‹ LettresChapitre 103 sur 151 · où maître Jacques est bon à tout, acte lll, se · texte numérisé non relu

où maître Jacques est bon à tout, acte lll, se

3. M. de Guibert émerveillait beaucoup ses contemporains par cette rapidité dans ses lectures. « Il lit cinq ligues de gazette d'un coup-d'œil. Vous concevez, au moyen de l'activité de cet organe chez lui, combien il doit avoir menblé sa mémoire. On assure qu'elle ne fait point tort à son imagination et même à son raisonnement; qu'il digère sa lecture aussi rapidement qu'il la fait. Od raconte qu'ayant parié de digérer cinq gros volumes en une nuit d'un livre assez abstrait, il en rapporta pour preuve le lendemain un extrait du plan et des principaux détails exact et assez étendu. (L'Espion anglais, 1779, t. II, p. 279.)

sassiez avec lui, et vous verriez qu'il est bien supérieur aux gens qui le jugent avec prévention et avec passion. — Il y a quelques jours que vous me mandiez, sans doute pour me ravir jusqu'au ciel : C'est d'ici que je vous dis que je vous aime, d'ici où je suis aimé, où je suis occupé, tranquille, etc. Eh ! mon ami ! cela court les rues que d'êlre aimé lorsqu'on est jeune, lorsqu'on a une figure aimable, lorsqu'on a les soins et les manières d'un homme qui prélent à plaire et lorsque surtout toutes les actions de sa vie prononcent que l'on ne tient fortement à rien; e comment ne seriezvous pas aimé? les fats et les sols le sont bien! M. de

B est adoré de sa femme- qui est jeune, jolie et

aimable; et ce qui me confond, c'est qu'il n'a pas la tôte

tournée : il ne croit pas comme le comte de C , qu'il

auroit été choisi ; il se souvient que ce sont 25,000 liv. de rente qui ont fait son mariage. iMais savez-vous ce qui est piquant, ce qui est rare, ce qui est extraordinaire, ce qui lient du prodige, quoiqu'il y en ait quelques exemples, comme ceux de Diane de Poitiers, de madame de Maintenon, de mademoirelle Clairon ' ? c'est de pouvoir dire : je suis aimée, lorsqu'on est vieille, laide, triste, malade et abîmée dans le malheur, et surtout lorsqu'on peut se dire: je suis ainiée d'un homme aimable et honnête, qui est dans celte saison de la vie où l'on est plus délicat et plus difficile, et où l'on est cependant en droit de prétendre à tout et de mériter d'élre préféré : voilà, mon ami, ce qui vaut la peine d'être dit, parce que cela est miraculeux. Mais lirer vanité d'être aimé de sa femme, lorsqu'on est charmant, et que, du matin jusqu'au soir, et du soir jusqu'au matin, onveutlui persuader et lui prouver qu'on est passionnément amoureux! eh! fi donc; cela est si commun ! Lecomle de C. dit de même el jouit de même ; mais à la vérité, je ne crois pas qu'il y ail aucune créature qui soit tentée de se mettre en tiers, et qui soit assez abandonnée pour réclamer le surplus de cette grande passion. Adieu, mon ami; je ne sais pourquoi j'ai été vous entretenir de tout cela. Si j'ai de la fièvre, je n'en ai pas assez pour que ce soit du délire; mais j'ai du plaisir à causer avec vous, et je dis tout ce qui me

1. Celte célèbre tragédienne, née en 1723, morte en 1803, alors toute paissdnte à la eour du margrave de Bareuth, se trouvait en ce moment même . Paris, où l'on parlait beaucoup d'elle. {Mém. de Dachaumont, t. VllI, p. 196 et 203.)

vient. Ecrivez-moi donc, j'ai besoin d'ôtre consolée et soutenue : mon âme et mon corps sont dans un déplorable état. Mon ami, vous êtes à quatorze lieues : c'est bien loin, €t cela seroit bien prés, si Mais adieu.

Mardi, quatre heures, 17 octobre 1T75.

