A GUSTAVE FLAUBERT
(avril 1866).
Mon cher ami.
Pardonnez-nous la petite surprise de vous avoir dédié ce volume *. Nous aurions voulu à l'instar d'un de nos amis, vous offrir « un chef-d'œuvre » . Tel quel, nous vous offrons ce bouquin, comme un souvenir de toutes les sympathies que nous portons au « bonhomme » que vous êtes, et que nous aimons de tout cœur.
E. J. DE GONCOURT
1. Idées et sensations, Paris, librairie Internationale, 1866.
A THÉOPHILE GAUTIER
4 mai (1866).
Cher maître et très cher ami,
Nous espérons vous revoir, rue de Gourcelles, mercredi. Vous seriez bien, mais bien aimable, si vous trouviez d'ici-là le temps de nous copier, de votre jolie écriture, le prologue ci-joint, qui compléterait avec votre souvenir, notre exemplaire de Henriette Maréchal « vierge et martyre » .
Merci d'avance. Nous vous serrons vos deux mains dans les quatre nôtres.
J. DE GûNCOURT.
A PHILIPPE BURT Y
(... mai 1866).
Mon cher Burty,
Bien des remerciements. — Vous savez que vous nous obligerez, en parlant du Costume de Pauquet. C'est un très joli livre, utile, profitable, consciencieux et tiré des bonnes sources, ainsi que vous avez pu le voir.
Propager Debucourt dans les masses — là est l'avenir.
Tout à vous.
Jules de Goncourt.
A propos, le papier vergé pour les tirages 1 est une blague — quand il est sec. Et puis le chine volant aussi. Je le proclamerais sur Péchafaudl
l.Les tirages d'eaux fortes, pour lesquels mon frère n'aimait que le papier du Japon.
A FLAUBERT
Trouville, 9 juillet (1 S66 ?), Hôiel du Bras-d'Or.
Pas un mot de vous, grande canaille aimée. Mais un ami étant un homme auquel on pardonne tout, même le silence, je vous écris pour vous rendre un service.
Attention ! Voici votre ordre du jour :
1° Vous faire la barbe tous les jours.
2° Commander un petit arc de triomphe chez Godillot, avec verres de couleur et inscriptions analogues à la circonstance, ainsi que des M majuscules.
Ceci est pour vous dire que Son Altesse Impériale, madame la princesse Mathilde, suivie de la princesse Prinioli, née Bonaparte, se promettent de descendre inopinément à Croisset, pour y surprendre les mœurs secrètes de l'homme de lettres, en votre personne. Cette fête qui, malheureusement pour vous, n'a pas de date précise, doit se passer vers le 25 de ce mois-ci ; quand la marée, m'a-t-on dit, pourra conduire le bateau de Rouen au Havre. Ce renseignement ne me paraît pas très hydrographique, enfin voilà ! Moi si j'étais que vous, je m'habillerais en Turc, vous en avez le costume, le physique et les mœurs, polisson ! Une chose aussi qui vous poserait très bien, ce serait
d'avoir quelques maîtresses chez vous, dans le jardin, au milieu des fleurs.
Nous causons de vous avec le gas d'Osmoy. Nous vous faisons tous nos compliments de votre riposte au critique. Il est impossible d'être plus respectueusement méprisant pour les objections à la Désaugiers et les arguments tirés de la gaudriole française1.
Écrivez-nous un petit mot, hein ? Et le travail?
A vous des quatre mains.
1. La réponse de Flaubert à Sainte-Beuve, à propos de Salammbô.
A PAUL DE SAINT-VICTOR
20 juillet 1866.
Mon cher ami,
Je m'empresse de vous répondre.
Je vous ai retenu, pour mardi, une chambre aussi bonne que possible, avec un fauteuil à sieste et une table à idées.
Le nommé canapé est absent dans ces parages.
Nous nous réjouissons de vous voir. Nous irons ensemble, aux premiers jours, embrasser la filleule.
Trouville nous paraît assez modeste cette année. Mme de Morny a à peu près perdu un doigt dans un accident de voiture; nous passons notre temps à travailler du matin au soir : Et voilà! Mais, vous jouirez ici d'un petit air frais bien agréable.
A mardi, Cordialement,
Jules de Gojscourt.
AU COMTE LEFEBVRE DE BÉHAINE
Trouville, 18 août 1866.
Mon cher Ned,
Nous t'envoyons toutes nos félicitations bien sincères et bien cordiales pour cette bonne ligne du Moniteur \ que nous avons eu bien du plaisir à lire — et que nous attendions bien un peu. Tu nous connais et tu sais que tes joies sont les nôtres.
Nous avons lu tes articles dont nous sommes enchantés. D'abord cela apprend à des ignorants, commenous, bien des choses qu'ils ne savent pas. Puis ce point de vue tout nouveau de l'Empire, considéré de l'étranger, est profondément intéressant. Ta bataille d'Essling est un superbe morceau. Je vais me jeter au casino sur la Revue, où est ton dernier article. Et dans ma première lettre, je te donnerai un compte rendu détaillé de nos sensations et jugements, sur ton travail si clair, si lucide et si bien ordonné.
Car ceci est un souvenir, une poignée de main, non une lettre. Je n'ai point le temps en ce moment de t'écrire. Nous sommes depuis six semaines dans
i. La rosette d'officier de la Légion d'honneur.
un travail fou, et d'un acharnement régulier f. En te disant que je n'ai vu ici ni un bal, ni une fête, ni perdu une soirée, je n'exagère rien. Mais, Dieu merci, nous voilà au bout de cette grosse machine, et nous comptons aller respirer, prendre un mois de vrai far niente, sur le lac de Corne, en septembre, dans la villa de la princesse que tu sais.
Nous avons bien pensé à toi, tous ces temps-ci. Nous te voyions à travers les journaux, comme l'estafette de l'Histoire 2. Que de choses tu as dû voir — et retenir. Ce sera pour Y Histoire des cabinets de l'Europe du second Empire, n'est-ce pas?
Tous les tiens vont-ils bien?
Écris-nous, ne nous oublie pas, et crois nous, mon vieux Ned, tes vieux et chers amis,
J. DE GONCOURT
Écris-nous à Paris, nous reviendrons avant la fin du mois.