‹ Lettres, journal et documents pour servir à l'histoire du canal de SuezChapitre 33 sur 67 · SITUATION DER TRAVAUX · texte numérisé non relu

SITUATION DER TRAVAUX

Ce fut, VOUS le savez, Messieurs, au moment où nous allions retirer de la première phase de noire installation tous les profits de temps et d'argent que nous étions en droit d'attendre, que la 'suppression des contingents est venue bouleverser toute notre organisation et nous mettre dans la nécessité d'étudier et de résoudre le difficile problème d'un changement complet dans le système de nos travaux.

La politique qui avait inspiré celle mesure pensait nous porter un coup qu'il now* serait impossible de parer.

Remplacer au milieu du disert le travail des hommes par celui des machines était une entreprise qui demandait du temps, des dépenses, de nouvelles et profondes éludes; c'est à cette œuvre que nous nous sommes appliqués, et nous pouvons vous annoncer aujourd'hui que la question est entièrement résolue.

Vous en trouverez la démonstration dans le compte qui va vous élre rendu de la situation de tous les chantiers de l'isthme et de la puissance des moyens d'action que possèdent la Compagnie et ses entrepreneurs, au point de vue d'une bonne et rapide exécution des travaux.

Entreprise Dussaud frères pour la construction des jetées de Port-Saïd en blocs artificiels^ suivant marché en date du 20 octobre 1863.

L'installation des chantiers de MM. Dussaud frères est complètement terminée depuis la fin de juillet dernier. Celle installation comprend :

i® Le ebantier de fabrication de mortier, composé de dix broyeurs mis en mouvement par une macbine à vapeur de 60 chevnux.

Gbaque broyeur est capable de fournir 35 mètres cubes de mortier par jour, ce qui donne pour les dix broyeurs une fabrication journalière de 350 mètres cubes de mortier, produisant 35 blocs de iO mètres cubes cliacun, soit, pour un travail minimum de 20 jours par mois, une production annuelle de 8,400 blocs. Ce ebantier est établi sur une plateforme élevée en charpente sous laquelle viennent se placer les wagons destinés h recevoir le mortier pour le conduire ensuite sur le lieu de fabrication des blocs. 11 est desservi par deux chemins de fer en rampe aboutissant au magasin de dépôt de la chaux et au quai d'approvisionnement du sable. L'ascension des wagons amenant ces matières se fait au moyen d'un treuil puissant, mis en mouvement par la machine de 60 chevaux;

2^ La plate-forme de fabrication des blocs où ceux-ci sont mélliodiquement rangés par lignes parallèles.

Cette plate-forme peut contenir i,900 blocs; elle est complètement remplie aujourd'hui. Au fur et à mesure que les blocs sont enlevés pour être conduits à la mer, ils sont remplacés par de nouveaux blocs fabriqués, qui doivent rester sur place pendant trois mois environ pour acquérir une dureté suffisante. Ces blocs de iO mètres cubes chacun^ et du poids de 20,000 kilog., sont composés de 45 pour iOO de chaux hydraulique du Tbeil et de 55 pour 100 de sable et d'eau de mer;

3^ Jjes appareils de levage, de Imnsport et d'embarquement des blocs.

Il fallait, pour soulever et faire mouvoir ces masses énormes, de puissants appareils mus par la vapeur; ils fonctionnent de la manière la plus satisfaisante;

4° EnGn les grands chalands pontés, destinés à conduire les blocs sur les points où ils doivent être immergés.

Les entrepreneurs possèdent en outre deux remorqueurs à vapeur et dix chalands pour le service des déchargements eu rade de leur matériel et de lejrs approvisionnements.

Le sable destiné à la confection des blocs est fourni par les déblais du chenal du port, en vertu d'une convention passée entre MM. Dussaud et les entrepreneurs de dragages. Ce sable est amené au point de déchargement sur des chalands qui le reçoivent dans des caisses ù la sortie du couloir de la drague ; l'enlèvement et le déchargement des caisses s'effectuent ensuite au moyen d'une grue tournante à vapeur.

Un grand hangar, susceptible de recevoir 5,000 mètres cubes de chaux, des maisons d'habitation pour les employés et les ouvriers, des bureaux, des magasins de vivres et de matières diverses, un atelier de réparation et d'autres constructions de moindre importance complètent l'ensemble des installatious.

