Voir plas loin, p. S58, et
1. t Ce n'est que depuis sa raort, dit Grimm, qu'en Tient de dëeonTiir que madame Geoffrin lui faisait, depuis plusieurs années, une pension de mill* écus, et c'était toute sa fortune. » [Corresp., 1830, t. II, p. 82.)
Su 11 MADEMOISELLE DE LESl'lNASSE. XVII
vint l'y rejoindre, associant définitivenient sa vie ù la personne qu'il aimait depuis huit ans déjk et dont il se croyait aimé. Ce fat, de la part de mademoiselle de Lespinasse, une grave résolution, pour laquelle elle consulta plus son cœur que sa raison. Quelle qu'ait été dans la suite la conduite de mademoiselle de Lespinasse envers d'Alembert, il est difficile de croire qu'alors elle n'ait pas été sincère dans les tendres sentiments dont elle lui fit l'aveu, et dont elle lui donna dans cette circonstance même une si évidente et une si compromettante preuve. Un jour vint où il put en douter; mais croyons qu'elle parlait selon son cœur quand, vers 1763, elle lui disait « que son sentiment pour lui la rendait heureuse jusqu'il être effrayée de son bonheur ^ » Une maladie grave de d'Alembert vint d'ailleurs, au mois de j uillct 1 763, vaincre les dernièies hésitations de mademoiselle de Lespinasse, en fournissant ce prétexte dont aux yeux du monde et même aux siens elle avait sans doute besoin. Le récit de Marmontel témoigne tout à la fois de la complaisance que la société montra pour cette association d'un genre "ûlus délicat, succédant si promptement à celle qui venait de se rompre à Saint-Joseph, et de l'habileté avec laquelle la chose fut menée.
« Ils demeuraient loin l'un de l'autre, dit Marmontel, et, quoique dans le mauvais temps, il fût pénible pour d'Alembert de retourner le soir de la rue de Belle-Chasse à la rue Michel-le-Comte, oij logeait sa nourrice, il ne pensait point à quitter celle-ci. Mais chez elle il tomba malade, et assez dangereusement* pour inquiéter Bouvard son médecin. Sa maladie était une de ces fièvres putrides, dont le premier remède est un air libre et pur. Or son logement chez sa vitrière était une petite chambre mal éclairée, mal aérée, avec un lit à tombeau très-étroit. Bouvard nous déclara
1. Voir kVappendice, p. 374, Aux mânes de mademoiselle de Lespi- *atte.
jVIII NOTICE
que l'iacommodité de ce logement pouvait lui être trèsfuneste. Watelet lui en offrit un dans son hôtel, voisin dv boulevard du Temple; il y fut transporté *; et mademoiselle de Lespinasse, quoi qu'on en pût penser et dire, s'établit sa garde-malade. Personne n'en pensa et n'en dit que du bien. D'Alembert revint à la vie, et dès lors, consacrant ses jours à celle qui en avoit pris soin, il désira de loger auprès d'elle. Rien de plus innocent que leur intimité, aussi fut-elle respectée; la malignité même ne l'attaqua jamais; et la considération dont jouissait mademoiselle de Lespinasse, loin d'en souffrir aucune atteinte, n'en fut que plu? honorablement et plus hautement établie '. »
Il paraît bien, en effet, que la considération de mademoiselle de Lespinasse ne souffrit pas de cette vie commune avec d'Alembert, mais ce fut bien plus par suite de l'indulgence dont la société fort légère de cette époque avait besoin pour elle-même, que par l'illusion qu'elle put se faire sur la nature des relations qui existaient entre deux personnes, dont l'une avait trentedeux ans et l'autre quarante et un. David Hume, qui alors était encore à Paris, parlant de la visite qu'il fit à mademoiselle de Lespinasse, avec laquelle il devait bientôt former une amitié durable, dit assez crûment qu'il a été voir « la maîtresse de d'Alembert, l'une des femmes les plus sensibles de Paris'. » D'Alembert lui-