‹ Lettres, journal et documents pour servir à l'histoire du canal de SuezChapitre 43 sur 67 · Fort'Satd · texte numérisé non relu

Fort'Satd

La eoostruotioD du port qai donne ouverture à noire canal sur la Méditerranée, a fait eette année de très grands prog^rès et a été modifiée de Is manière la plus heureuse.

On sait que, dans les premiers projets, les jetées, destinées à protéger le chenal creusé à travers la plage, devaient être parallèles entre elles et placées à une distance de 400 mètres l'une de l'aolre.

M. Pascal, ingénieur en chef des ports de Marseille et membre de notre commission des travaux, nous a proposé de changer cette disposition, en vue d'assurer aux navires un abri plus vaste et plus sûr.

Son projet méritait Texamen le plus attentif. La marine y était vivement intéressée. Votre Conseil d'administration a donc pensé à demander l'avis de quelques-uns de nos marins les plus éminents. D'un autre côlé, votre comité consultatif des travaux, composé d'inspecteurs généraux des ponts et chaussées, d'ingénieurs en chef et d'ingénieurs prdinaîres, était naturellement appelé à participer à la même étude. Grâce au bieuveillaut appui des ministres de la marine et des travaux publics, grâce à la cordiale sympathie des marins et des ingénieurs, une commission spéciale a été nommée et s'est réunie au mois de novembre de l'année dernière.

Les membres de cette commission étaient : MM. l'amiral Rigault de Genouilly, président; le vice-amiral Jurien de la Gravière, aide de camp de l'Empereur ; le vice-amiral Jaurès, et les membres de la commission supérieure des travaux.

À la suite des plus intéressantes discussions, le projet de M. Pascal a été adopté, et il en résulte les changements suivants :

La jetéede Test partira déterre à 1,400 mètres de la jetée de l'ouest et, se dirigeant obliquement vers cette dernière, s'arrêtera de façon à laisser entre elles une entrée d'environ 400 mètres.

Nous obtenons ainsi, enlre les deux jetées, au lieu d'un long chenal, une vaste nappe d*eau abritée de 230 hectares environ, en forme d'évenlail, qui va en s'a grandissant à mesure qu'elle s'approche du littoral, et assure aux navires un mouillage dans une rade couverte, située immédiatement à l'entrée des jetées, c'est-à-dire dans la position la plus avantageuse.

Les dragues y creusent, en ce moment, le chenal qui donne accès dans le bassin de Port-Saïd, et qui présente dès aujourd'hui une ligne d'eau de plus de 5 mètres de profondeur sur une largeur variant de 60 à 100 mètres.

Des dragages ultérieurs augmenteront, au fur et à mesure du développement de la navigation, l'espace nécessaire au stationnement des navires.

La création de cet avant-port a permis de changer la disposition et l'étendue actuelles du bassin de Port-Saïd. Ce bassiu cessant d'être un lieu de stationnement des navires arrivant pour traverser le canal, ne présente plus une grande surface carrée peu commode pour le mouvement des marchandises. Sa forme est maintenant plutôt celle d'une embouchure de fleuve sur les bords duquel seront ménagés des bassins transversaux qui se succéderont pour servir au déchargement de^ bâtiments du trafic.

Ces changements n'ont entraîné aucune augmentation de dépenses. La jetée de l'est, seulement déplacée, n'augmente pas de longueur.

Le port et les trois bassins que nous creusons actuellement et qui suffiront pendant les premières années au commerce local de Port-Saïd, offrent une superficie un peu moindre, mais bien plus utile que l'ancien bassin. Ces changements n'ont pas, non plus, entraîné de relard dans l'exécution.