L'immersion du premier gros bloc de 10 mètres cubes a eu lieu, le 9 août dernier. Le nombre de ces blocs immergés était, à la fin d'août, de 148; avant le mois prochain, le chenal, dans lequel travaillent deux dragues, sera assez large et assez profond pour que l'immersion puisse être conduite de manière à marcher parallèlement avec la fabrication des blocs.

Dès l'hiver dernier, les entrepreneurs avaient déjà coulé à rextrémité de l'appontement, vers l'îlot, 204 blocs de 4'"50 pour former un musoir de protection, qui se trouvera naturellement englobé dans le massif de la jetée définitive.

Par la description qui précède et par les chifi'res que nous avons donnés, on voit que les entrepreneurs des jetées de Port- Saïd possèdent des moyens d'action largement suffisants pour leur permettre de terminer, dans les délais voulus, c'est-à-dire en 1868, les deux jetées, comportant ensemble l'emploi de 25,000 blocs ou 250,000 mètres cubes.

Entreprise Borel, Lavalley et C°, pour V exécution du premier lot de dragages entre Port-Saïd et le seuil d*El Guisr,

Le premier lot de dragages comprend, indépendamment du chenal et des bassins de Port-Saïd, la première partie du canal maritime, sur une longueur de 60 kilomètres et demi. Il comporte un déblai de 21,700,000 mètres cubes.

t86 LETTRES

En vertu d*un marché passé le i3 janvier i864, ce premier loi de dragages avait été concédé à M. W"* Aiton, entrepreneur des travaux de terrassements, qui offrait des prix inférieurs à ceux de ses concurrents, et sur les antécédents duquel les meilleurs renseignements avaient été obtenus à Glascow. La Compagnie avait mis à sa disposition tout le matériel qu'elle possédait déjà sur les lieux et celui très considérable qu'elle avait commandé en vue de Pexéeution de son lot. Nous vous disions, le 6 août de Tannée dernière, que M. Aiton était encore dans la phase de première installation où il lui était impossible de déployer toute la rapidité d'exécution que uous altendious de son expérience et de son activité.

M. Aiton commença les travaux avec les ressources que la Compagnie lui avait fournies. Vers le milieu d'octobre, après avoir sollicité diverses modifications à son traité, qui lui furent accordées, M. Aiton éleva la prétention d'obtenir le changement complet de son contrat.

Dans cet intervalle, une crise financière survenue dans les principales places commerciales de l'Angleterre, resserra et fit bientôt cesser les crédits sur lesquels il comptait; il éprouva, en conséquence, des embarras financiers, et se trouva dans Timpuissance de payer non seulement les fournisseurs de machines, les frets du matériel qu'il avait commandé en exécution de ses engagements, mais encore ses propres ouvriers. Ses travaux subirent des ralentissements que nous ne pouvions supporter. C'est dans ces circonstances que M. Alton exigea, sous peine d'une interruption de ses tratravaux, un mode de mesurage des déblais contraire à son traité et à ceux des antres entrepreneurs. La Compagnie ne pouvait admettre de pareilles prétentions. M. Alton suspendit ses travaux, nous plaçant ainsi dans une situation qui pouvait amener de fâcheuses complications.

Après avoir constaté que M. Aiton était sous le coup d'une des clauses du contrat, prononçant la résiliation pour défaut d'exéculion de la quantité de cubes trimestrielle à laquelle il était obligé, et armés du fait non moins grave de la suspension arbitraire de ses travaux, nous lui ftmes signifier légalement la résiliation de son marché.

CepeadaDt, M. Ai ton était déteiitciir de notre matériel, la Compagnie ne pouvait se substituer à lui qu'après en avoir repris possession; c'est dans ces coodilions qu'elle dut transiger pour ne point subir les retards d'un procès, quoique rissue de ce procès ne pût pas être «Jouteuse. Une demande d'indemnité, formulée par M. Alton, fut jugée exorbilante par votre président, qui offrit comme dernière transaction une somme de 200,000 francs. Cette offre fut finalement acceptée, et la Compagnie rentra en possession de son matériel et de ses chautiers.

Eu conséquence de la rupture avec M. Aiton, un nouveau marché a été passé, le 12 décembre 1864, avec MM. BoreU Lavalley et C®, pour rexécution des travaux compris au pre" mier lot de dragages, avec cession du matériel précédemment remis à M. Aiton, et addilion de dix porteurs à vapeur du prix de i 50,000 francs chacun. Le délai final de l'exécution fut stipulé pour le 1" juillet 1868.

