A M. VOISIN, DIRECTEUR GÉNÉRAL DBS TRAVAUX, A. ISMAÏLIA
Port-Saïd, le 18 juillet 18Ô5.
Il résulte des conférences que nous avons eues, à Port- Saïd, avec M. Lavalley, qu'il y a deux manières de creuser un chenal maritime à la profondeur voulue entre le kilomètre 20 et le kilomètre 34.
L'une est de draguer dans le chenal, du côté Asie, avec des dragues à long couloir^ en déposant les terres en cavaliers définitifs.
La seconde manière est de draguer dans le chenal, c6té Afrique, avec des dragues à court couloir, en déversant les produits au milieu du Canal, sur le terre-plein existant, et en ne faisant qu'une passe minima de 16 mètres de large sur i"60 de profondeur.
Le premier mode serait le meilleur, et je comprends qu'on Tait préféré, lorsque Ton avait des raisons de croire que MM. Borel et Lavalley auraient des dragues à long couloir ; mais il vient d'être constaté qu'il était impossible maintenant, en raison de l'absence de dragues à long couloir, de l'employer en temps voulu. D'un autre côté, il y a urgence à ouvrir la communication facile, à partir du kilomètre 20, car à quoi serviront les écluses du canal d'eau douce, si les barques chargées sont arrêtées dans le canal maritime^ sur un point intermédiaire entre Port-Saïd et Ismaïlia ?
Il faut donc recourir au second moyen qui peut être effectué par les ressources actuelles de Tentreprise et pour lequel M. Lavalley, qui l'aurait proposé déjà, il y a quelquelque temps, ne demande que le payement, à titre (Tavances et comme moyen d^ installation^ des frais occasionnés par ce genre de travail.
Si vous approuvez ce programme, qui me paratl indiqué aujourd'hui par les circonstances actuelles, s'il ne Tétait pas précédemment avant la perte du Aam^otir^ (qui avait à son bord un long couloir), je vous prie de donner le plus promptement possible vos ordres à M. Lavalley pour qu'il soit exécuté, et à l'Ingénieur chef de la division pour veiller à son accomplissemeni.
i7« LETTRES
A If. LB DUC D*ALBUFÉRA, A PARIS.
Ismallia, le 27 jniUet 1865.
.1*ai quitté avant-hier Port-Saïd où le choléra, qui a été plus persistant qu*à Ismailia, quoique moins meurtrier, disparaît. Ce qu'il y a de curieux, c*est qu*Un'y a pas en un seul cas dans le village arabe composé de 3,000 personnes qui ne se gardaient d'aucune manière — hommes, femmes et enfants.
Nous avons continué ici, hier, avec M. Lavalley et M. Savon, de Marseille, nos conférences de Port-Saïd.
Le passage incomplet du chenal maritime entre le kilomètre :20 et le kilomètre 34 va être vigoureusement entamé et sera approfondi par quatorze dragues.
L*éciuse d'amont, à Ismaïlia, est terminée, celle d'aval a été reprise hier a vec!200 manœuvres arabes, 40 tailleurs de pierres et maçons, plusieurs monteurs de M. Gouin pour les portes eu fer. MM. Chrétien et Pierre vont donner, avec leur entrain habituel, leur dernier coup de collier. Tous les deux avaient été atteints par le choléra, ils sont aujourd'hui en parfaite santé. J'ai fait installer ma tente sur un monticule au bas duquel est l'écluse d'aval ; je compte y passer plusieurs heures de la journée jusqu'à ce que le travail soit terminé (15 août).
Je vous envoie deux projets importants de convention. La convention pour les déchargements de Port-Saïd est pour moi d'un ^rand intérêt. MM. Savon sont connus à
Marseille de tout le commerce, et, de père en Ois, sont dans cette ville les plus intelligents pour les déchargements ; ils sont en outre très estimés. Je vous écrirai une lettre spéciale au sujet des déchargements que nous faisions faire à Port-Saïd, et qui étaient mesurés d*une manière pitoyable, sans compter de très regrettables abus de conflance.
Je reçois, mon cher duc, au moment de fermer àja hâte mon courrier, votre aimable billet du 18. |Je suis très sensible à tout ce que vous m'y dites de gracieux et d'obligeant. Je remercie votre famille de la commission qu'elle vous adonnée pour moi. De telles opinions[rendeiit heureux, mais vraiment je n'ai accompli que le plus simple des devoirs et ma tâche a été rendue bien facile par mes collaborateurs.
n« LETTRES
AU MAlfR.
Ismaïlia, le 17 août 1865.