'attendois le facteur : je voulois une lettre de vous, mais •vous ne l'avez pas voulu. J'ai vu le timbre de Fontainebleau sur une lellre, j'en ai respiré plus à mon aise, et puis j'ai vu ma méprise. Oh! non, cette lettre n'étoit pas de vous. Mon Dieu ! que je suis folle et injuste, et surtout que je suis malheureuse ! Mon ami, si je pouvois ne vous pas aimer, si je pouvois aimer ce que je n'aime point, peutêlre que ce qui me reste à vivre ne seroit pas dévoué à un supplice qui met mon corps et mon Ame à la torture. Cependant je suis moins souffrante aujourd'hui : j'ai pris de l'ipécacuanha en grande dose, qui m'a d'abord fatiguée à mourir ; mais il me semble qu'il a rendu de lair à mes poumons : hier je ne respirois pas. Mon ami, je ne sais pourquoi je vous parle de ma santé; quand je vous vois, je ne vous en parle jamais : mais c'est qu'alors je ne souffre plus. Comment n'ainieroil-on pas un peu une créature à qui l'on fait tant de bien, et surtout à qui l'on fuit tant de mal? Ah 1 pourquoi aime-t-on, et pourquoi n'aime t-on pas? Qui sont les sots, ou les âmes de glace qui ont jamais su en rendre comple? Le chevalier ne manqueroit pas de nous l'apprendre, et il sera toujours bien plus content d'aNoir fait un raisonnement que d'éprouver un sentiment. L'on m'a dit qu'il en avoit eu un pénible, ces jours passés, à une représenlation d'une pièce de M. de Savaletle • qui fut applaudie avec transport, et que mesdames de Crammont et de Beauveau ne pouvoient cesser de louer. Le chevalier eu étoit dépilé, et il ne put jamais cacher son

i. Cousin germain de la marquise de Cléon et frère de la comtesse de Revel ■de madame Grimod du Fort, comtesse d'Orsay, morte en 1742, et d(jmadaiii« Du pleii du Perron,

mécontentement. Madame de Gléon' fit de même, et tous deux jouèrent le plus détestable rôle dans leur société. Je vous dis là le secret de l'église, et non pas celui de la comédie. Pour remonter un peu leur amour-propre, il donne aujourd'hui Roméo et Juliette, suivi d'Agathe. Madame de Beau veau a retardé son départ pour assister au triomphe, et pour le faire ; mais je me meurs de crainte que Roméo ne tue le succès d'Agathe. Ce Roméo, mon ami, le connoissez-vous? Cela n'est pas mauvais, cela n'est pas médiocre, cela n'est pas mémo ennuyeux; mais cela est monstrueux, cela est à faire fuir. J'ai entendu dire à la comtesse de B.... * que cela était beau comme Corneille, et meilleur que la pièce anglaise. J'élois avec elle à la première représentation; et moi, j'étois animée si différemment, que je désirois deni'évanouir pour être emportée de cette salle. C'étoit moi sans doute qui avois tort; mais il m'est impossible d'être à froid, et de me composer un avis contre mon sentiment.

J'envoie cette lettre à M. de Vaines; je ne doute pas que vous ne soyez avec lui à Montigny. Mon ami, les lieux, les personnes, les choses, le charme de tout cela vous aura-t-il laissé la liberté de penser que vous pouviez m'écrire par Nangis? Vous êtes arrivé dimanche à Fontainebleau ; si vous m'aviez écrit lundi matin, j'auroiseu de vos nouvelles aujourd'hui : mais vous avez voulu voir tout à la fois la Reine, M. de Duras, les ministres, vos amis, vos connoissances, ceux qui ne le sont pas ; enfin il faut bien tout voir, tout entendre, tout savoir. On a des affaires, on les fait mal, mais n'importe, on a beaucoup vu, beaucoup été, et au bout de la journée, l'on est Gros- Jean comme devant; mais l'on a satisfait à cette charmante activité de l'écureuil, et l'on se dit que dans dix ans, l'on aura une tête et des affaires mieux

i. Geueviève Savalette, née vers l''32, belle-fille d'un neveu de Voltaire, M. de La Houlière, k'qiiel avait épousé sa mère, mariée, le 7 septembre 1748, à Jean de Oléon, marquis de Gléon, morte à Vicence en 1795. Elle est l'auteur d un liecueil de coinédies nouvelles Paris, 1787, iu~8°), dont le chevalier de Cliaslellux se fit l'éditeur, et qui contient l'ascendant de la verlu ou la Paiisiinne philosophe, la Fausse sensibilité et le Nouvelliste provinciaL On lit dans rAverlissemenl « que, si madame la marquise de Gl... n'a composé Fes comédies que pour employer des heures de retraite et de loisir, elle a cédé ensuite à l'cpinion de ses amis, qui s'est trouvée plus favorable à ses ouvrages que la sienne propre, et qui l'a déterminée à prendre le public pour ju^e entre eux et elle; a et encore « jue ce volume sera bientôt suivi d'uo autre si le succès répond à son allcnte, • Ce second volume n'a jamais paru.

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