MM. Borel et Lavalley ne pouvaient reprendre immédiate, mei't la suile des travaux de M. Aiton; ces travaux ont été momentanément continués en régie par nos ingénieurs jusqu'au mois d'avril de cette année.

Le matériel remis par la Compagnie aux entrepreneur.^ se compose de :

Vingt petiles dragues;

Vingt grandes dragues;

Vingt grues à vapeur;

Cent vingt chalands en fer du port de 50 tonneaux ;

Six cents caisses à déblais;

Et dix porteurs à vapeur pour conduire les déblais à la mer.

Les nouveaux entrepreneurs reconnurent la nécessité de faire diverses réparations et modificdtions à ce matériel pour l'approprier à leur mode de travail. En même temps que s'exécutaient ces opérations de mise en état, ils ont eu à consacrer de grands efforts à leurs installations sur toute la ligne des travaux.

En soumissionnant leur nouvelle entreprise du lot de Port-Saïd, MM. Borel, Lavalley et G« ont dû augmenter en conséquence

les commaDdes qu*iU avaient d*abord faites, en vue uniquement de leur lot de Suez.

L'ensemble de leurs commandes pour les deux lots comprend notamment :

30 grandes dragues nouvelles;

30 appareils élévateurs;

V6 grands porteurs à vapeur pour la conduite des déblais à la mer;

42 porteurs à vapeur pour la conduite des déblais dans les lacs;

90 chalands pour transports des caisses à déblais ;

15 bateaux à vapeur pour transports de charbon et de matériel sur toute la ligne des travaux ;

20 locomobiles sur roues ;

4 canots à vapeur.

Une grande partie de ce matériel est déjà montée ou en voie de montage à Port-Saïd.

Les premières petites dragues remises en activité ont été employées, dans le bassin de Port-Saïd, à l'élargissement et à l'approfondissement des chenals qui sillonnent ce bassin dans diverses directions, en vue de préparer la place pour la mise en mouvement, aussi prochaine que possible, de grandes dragues desservies par des porteurs.

L'une des petites dragues creuse le cbenal d'accès du port, en marchant de l'intérieur vers le large : elle fournit un sable excellent, utilisé pour la fabrication des blocs artificiels de M. Dussaud. Le produit des autres dragues est employé à Texiension des remblais de Port-Saïd, conformément à l'un des articles du marché qui oblige les entrepreneurs à faire ce travail, sans augmentation de prix, jusqu'à concurrence de 200,000 mètres cubes.

Une des grandes dragues a déjà été placée entre l'appontement et l'îlot pour approfondir le chenal en marchant du large vers rintérieur du port; elle est desservie par deux porteurs. Une seconde drague va être affectée au même travail, de manière à obtenir sous très bref délai un chenal suffisamment large et profond, pour permettre aux navires de moyen tonnage de pénétrer dans rmtérieur du port sans

gôner la circulation des chalaods employés à l'immersioD des blocs, et des porteurs qui conduiront en mer les produits des dragages du bassin de Port-Saïd et d'une partie du canal maritime.

Tout est parfaitement disposé aujourd'hui pour permettre aux entrepreneurs de pousser leurs travaux efTectifs avec l'activité et la rapidité désirables.

Entreprise Couvreux pour les déblais de la tranchée

du seuil d'El Guisr,

D'après un premier marché passé avec M. Couvreux, le i" octobre 1863, cet entrepreneur était chargé de Touverlure complète du canal maritime à travers le seuil d'El Guisr, sur une longueur de 15 kilomètres; Tenlreprise comportait un cube total de 9 millions de mètres tant à sec qu'à la drague.

D'un commun accord, nous avons passé avec M. Couvreux une nouvelle convention pour limiter son entreprise au percement des grandes hauteurs du Seuil, sur une longueur d'environ 9 kilomètres, et pour retrancher du marché primitif la majeure partie des déblais à faire sous l'eau, de manière à lui permettre de consacrer ses efforts à l'enlèvement des déblais à sec. Il a été stipulé que les travaux seraient dirigés tout d'abord en vue de l'élargissement et de l'approfondissement du chenal actuel de navigation, afin de compléter le plus promptement possible, entre Port-Saïd et Ismaïiia, un canal permettant, malgré la présence des dragues et des autres engins, de développer en toute liberté notre navigation de transit.

