La Harpe, Corrtsp. litt,, t I, p
NOTICE
encore noble et pleine de grâce. Mais ce qu'elle possédait, ce qui la distinguait par-dessus tout, c'était ce premier charme sans lequel la beauté n'est qu'une froide perfection, la physionomie : la sienne n'avait point un caractère particulier, elle les réunissait tous^. » Ce rare mélange de noblesse dans le maintien, et d'extrême vivacité dans la physionomie, fut évidemment le caractère distinctif de sa personne. C'est là surtout l'image que d'Alembert se plaît à lui en présenter à elle-même : «Je ne parlerai point de votre figure; vous n'y attachez aucune prétention... je dirai cependant de votre extérieur, ce qui me parait frapper tout le monde, que vous avez beaucoup de noblesse et de grâces dans tout votre maintien, et, ce qui est bien préférable à une beauté froide, beaucoup de physionomie et d'âme dans tous vos traits*.» — Dans sa mise, « elle donnait l'idée de la richesse qui, par choix, se serait vouée à la simplicité.»— Comme il arrive souvent aux personnes pour qui les épreuves de la vie ont commencé de bonne heure,, ce qui manquait à mademoiselle de Lespinasse, c'était, au dire de Grimra, cet air de jeunesse où le bonheur entre pour une si grande part. « Sa figure, dit-il, n'a jamais été jeune®. »
Son âme le fut toujours. Ardente, animée comme la flamme, cette âme en avait aussi la mobilité. « Elle était si active, si animée, si vivante 1 » s'écrie Guibert. Plus loin, il parle de cette abondance de vie » dont il se dégageait comme des effluves magnétiques qui « électrisaient les cœurs les plus apathiques ^ » Pour Marmontel, c'est « une âme ardente, un naturel brillant, une imagination romanesque*. » « Elle était née, dit Grimm, avec des