Lors de la dernière assemblé^ générale, rinstallation de M. Dussaud pour la construction des jetées en blocs artificiels était complètement terminée. Il faut rendre justice ^

su LETTRES

HM. Duwsud, qui uni creusé le* porta de Cherbourg, d'Alger el de Marseille. Ils onl un atelier p&rfaitemeul monlé; ils jettent trente blues par jour. L'nnnëe dernière ils avaieol k peine cotnDK'ucéà jvtcr leurs pierresâ partirde l'apponlemenl, el aujourd'hui les jetées se sont Élevées au-dessus de l'eau comme par eochaolemenl; elles altcignenl déjà les fouds de H mètres. La productioD de ces chantiers a suivi une marche rapidement croissante, et a altciut depuis plusieurs mois son chilTre normal. Aussi, la jetée de l'ouest, par laquelle il importail de commencer pour abriter les navires contre les vents dominants, s'esl-elle avaDcée avec promptitude : elle a atteitit el m£me dépasse actuellement les fonds de f< mètres. Derrière elle, déjà, les l'âtiments ne [ira'U pas plus de 5 mèlrea trouvent un calme complet. Elle a été commencée par MM. Dussaud à la suite de l'appontem^'nt déjà existant, le U aoûl I869.

La jetée de l'est marche depuis quelques mois en même temps que lu jetée de l'ouest. Avant la On de letîî, lous les □avires arrivant sur la rade de Porl-Satd pourront être nbritès entre les jetées. Dès maintenant Port-Saïd est un lieu de débarquemeot el de relftcbe supérieur à tous les autres mouit' \a^es des cAlGs d'Egypte et de Syrie.

Cel abri est surtout précieux pour la facilité qn'il donne aux déchargemeuls. Quant à la sûreté de la navigation, elle Était complète, même avant la construction des jetées. La rade, luujours bonne, ainsi que uoua n'avoua cessé de le dire, n'a pas vu cette année un seul sinistre, et cependant le mouvenieul marilirae a été considérable à l'embouchure du canal. Il est arrivé à Port-Saïd, depuis le 15 juillet lS6a jusqu'au lo juin 1866, 593 navires avec un tonnage de 108,539 tonneaux, soil environ 300 tonneaux par jour. Le dénombrement de ces arrivages de navires, depuis l'origine des travaux, montre qu'avant même de livrer passage aux marchandises d'une mer à l'autre, le canal de Suei a donné au commerce maritime un aliment déjà important. Nous constatons en efieL que Port-Saïd a reçu, depuis sa fondation, 2,631 bitimeots, por- 'aot 468,087 tonneaux. La France, l'Autriche, la Grèce, la Turquie et l'Egypte onl été représentées dans ce mouvemeul par le plus grand nombre de navires. Dans ce concours com-

mercial, 1.i France est la première : elle y figure pour 500 navires et 100,000 tonneaux.

L'entreprise des déchargements à Porl-Saïl, confiée à M.tl. Su von frères et G% fonctionne d'une manière satisfaisante Elle possède un matériel qui lui permet de faire face à tous les besoins. Outre le service régulier à vapeur qu'ont organisé, entre Alexandrie et Port-Saïd, MM. Borel et Lavalley, en correspondance avec les Messageries impériales, notre port est touché trois fois par mois par les bateaux de M. M. Fraissinet, de Marseille, et deux fois par mois par les bateaux de' la Compagnie impériale russe de navigation ù vapeur et de commerce.

Tout en poursuivant la conslruction des jetées et l'approfondissement du chenal, on imprime la plus grande activité aux travaux qui ont pour objet de creuser le grand bassin du port.

Ce grand bassin est précédé par un canal d'accès qui fait suite au chenal longeant les jetées. Ce canal a 50 mètres de lariireur et 5 à 6 mètres de profondeur. L'entrée du grand bassin est ouverte, dans toute sa largeur de 200 mètres, à la pirofondeur de 5 à 6 mètres. Une grande partie de la superficie de ce bassin est déblayée et peut recevoir les bâtiments de 4 à 5 mètres de tirant d'eau. La nécessité de laisser l'espace libre aux dragues et au mouvement des bateaux à vapeur qui emportéùt les déblais en mer est le seul obstacle qui s'oppose encore au stationnement de tous les navires auxquels leur tirant d'eau permettrait l'entrée du bassin.

Maïs les dragups avancent rapidement; les espaces déblayés augmentent, et, sous peu, presque tous les bâtiments feront ou achèveront leur déchargement dans le bassin lui-même.

C'est par Port-Saïd que maintenant, grâce â la voie navigable existant d'une mer à l'autre, nos chantiers reçoivent leurs approvisionnements.

L'état actuel de ces travaux, les progrès réalisés dans l'année qui vient de s'écouler, nous donnent la certitude que ce beau port sera terminé avant Tépoque prescrite.

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