L'entreprise de M. Couvreux comporte un cube total de déblais à sec de 4 millions de mètres, et un cube de déblais FOUS l'eau de 200,000 mètres.

Plusieurs des excavateurs de son invention, qui avaient si biefi réussi pour les déblais à sec, sont appliqués avec succès aux déblais mouillés.

Les chantiers de M. Couvreux sont bien organisés. Ils sont desservis par trente kilomètres de voies de fer, dix locomotives, dix excavateurs à vapeur, quatre cents wagons de terras-

semenU, et par d'importants ateliers de réparatloo da matériel. Quatre nouvelles locomotives sont commandées.

Tout permet de compter que l'entrepreneur sera en mesure d'accomplir ses engagements dans les délais d'exécution assignés aux deux lots de AfM. Borel et Lavalley.

Ouverture du canal à la traversée cTEl'Ferdane et dragages jusqu'au lac Timsah,

La portion de travaux retranchée de l'ancien lot Gouvreux a été concédée en presque totalité à MM. Borel et Lavalley, comme continuation de leur premier lot de dragages. La Compagnie s'est réservé, vu l'urgence, pour les exécuter par voie de régie directe, les travaux de déblais à faire immédiatement pour l'élargissement et l'approfondissement du chenal de navigation à la traversée des dunes de Ferdane, sur une longueur de 6,700 mètres.

Ces travaux comprennent : 300,000 mètres cubes de déblais à sec, dont 130,000 mètres à la brouette, 170,000 à la locomotive, et 200,000 mètres de déblais mouillés.

Les chantiers de déblais à la brouette ont été promptement organisés et marchent d'une manière satisfaisante avec 600 terrassiers. Les chantiers de terrassements à la locomotive et au wagon commencent actuellement à fonctionner; enfin, pour les déblais mouillés, six excavateurs ont été commandés en France, avec obligation d'en livrer quatre en Egypte, avant la fin de novembre.

Ces travaux en régie sont dirigés avec zèle et intelligence par M. Gioia, ingénieur chef de la division d'Ël Guisr.

Ils seront terminés au commencement de 1866, de manière à se raccorder avec ceux qui s'exécutent en deçà et au delà de Ferdane.

Les dragages à exécuter par MM. Borel et Lavalley dans la percée du Seuil et destinés à mettre le canal maritime à sa profondeur définitive de 8 mèlres, seront commencés dès que le niveau des eaux du lac Timsah aura atteint le niveau de la Méditerranée : résultat que l'on compte réaliser pour le mois d'avril prochain. Le mode d'exécution consistera à recevoir

les produits des dragues dans des chalands porteurs qui iront se yider dans certaines parties du lac. Les entrepreneurs auront tout leur matériel prêt pour l'époque indiquée.

Entreprise Borel, Lavalhy et C« pour V exécution des travaux de terrassements et de dragages entre le seuil d*El Guisr et la mer Rouge.

Le marché relatif à cette entreprise a été passé le 26 mars 1864. Il comporte un cuhe total de 24,500,000 mètres de déblais.

MM. Borel et Lavalley se sout mis activement à l'œuvre pour l'étude définitive des moyens qu'ils comptaient employer à l'exécution de cette partie des travaux. Nous avons déjà indiqué leurs commandes de matériel dans les grandes usines de MM. Ernest Gouin et G«, de la Société des forges et chantiers de la Méditerranée et de la Société des chantiers et ateliers de TOcéan, ainsi que la mise en montage de ce matériel à Port-Saïd.

Des agents expérimentés ont été envoyés sur le terrain pour combiner et arrêter les divers modes d'exécution; en môme temps, les entrepreneurs ont dû consacrer leurs efforts aux installations des chantiers; ils ont érigé un ensemble de constructions importantes au Sérapéum, principal centre de la direction et du ravitaillement pour les travaux à exécuter entre le lac Timsah et les lacs Amers, et à Ghalouf-el-Terraba, chef-lieu de la section des travaux embrassant toute la partie comprise entrii les lacs Amers et les lagunes de Suez.

