‹ LettresChapitre 108 sur 151 · N'approche pas, ô mort! ô mort! retire-toi · texte numérisé non relu

N'approche pas, ô mort! ô mort! retire-toi

(La Fo.ntaink, Fables, liv. I, 15.)

je meurs : cela satisfait à tout, cela remplit tout. Mais savez-vous ce qu'il faut faire de Teffroyable sentiment que vous me supposez? un calmant pour le vôtre, auquel mon danger a donné un moment de vigueur : il faut vous refroidir, vous endurcir, fuir une malheureuse créature qui ne répand plus que la tristesse et l'effroi; enfin, il faut vous amènera la disposition, où lorsque révénement arrivera, vous n'en éprouverez ^ plus aucun mal. Voilà ce que ma générosité et mon intérêt pour votre repos me font vous conseiller, et c'est du fond de mon Ame. N'allez pas m'opposer la morale ; mon ami, on ne doit plus rien à qui a renoncé à tout ; tout pacte, tout lien, tout est rompu. Vous le voyez ! non, mon Ame est impénétrable à toute consolation; à peine osé-je me promettre quelque moment de soulagement à mes maux physiques : je les crois aussi incurables que ceux de mon cœur. — J'ai cédé à l'amitié en voyant Bordeu: avant qu'il soit peu, la même amitié gémira de l'inutilité des secours. Bonsoir; je souffre beaucoup; je voudrois bien que vous ne puissiez pas dire de même.

Songez que c'est demain votre jeudi. Vous avez la bonté de l'oublier : je dois m'en souvenir.

LETTRE GLXXIII

Six heures du soir, 1776.

Oui, J'entends bien votre générosité. Vous voudriez qu'un autre me rachetât à la vie, ou du moins m'enlevât à la mort. Que de grâces je vous dois! le sentiment de la haine n'auroit pas mieux fait pour mon bonheur et mon repos. Plût au ciel que vous eussiez répondu à ces avances si indiscrètes et si hors de propos, par de la haine! ce sentiment m'eût été moins funeste que celui qui vous a entraîné à me sauver la vie. Mais ce n'est point tout cela que je voulois vous dire. Je voulois vous remercier de m'avoir donné de vos nouvelles, et de m'avoir demandé des miennes : elles sont pis que jamais, mais trop bonnes encore.

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