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Il était alors premier secrétaire d'ambassade à Berlin

n'entendions parler que de notre pièce; et au restaurant, nous nous trouvions entre des tables qui ne s'entretenaient que de nous. Je ne t'écris pas tous les dessous — très graves et très menaçants, selon moi, pour l'avenir « de l'affaire », — tu les sais et tu les devines. *

Enfin la bataille était tout à fait gagnée à la sixième, grâce à ces furieuses amitiés d'inconnus que font les haines injustes, quand on nous a cassé le cou administrativement. C'est une concession aux Pipe-en-bois, dont on verra les suites plus tard. Là-dessus nous sommes partis pour dix jours au Havre, contempler l'Océan pour nous reposer du public: et nous voici de retour, calmes, reposés, sans amertume, et prêts à survivre à nos ennemis, pour leur être désagréables.

Maintenant parlons de toi. On m'a dit chez Mme M... que vous alliez tous bien. Écris-moi longuement, je ne dis pas ce que tu deviens, mais ce que tu fais. J'ai lu dans les journaux de là-bas, bien des bruits de changements ministériels qui touchaient près de toi, et ici assez près de nous. Mais on me dit que le vent n'y est plus.

Excuse cette lettre si courte. Nous avons encore un tas de courses qui nous restent à faire. Nous nous revengerons par une longue et bavarde épître, au premier jour. Embrasse tes enfants pour nous, serre la main de ta femme, et crois-nous, au milieu de toutes nos luttes, et malgré notre silence, tes vieux amis et tes bien chers camarades l.

Jules de Goncourt.

1. A propos de la chute d'HENRiETTE Maréchal, je donne une curieuse lettre de Sainte-Beuve, adressée à M. Je comte Lefebvre de Béhaine.

Ce 30 décembre 1865.

Cher monsieur,

« Pour être plus lisible, permettez-moi de dicter cette lettre quoiqu'elle soit toute confidentielle. Vous qui n'étiez pas ici (j'ai déjà dit qu'il était à Berlin), vous ne sauriez vous figurer l'absurdité et la déraison de cette bourrasque, à propos de la pièce de nos amis. La seule objection sensée et spécieuse, qu'y pouvaient faire des hommes de tradition, et de routine, c'est que l'ouvrage eût été mieux partout ailleurs qu'au Théâtre- Français, mais on ne s'en est pas tenu là. L'idée d'une protection spéciale de la princesse a dominé les malintentionnés et a gagné le bon public qui ne croit pas aux purs mensonges, et qui s'imagine qu'il y a toujours quelque chose de plus ou moins fondé dans une calomnie. Notez que s'il y avait eu quelque chose de vrai dans cette protection, c'eût été tout à l'honneur de la princesse, et on eût dû plutôt l'en remercier. Loin de là, ça été le point de départ de toute une série de méchants propos, d'insultes, de lettres anonymes. Sacy en a reçu une, rien qu'à propos de quelques lignes, qu'il a signées imperceptiblement dans les Débats. La princesse était mêlée à tout cela d'une manière odieuse. A vous dire vrai, il règne en ce moment de très mauvais symptômes : c'est tout un ensemble, mais ce qui était innocent ou louable, il y a deux ou trois ans, est incriminé aujourd'hui. Désordre des écoles, petite émeute en faveur des compromis de Liège, cabales dans les théâtres de la rive droite, fureurs, manifestations plus que patriotiques en faveur de quelques arbres du Luxembourg, etc. Si vous étiez un diplomate étranger, résidant à Paris, vous auriez une belle dépêche à écrire là-dessus à votre gouvernement...» Et Sainte- Beuve termine en disant : « La position de nos amis est excellente... L'opinion est excitée, l'attention est sur eux : tant mieux pour leur prochain roman ou leur prochaine pièce. Ils sont maintenant en pleine lumière et en rase campagne. »

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