Le mode d'exécution arrêté par les entrepreneurs pour la majeure partie des travaux du deuxième lot consiste à profiter du plan d'eau du canal d'eau douce, placé à plusieurs mètres au-dessus du niveau du canal maritime, pour effectuer par voie de dragages la plus grande portion des déblais. A cet effet, on doit ouvrir, dans l'emplacement même du canal maritime, un premier chenal, mis en communication avec le canal d'eau douce au moyen d'une dérivation déjà construite dans ce but, et par laquelle on fera pénétrer les dragues ainsi que tout le matériel accessoire et les approvisionnements.

D'un aulre côlé, on utilisera des bas-fonds existant le long du canal maritime pour créer des bassins artificiels qui seront remplis avec Teau du canal d'eau douce et où Ton ira déverser, au moyen de barques à clapets, les produits des dragages.

Afin de hàler le moment où ce programme sera réalisé, les entrepreneurs ont, dès Tannée dernière, organisé des ateliers de terrassements à la brouette; ils comptent pouvoir attaquer le seuil du Sérapéum par les machines à vapeur dans le courant de janvier prochain. Trois mois plus tard, le lac Timsali sera plein et il pourra recevoir des dragues destinées a compléter Tapprofondissement des grandes tranchées déjà ouvertes à toutes largeurs, par les anciens contingents, sur un parcours de G,000 mètres, depuis Teztrémité sud du lac Timsah jusqu'au delà de Toussoum.

Sur la portion comprise entre les lacs Amers et Suez, les entrepreneurs n*ont pas encore commencé les terrassements, mais ils prennent leurs dispositions pour continuer vigoureusement Pattaque du seuil de GLalouf, déjà enlamé par les contingents de fellahs. Avant de songer à employer la drague, il faut d'abord enlever un banc calcaire qui présente une masse de 25,000 mètres cubes. Ga banc, qui descend jusqu'au plafond du futur canal, pourra probablement être extrait à sec. Les pierres qui en proviendront seront réservées pour servir ultérieurement à l'enrochement des berges.

Le tracé primitif du canal dans les lagunes vis-à-vis de Suez avait révélé aux sondages des bancs de roche que nous avions intérêt à éviter. Par une nouvelle série de sondages dans celte région, nos ingénieurs ont été conduits à penser qu'en rejetant suffisamment le tracé vers l'est, on parviendrait peut .être à éviter les bancs de roche. L'événement a heureusement justifié ces prévisions. L'ingénieur chef de la division de Suez^ M. Larousse, a arrêté aujourd'hui, sur le terrain, un nouveau tracé 011 des sondages très rapprochés n'ont pas indiqué la moindre existence de roche. Ce tracé passe à 1,100 mètres à l'est du lieu dit ; la Quarantaine de Suez. Bieu qu'il présente, par rapport au premier tracé, un excédant de cube d'environ 300,000 mètres, il offre tant de facilité et d'économie, qu'on ne peut hésiter à lui donner la préférence.

Canal d'eau douce.

Vous vous rappelez que le gouveroement égypiieu esl chargé de la consiruciioD de la première parlie du canal d'eau douce^ depuis le Caire jusqu'au Ouady, y compris la prise d'eau au Nil. Aux termes du contrat passé, le 18 mars 1863, avec S. A. le YÎce-roi Ismaïl-Pacha, ce travail aurait dû être terminé au l<^'marâ de la présente anuée.

Le cube total des terrassements pour celte partie du canal, dont la longueur est de 70 kilomètres, forme environ 7 millions de mètres cubes. Led travaux ont été enlrepris seulement dans les derniers mois de 1864 sur une longueur de 22 kilomètres. Interrompus pendant six semaines, à l'époque du jeûue du Ramadan et des fêtes du Baïram, ils ont été repris en mars, puis bientôt complètement suspendus pendant et après le choléra. Les travaux exécutés jusqu'à ce jour ont produit un cube de déblais dépassant 2 millions de mètres.

Au moment de l'étiage, le gouvernement égyptien a fait commencer les travaux de la prise d'eau du Caire; la con. struction de ce difficile et important travail d'art est entre bonnes mains, puisqu'elle est confiée à l'ancien ingénieur en chef de l'exécution de nos travaux, M. Scîama, dont nous n'avions plus à utiliser les éminents services, du moment que cette exécution était livrée à des entrepreneurs. M. Sciamaest entré au service du gouvernement égyptien, avec l'autorisation du Ministre des travaux publics de France, en qualité de directeur général des ponts et canaux d'Egypte ; ce choix a été pour nous un témoignage des dispositions de S. A. le viceroi pour l'accomplissement de son contrat avec la Compagnie, et pour les bons rapports de son gouvernement avec la direction de nos travaux.

