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Scholl était réfugié en Belgique

chasse au passé; de la fatigue, des phrases usées, le besoin de remettre notre style au vert; notre volume aux deux tiers; une impatience d'imagination, de liberté, d'aventure d'idées ; une furieuse ambition de théâtre, un article dans le dernier Artiste sur la philosophie de Watteau, cherché dans le nuage et la musique de la peinture; beaucoup de copie au grenier, beaucoup de projets à l'horizon; et le cœur net comme la main et libre comme le vent; — vous voyez, mon cher Aurélien, nous ne changeons pas.

Nous voilà à la campagne, je ne sais pourquoi ! J'ai demandé le mois qu'il faisait. On m'a dit septembre et nous sommes partis... Je ne voudrais décidément un château qu'avec 600,000 livres de rente : j'y ferais venir Paris, j'y aurais un journal, une femme homicide, un troupeau d'amis, un bec de gaz sous chaque feuille... Tenez, j'ai eu tout cela, l'autre jour, pour rien. J'ai été à la grande fête du pré Catelan : mon cher, une vraie merveille! un jardin qui vaut les réclames! une salle de spectacle, la plus merveilleuse salle ! — un décor taillé en plein bois, la nuit pour ferme, le rideau, un mur vert ! la rampe un bouquet! Mais je vous ai dit cela.

Le jardinier a donné hier un mauvais melon. — J'irai voir demain une voisine... avec des gants. — Edmond lit en ce moment Balzac entre un banc vert et un massif de géraniums. — Les oiseaux chantent par habitude. — L'ombre descend des arbres et se couche sur l'herbe. — Les chiens ne pensent à rien... et moi je pense à vous.

Votre ami, Jules.

A AURÉLIEN SCIIOLL

22 août 1856

Un véritable ami sait copier et se taire, sans murmurer. — J'ai été voir Busquet il y a huit jours. Il loge avec les Heures — au ciel. Je n'y ai trouvé que l'Espérance, — la charité du Pouvoir n'est pas encore venue.

Et puis rien. Rien n'est arrivé, ni personne, cette semaine. — J'ai aperçu la cravate du Beauvoir. — Il a plu. — J'ai acheté un monstre japonais qui ferait avorter l'école du bon sens, une fantaisie à tous crins, qui sera mon encrier; — j'ai retrouvé une ancienne maîtresse engraissée : oh! mais elle a couché avec la palette de Rubens ! — et puis des pipes et du papier noirci, et des femmes du xvme siècle présentées à l'histoire — voilà, mon cher ami; c'est toute notre vie de ces jours-ci : des rêves, des projets, des ombres chinoises, de la fumée.

Dollingen a ouvert ses fenêtres à sept heures, le soleil s'est oublié; il l'a doré !

Et Bruxelles? n'est-ce pas une jolie ville? Une Parisienne de province^ mais une Parisienne ! Il ne lui

\. Busquet, l'auteur d'un volume de poésies, intitulé : les Heures.

manque que les boulevards et les Parisiens. Avezvous dîné à la table d'hôte du grand hôtel de Flandres sur une place, près du parc, où il y a une statue. Cela coûtait de notre temps 3 francs; on y dînait comme un agent de change avec une bouteille de vin de -4 francs.

Si vous entrez dans la politique — n'y entrez que jusqu'à la ceinture; — pourquoi ne feriez-vous pas du théâtre là-bas? Il y a moins de théâtres, mais aussi moins de collaborateurs qu'ici. Je vous parle de loin, ne sachant rien; prenez tout cela pour ce que c'est, des conseils : la fausse monnaie de l'amitié.

Les volumes à 1 franc sont comme le Roi : ils ne meurent pas. Mirecourt a fait paraître un Gavarni, où il apprend au public « qu'en cueillant des roses, Gavarni a rencontré parfois des épines ». Ce M. Mire court, c'est décidément un Prudhomme déshabillant la gloire.

Votre Belgique, à vol de rire, est charmante; je vous voudrais aussi gai que votre plume ; mais hélas! C'est l'éternelle histoire du masque et du visage : une parade qu'on joue sur son cœur!

Adieu. Du courage. Nous vous aimons et sommes à vous.

Jules.

Des lettres, n'est-ce pas? et ne comptez pas vos lignes sur les nôtres; j'ai une famille que mon encrier a perdu de vue depuis une demi-douzaine de mois. Cela va me coûter quatre pages, — et ce qu'il y a de plus triste, c'est qu'elle me le rendra.

A LOUIS PASSY

Mardi, 17 septembre (1856).

Mon cher ami, j'ai trouvé, en arrivant de Croissy, ta première lettre qui m'attendait. Je reçois aujourd'hui la seconde qui nous donne rendez-vous. Je te remercie de nous avoir tenus en éveil : cela nous a donné le temps de faire blanchir nos douze douzaines de chemises. Rose assure que nous sommes prêts. Donc lundi, nous arrivons, nous, notre malle et notre appétit. Nous ne te remercions pas, parce que nous te remercions beaucoup et de cœur.

Eh bien, non, mon ami, nous n'allons pas, ou nous n'avons pas été aussi bien que toi. Quand je dis nous, c'est Edmond qui a eu, il y a une quinzaine de jours, une terrible esquinancie, qui ne m'a pas laissé vivre trois ou quatre jours. Les sangsues ont fini par en avoir raison, et Dieu merci, voilà encore de mauvaises heures derrière nous.

Cristi î Gisors va-t-il me sembler un paradis après ce purgatoire !... La nouvelle folie du jeune Alphonse est de vous faire boire du Champagne, à tous les repas. Je suis chargé officiellement de t'inviter en son nom à chasser le faisan dans le parc, à ton retour de Gisors; si tu veux qu'il t'écrive, il t'écrira. Il tient

absolument à t'héberger dans une tourelle, et à. te faire assassiner quelque chose. Au reste, ses faisans ne sont pas une blague; j'en ai tant mangé, que je crois, que si j'avais un fusil, le goût de la chasse, la vue plus longue, le coup d'œil juste et la chance, — je serais capable d'en tuer un.

Chambry1 est un homme charmant à qui j'ai parlé de toi et de Corneille (Thomas). À propos, une magnifique lettre de Pierre Corneille (toute sur le Cid)> vendue l'autre jour à Londres, cinq cents francs.

Je ne sais rien que.... ce que je te dirai lundi.

A lundi, à lundi.

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