Je me suis rendu, le 11, à Port-Saïd, où, lel2, j*ai fait afficher Tavis suivant :
« Le Président invite les habitants d*lsmaïlia à se (( réunir sur le quai du phare, demain dimanche, à « 7 heures du malin, pour assister au départ, pour Suez, (c du premier convoi de charbon de terre chargé sur la' c( Méditerranée et se rendant sans transbordement dans (( la mer Rouge.
« Le passage de TOccident en Orient de cette matière « commune, dont le génie de l'homme a fait le principal (( agent civilisateur du monde, marquera le succès le plus (' important obtenu jusqu^à présent par les efforts des '( braves travailleurs de Tlsthme.
u 11 y aura messe et Te Deum à six heures du matin, à « la paroisse Sainte-Eugénie.
(( Les ministres des divers cultes religieux béniront le (( départ du convoi. »
Ce programme a été rempli exactement ; six petits bateaux à vapeur, ayant chacun à leur remorque deux chalands chargés de charbon et pavoises de pavillons de toutes les nations, ontetfectué leur départ, aux applaudissements et aux acclamations des spectateurs. Au kilomètre 20, des mules ou des chameaux ont remorqué le convoi jusqu'à Ismaïlia où il est arrivé, le 14, dans la
soirée ; à la suite du convoi de charbon, se trouvait un long radeau provenant d'une cargaison de bois déchargée par un négociant à Port-Saïd, à destination de Suez.
Deux des remorqueurs fournis par la maison Gouin ont parfaitement fonctionné ; ce sont les seuls, sur les dix commandés, qui aient été terminés et reçus jusqu'à présent. Ils ont une forme très marine, liés élégante, et ils ont nié, à Fessai, sous la remorque, 14 kilomètres à rheure. — Les quatre autres vapeurs qui ont remorqué les chalands étaient la Jeanne et la Malhilde, appartenant à la Compagnie, et deux bateaux appartenant à MM. Bore! et Lavalley.
Pendant ce temps là, MM. Dussaud continuaient à jeter leurs blocs à la mer entre Tappontement et Ttlot. 4,500 de ces blocs, représentant 15,000 mètres cubes, sont approvisionnés sur la plage et prêts à être immergés.
Lô 15, la Saint-Napoléon a été fêtée à Ismailia par l'arrivée du convoi de Port-Said et par l'ouverture de récluse qui a offert un spectacle magnifique : 260 Bédouins dont quarante cheiks du Ouady et du désert, montés sur leurs chevaux ou leurs dromadaires, et tirant des coups de fusil, faisaient partie de l'assistance. Je laisse aux correspondances particulières le soin de donner les détails de la journée du 15, à Ismaïlia.
J'avais, dès le matin, télégraphié ce qui suit à TEmpereur :
(( Sa Majesté fêtée dans T Isthme par première cargai- (( son de houille transitant directement de Méditerranée « à mer Rouge. — Signé : Lesseps. »
Cette dépêche était partie de Suez pour Paris, le 15, à 8 heures du matin.
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JOURNAL ET DOCUMENTS i81
rOUKNAL,
A bord du paquebot le Mœris, 30 août 1865*
Arrivée au Caire, le 27 août. — Visite au Vice-Roi, bon accord. — Reparti le même jour pour Alexandrie. — Embarqué le 28, à 6 heures du matin, sur le Mœris, — Abordage, en sortant du port, avec un paquebot à vapeur égyptien, venant de Constantinople, et que nous avons coulé. Notre avarie demandant douze heures de réparation, nous avons jeté Tancre et je suis retourné à terre.
M. Outrey, notre consul général, m'a prévenu que Tambassadede France, à Constantinople, lui avait envoyé un projet de convention présenté par le ministre des affaires étrangères de la Porte pour m*étre communiqué. J*ai pris lecture de ce document, en faisant au fur et à mesure mes observations verbales à M. Outrey.
Le projet de la Porte est la reproduction de toutes les propositions inadmissibles qui ont été repoussées depuis longtemps, à diverses reprises.
J'ai dit à M. Outrey de répondre à l'ambassade de France que ce projet n'était même pas discutable.
La Compagnie ne connaît que ses contrats et la sentence de TEmpcreur. Elle n'en sortira pas, non seulement parce qu'elle est convaincue qu'elle doit agir ainsi pour maintenir intacts les graves intérêts qui lui sont conflés, mais encore parce qu'il lui serait légalement impossible d'admettre et de proposer à une assemblée
182 LETTHES
générale d'actionnaires un abandon quelconque des droits qui leur sont garantis par leurs actes de concession et par une sentence souveraine sans appel, sentence qui est devenue la loi des parties et qui n'appartient même plus au juge arbitral qui l'a rendue.
XLÏ
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DU o OCTOBRE 1865