Les écluses d'Ismaïlia et de Suez sur le canal d'eau douce sont terminées, et l'ouverture de la ligne de navigation en transit, sans transbordement, entre la Méditerranée et la mer Rouge a été inaugurée à Ismaïlia, le 15 août.

Un convoi de douze chalands chargés de houille, remor. quant un radeau de bois de construction, parti de Porl-Saïu,

a franchi Técluse de Suez et est entré daos la mer Roage. Une récente dépêche nous apprend qu*uDe partie de ce convoi, réservée pour un retour de marchandises de la mer Rouge, est en route pour Purt-Saîd, d'où Ton dirigera sur Marseille des gommes, des dents d'éléphant, du café et des peaux acquis sur la céte d'Arabie par la maison Bazin.

Trois écluses intermédiaires sont en cours d'exéeution sur la branche de SSuez ; elles sont destinées à diminuer la dépense d'eau pendant la période d'étiage du Nil. Entreprises par MM. Borel et Lavalley, en vertu d*un marché spécial, elles doivent être terminées dans trois mois. En attendant, elles sont contournées par une dérivation provisoire du canal qui maintient la navigation.

Nous rappellerons que la dépense de ces écluses, aussi bien que celle des autres ouvrages du canal d*eau douce et des frais d'exécution du canal lui-même, sont comprises dans le chiffre total d'estimation de 10 millions de francs qui a servi de base à la fixation de l'indemnité à payer par le gouyememcnt égyptien pour la rétrocession du canal d'eau douce.

Service de santé.

Nous avons fait imprimer à part, pour vous être distribué, le rapport du médecin en chef, le docteur Aubert-Roche, sur Tétat sanitaire et médical des travailieura et des établissements de l'isthme pendant l'exercice 1864-1865.

Ce document et le rapport supplémentaire au sujet de Tiovasion du choléra ont de nouveau constaté la salubrité du territoire de l'isthme.

Exploitations accessoires des travaux»

L'alimentation de tous les chantiers de l'isthme est exclusivement aujourd'hui entre les mains du comnaerce privé. La liberté et la concurrence ont suffi pour donner satisfaction à tous les besoins et pour maintenir les denrées de consommation ù des prix raisonnables, compte tenu de la cherté générale de la vie en Egypte*

MM. Borel et Lavalley ont établi, saos subvention, le service régulier d*un bateau à vapeur entre Alexandrie et Port* Saîd. Ce bateau fait, chaque mois, quatre voyages d'aller et retour. MM. Bazin, de Marseille, organisent un service de bateaux à vapeur entre Marseille et Port-Saïd. Le premier voyage sWectue en ce moment.

La Compagnie n*a plus à sa charge que le service des transports sur ses canaux. Il y a tous les jours à Port-Saïd, a Suez, à Zagazig, des départs et des arrivées de bateaux à grande vitesse pour la poste et les voyageurs, et de chalands de moyenne et petite vitesse destinés aux transports des approvisionnements, du matériel et des marchandises; ils desservent journellement tous les points intermédiaires.

Des propositions très sérieuses nous sont faites par MM. Baziu, de Marseille, pour eotreprendro les transports de Port-Saïd à Suez et de Zagazig à Port-Saïd. Cette question est étudiée avec un grand soin par votre Conseil d'administration, qui la résoudra au mieux de vos intérêts.

L'atlenlion des chambres de commerce de l'Europe et de l'Amérique a été appelée sur les avantages que pourra offrir au commerce de tous les pays le premier passage établi d'une mer à l'autre. Les chambres ont envoyé dans Tislhme des délégués au nombre de cent. Nous leur avons promis le fonctionnement régulier de ce premier passage pour le commencement de 1866.

Un grand nombre d'entre eux ont déjà rendu compte de leurs impressions favorables, dans des rapports publiés, sur le résultat de leur importante inspection.

Nous devons consigner ici l'expression de notre satisfact^pn et de notre reconnaissance pour la sollicitude bienveillante et, le dévouement avec lesquels les honorables délégués ont accompli leur mission^ et nous espérons que l'assemblée partagera ces sentiments. ( rive approbation et applaudissements,)

Nous avons maintenant à vous entretenir de quelques faits qui ont leur importance, car ils concernent l'exploitation immédiate d'un transit entre les deux mers»

Nous sommes eu négociation avec la compagnie des Mes^^ageries impériales pour le transport, de Port-Saïd à Suez, des

grandes chaudières desliuées à leurs paquebots de Plndo- Ghine.

