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Nous travaillions alors à En

4i LETTRES DE JULES DE GONCOURT

six heures; à six heures appétit de montagne et dîner avec un tas de petits plats insubstantiels et creusants, viandes incroyables (ô Taverne anglaise, où es-tu?); conversation gracieuse, artistique et littéraire avec une famille parisienne : spécialement avec une jeune personne qui s'occupe de peinture et en parle; sept heures, promenade au murmure de la Dala, et pipes d'Edmond; huit heures, on se met à dégoter les plus grands parmi les meilleurs; dix heures, les quatre rideaux des quatre fenêtres de notre chambre se ferment, Phœbé s'assoit sur l'hermine des neiges, pionce à volonté.

Si tu coupes cette vie patriarcale et amphibie, de quelques excursions et ascensions casse-cou, telle que la montée à ce fameux village des Échelles, montée proverbiale : éperons du touriste, — tu auras l'énuméré complet de toutes les jouissances, distractions, nourritures, baignades, etc., etc., des deux Parisiens de Louèche.

Une chose qui nous désole, c'est de n'avoir pas la poussée. La poussée, mon cher ami, c'est l'effet, le miracle, c'est le bienfait des eaux d'ici. Sans poussée point de salut. La poussée, mon cher ami, vous fait rouges comme des homards, boutonneux à dégoûter... mais sains avec délices; et nous sommes aussi blancs qu'on peut l'être !

Si j'ajoutais que nous piochons, que la Suisse est une chose très belle et dont la beauté a résisté à toutes les cartes de visite des insulaires, que les montagnes sont parfaitement grandioses, mais qu'elles ont le fort de se copier, et que les 3,500 et quelques pieds que nous avons sur la tète, ne semblent plus étonnants le second jour...

Passons à Paris, et à toi. As-tu suivi la vente Monmerqué? Les poètes français se sont-ils vendus cher ? D'Aubigné? — figure-toi qu'il n'y a pas plus de d'Aubigné à Genève que chez Potier, et d'ailleurs les bouquinistes de la patrie de Necker sont d'une cherté incroyable. Nous avons un peu bouquiné à Dijon; il y a de bonnes affaires dans les livres gothiques, mais cela ne nous regarde pas. J'ai acheté un petit livre réglé (tu connais mon goût), et Edmond quelques volumes. Rien de curieux du reste... Nous comptons être plus heureux à Strasbourg et à Nancy.

Que fais-tu, mon cher brûleur d'huile? Est-ce Caumont ou Justinien qui fait pencher la balance? Ou bien ce Thomas (Corneille) que tu parviendras à faire intéressant, de désespoir de ne le pouvoir faire grand1.

A propos de Corneille,, je viens de lire dans un journal tombé du ciel (car tu sauras qu'ici il n'y a pas de poste, et que je soupçonne les feuilles quotidiennes d'être des aérolithes) que la fête de Poussin va être magnifique et ornée d'une pièce de vers d'un M. Crémieux. Qu'elle te soit légère.

Je suis éreinté des bains, je n'ai plus rien à te dire, j'avoue que je ne t'ai écrit que pour avoir une réponse... Nous serons à Paris vers le 3 juillet. Je te donne une bonne poignée de main.

Jules.

1 . A cette époque, M. Louis Passy travaillait à une étude sûr Thomas Corneille, qui a été couronnée par l'Académie de Rouen.

A LOUIS PASSY

Neufchâteau, ce 7 septembre 4851.

Ouf! mon cher Louis. Mais, me diras-tu...? Ouf! ça a commencé le 28 août, et ça a continué jusqu'au 6 septembre. Et le mois d'août a 31 jours, à deux repas par jour. Le calcul est facile... Cinq verres et qui ne chômaient pas! Six heures d'inglutition ! Et dessert, café, liqueurs, et phrases gantées de blanc ! Ni trêve, ni repos! Garçon d'honneur, organisateur, commissaire des fêtes ! Une cuisine — quelle cuisine ! — décrétant l'appétit. Cloches en branle, gamins en émeute, les postillons brassardés de satin blanc, calèches, robes blanches, le oui fatal, le poêle à bras tendus1, — et toujours, toujours avant et après, les casseroles qui chantent, les sauces qui gargouillent, et les estomacs qui rechargent sans prendre carrière. Ouf! Ouf! Ouf!

Ah! çà, mon cher et très digne ami, la première fois que tu m'enverras chercher des livres à la Bibliothèque, tu m'en diras le format. Ce Code Théodosien est

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