquie avait subordonné sa sanction, il eût peut-être semblé naturel de ne faire précéder le firman d'aucune autre formalité ou opéra-

tion, mais le Conseil d'administration, voulant continuer à se montrer déférent envers S. M. I. le Sultan et S. A le Vice-Roi d'Egypte, prie Votre Excellence de supplier S. M. l'Empereur, en sa qualité d'arbitre souverain ctioisi ou accepté par les parties, de vouloir bien faire écarter d'abord par Votre Excellence toutes les difQcuUés étrangères à la délimitation des terrains. Votre Rxcellence jugera sans doute que ce sera seulement alors qu'il y aura lieu de procéder à la nomination des membres de la Commission mixte, dont les pouvoirs devront être clairement définis, conformément aux principes et au teie de la sentence arbitrale.

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