Le commerce de la bouille nécessaire aux paquebots de toutes nations naviguant sur la mer Rouge et venant s'approvisionner ù Suez, devra sans doute recourir à notre navigation de transit. Déjà nous avons reçu d'Angleterre des propositions pour faire passer annuellement un minimum de 300,000 tonnes de charbon de terre.

Nous comptons offrir aux gouvernements français, espagnol, anglais, hollandais et portugais de faire transiter par risthme la plus grande partie des approvisionnements qu'ils expédient dans leurs établissements de l'Inde, de la Chine, de la Gochinchine et de l'archipel Indien par la voie da chemin de fer égyptien, et que nous pourrons transporter à des conditions meilleures. Nous ne négligerons rien pour que le commerce général puisse profiter de la route que nous lui ouvrons, en attendant l'achèvement prochain du grand passage maritime.

Service agricole, domaine du Ouady,

Vous avez remarqué, dans la partie de ce rapport concernant la situation financière, que le domaine du Ouady (année agricole 1863-64) y figure pour un revenu net de 118,399 francs f6 c.

Le 1®' de ce mois, a fini la première période de trois ans des baux uassés en 1862.

Les contrats renouvelés avec les fermiers indigènes pour trois autres années, dès le mois de mars dernier, ont porté les redevances futures à 522,580 francs.

Un mois après la signature de ces contrats, l'obligation dans laquelle nous noua sommes trouvés de priver d'eau nos cultivateurs pour maintenir Talimentation du canal d'eau douce jusqu'à Ismaïlia et Suez, nous a amenés à faire d'abord remise de la moitié des redevances convenues, puis, en dernier lieu, k déclarer que les lerres qui, faule d'irrigation, ne pourront pas être ensemencées seront retirées de la location. Il était de

luule justice de rassurer les fermiers eu allant au-devanl de leurs réclamations et de surseoir à Texécution des nouveaux baux.

Les înlérêls du service agricole soufTriront forcément de cette situation, tant que le gouvernement égyptien n'aura pas achevé le bief du canal d*eau douce. Heureusement, les années de prospérité qui avaient enrichi les cultivateurs de notre do* maine, leur ont donné assez de confiance dans Tavenir pour leur faire accepter un temps d'épreuves. Il est iotéressant de constater que la population du Ouady n'a pas diminué. Une grande partie des terres sera cultivée, sinon en coton, du moins en maïs et en céréales d'hiver, et le revenu net de Texer * cice prochain, sans atteindre le chiffre élevé auquel le portaient les noi^veiles locations, ne sera pas inférieur à celui des années précédentes.

Tel est l'ensemble de nos opérations. Voire Conseil est convaincu que la marche actuelle de nos travaux vous assure dans trois ans un succès qui récompensera votre confiance et votre persévérance. {Applaudissements.)

SITUATION GENERALE

Après avoir donné lecture, dans notre dernière assemblée générale, de la sentence arbitrale, sans appel, prononcée par S. M. Napoléon III, nous vous disions :

« Vous avez compris, Messieurs, toute la portée de ce jugement souverain, qui consacre avec tant d'impartialité et une si haute équité les droits de la Compagnie, et la met désormais à l'abri de toutes les difficultés qui, jusqu'à présent, avaient ralenti la marche de notre entreprise. »

C'est en vertu de ces considérations que vous avez accepté unanimement et avec reconnaissance une solution définitive, malgré les sacrifices qu'elle vous imposait,

A la suite de notre réunion, le gouvernement de Sa Majesté publia le compte rendu de la situation de l'Empire adressé au Corps législatif et au Sénat. Ce document officiel contenait le passage suivant:

