Zaïre, acte lY, se
les miens que j'aurois tendus vers vous. Votre contenance, vos discours, voire silence même, tout sembloit me défendre de vous approcher. Je me flattois quelquefois de vous rappeler par mes larmes; mais le triste état de votre machine souffrante et détruite, me faisoit craindre même de vous attendrir. Pendant neuf mois j'ai cherché le momenide vous dire tout ce que je souffrois et tout ce que je sentois; mais pendant neuf mois je vous ai toujours trouvée trop foible pour résister à la triste peinture et aux tendres reproches que j'avois à vous faire. Le seul instant où j'aurois pu vous montrer à découvert mon âme abattue et consternée, a été l'instant funeste où, quelques heures avant de mourir, vous m'avez demandé ce pardon déchirant, dernier témoignage de votre amour, et dont le souvenir cher et cruel restera toujours au fond de mon cœur. Mais vous n'aviez plus la force ni de me parler, ni de ra'entendre; il a fallu, comme Phèdre, me priver de mes pleurs ', qui auroient troublé vos derniers momens; et j'ai perdu sans retour l'in.-tant de ma vie qui m'eût été le plus précieux, celui de vous dire encore combien vous m'étiez chère, combien je parlageois vos maux, combien je désirois de finir avec vous les miens. Je paierois de tout ce qui me reste à vivre cet instant que je ne retrouverai plus, et qui, «n vous montrant toute la tendresse de mon cœur, m'auroit peut-être rendu toute celle du vôtre. Mais vous n'êtes plus! Vous êtes descendue dans le tombeau, persuadée que mes regrets ne vous y suivroient pas! Ah! si vous m'aviez seulement témoigné quelque douleur de vous séparer de moi, avec quelles délices je vous aurois suivie dans l'asile éternel que vous habitez! Mais je n'oserois pas môme demandera y être mis auprès de vous, quand la mort aura fermé mes yeux et tari mes larmes : je craindrois que votre ombre ne repoussât la mienne, et ne prolongeât ma douleur au-delà de ma vie. Hélas! vous m'avez tout ôté, et la douceur de vivre, et la douceur même de mourir. Cruelle et malheureuse amie! il semble qu'en me chargeant de l'exécution de vos dernières volontés, vous ayez encore voulu ajouter à ma peine. Pourquoi les devoirs que cette exécution m'imposoit, m'ont-ils appris ce que je ne devois point savoir, et ce que j'aurois désiré d'ignorer? Pourquoi ne