<ÎW LETTRES

« Le gouvernement du SuUan ayant fait eonnattre aoas quelles eondi lions il était disposé à sanctionner la eoDcesBioo primitivement faite par Saîd-Pacha, des négociations se sont ouvertes entre le gouyernemenl du Yiee-Roi et la Compagnie universelle de l*islhme de Snez, à Teffet de mettre la concession en harmonie avec les demandes de la Porte. Comme raccord n'avait pu s'établir sur certains points, les deux parties sont convenues d'exprimer à l'Empereur le tcsu que ces difficultés fussent déférées k son arbitrage. Sa Majesté, désirant répondre à l'appel du Vice-Roi et voulant en même temps donner à la Compagnie un nouveau témoignage de son intérêt * pour la grande œuvre qu'elle poursuit, a daigné accueillir cette demande; les deux parties ont alors signé un compromis, ei l'Empereur a rendu une sentence arbitrale qui leur a été notifiée. Le gouvernement égyptien et la Compagnie ont déjà exécuté celles des clauses de cet acte qui étaient immédiatement applicables.

« La sentence de Sa Majesté a été portée à la connaissance du gouvernement ottoman; la Sublime Porte n'a fait aucune difficulté pour reconnaîlre que, par cet acte, les diverses conditions^ à V accomplissement desquelles la Turquie avait subordonné sa sanction, se trouvaient remplies, »

Celle importante déclaration clôt, pour notre Compagnie exclusivement commerciale et industrielle, la question politique du firman promis pour autoriser les travaux.

Pour achever de vous en convaincre, il nous suffira de vous lire un télégramme que S. M. l'Empereur a bien voulu adresser du camp de Châlons, le 15 août, à voire président qui venait de lui annoncer, de Suez, la célébration de sa fête dans l'islbme, par la première cargaison de houille transitaul directement de la Méditerranée à la mer Rouge :

« Je vous félicite du succès obtenu et vous remercie de me donner celte bonne nouvelle pour ma fôle.

« Signé : Napoléon. »

[Acclamations et applaudissements.)

Nous espérons donc n'avoir plus à nous occuper à l'avenir^ dans Texposé de notre situation générale, de questions poli-

tiques que, bien à coDire*cŒur, nous étions obligée de traiter dans nos précédentes réunions.

C'est au gouvernement de l'Empereur qu'il appartient, visà-vis des autres gouvernements, de faire exécuter la sentence arbitrale souveraine et sans appel. C'est à l'administration de la Compagnie qu'il appartient de bien gérer vos affaires et de conduire les travaux de façoo à vous satisfaire, et à satisfaire aussi l'opinion publique justement impatiente d'obtenir le plus promptement possible le grand résultat auquel nous consacrons tout noire temps et tous nos efforts.

Vous avez toujours jugé que voire Conseil avait rempli ses devoirs envers vous; il sera heureux, si, après vous avoir présenté le bilan de notre situation financière et la marche de nos travaux, vous lui donnez un nouveau témoignage de votre approbation et de votre confiance.

209 LKTTRES

A M. FAL'G^.REfl, KOfS-DI KECTEUK DE LA POLITIQUE ai; MINISTERE DES AFFAIRES ÉTSA3(«ËSES.

Paris, 9 octobre 18Sl

Je tiens à vous envoyer, avant voire conféreDce avee M. de Moustierja copie d'une note que j*ai adressée, il y a six mois, au gouvernement égyptien et qui est tout à fait de circonstance.

Il me semble que M. de Moustier, à son retour à Conslantinople, devra prendre pour base de ses négociations le projet de convention rédigé par lui et minuté de sa propre main, d'accord avec le programme de la Porte et moi-même, et rejeter complètement le nouveau projet de convention, inadmissible et dangereux à discuter avec les Turcs qui y trouvent un prétexte pour éterniser la discussion. En leur proposant l'adoption du premier projet ou la rupture de toute négociation à ce sujet, je no fais aucun doute qu'avec un ambassadeur aussi habile que M. de Moustier, l'affaire ne soit complètement dégagée de la fausse voie dans laquelle on l'avait conduite et dans laquelle je tiens plus que personne à ne pas laisser Taire mauvaise flgureà notre politique vis-àvis de Topinion publique de tous les pays. Personne ne comprendra jamais que nous puissions hésiter à faire exécuter littéralement par les Turcs la sentence deTËmpereur.

Outre ma communication au gouvernement égyptien,

je VOUS remets une copie d'observations écrites, faites au vice-roi d'Egypte par le consul général d'Angleterre, observations que ma réponse en marge de chaque parjigrapbe du message britannique, met complètement à néant. Ceci nous montre de quel côté viennent les oppositions à la sentence impériale, tant au Caire qu'à Constantinople.

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