LaHarpe, Corrf«p. hit. , t. VI, p
3. Ibid., t. I, p. 319. — Le 26 février 1773, madame du Deffand écrivait à H. Walpole, en lui envoyant VEssai ; t Si ce livre que je vous envoie ne vous plaît pas, prenez- vous-en à lui (M. Burke); il me l'a tant vanté, que je me suis imaginée qu'il vous ferait plaisir. On a quelques difficultés à l'avoir ; on en a fait une seconde édition, à laquelle on a mis des cartons, celle-ci n'eu a point; c'est le discours préliminaire» qui charme tout le monde. • (Corresp. de madame du Deffand, 1865, t. :t, o 417.)
Ln NOTICE
chemins. » C'était le héros littéraire du moment. «Les femmes surtout, dit La Harpe, le prirent sous^ leur protection... J'ai entendu dire à une grande dame,, qui ne manquait pourtant pas d'esprit : C'est Corneille, Racine et Voltaire fondus et perfectionnés. Et dans un grand cercle on agita pendant toute une soirée cette question: lequel était plus à désirer d'être la mère> la sœur ou la maîtresse de M. de Guibert ^. »
Né en 1743, le comte de Guibert^ était fils d'un lieutenant général des armées du roi, gentilhomme originaire de Montauban, et d'assez petite noblesse, mais doué de courage et de talent militaire, qui avait longtemps servi dans le régiment d'Auvergne, l'un des plus braves de l'armée française, et s'était distingué à Dettingen, à Raucoux, et en dernier lieu dans la guerre de sept ans où il avait servi de major général au maréchal de Broglie. Lui-même, après d'assez bonnes études à Paris, mais plutôt ébauchées que finies, avait, en 1756, âgé de treize ans seulement, commencé l'apprentissage des armes dans ce même régiment d'Auvergne, que son père avait commandé, et oii servait encore ce chevalier d'Assas qu'une mort héroïque allait bientôt illustrer. Il avait pris part aux trois dernières campagnes de la guerre de sept ans dans l'état-major de l'armée du ma-
1. La Harpe, Corresp. litt., t. VI, p. 6. — Grimra a dit : « Partout iï t'est vu comblé d'éloges. Une jeune duchesse de dii-Luit ans, ne sachant comment exprimer Testime qu'elle avait conçue pour lui, dit avec naïveté : € Moq Dieul que l'on serait heureuse d'être la mère d'un tel homme t • {^Corresp. de Grimm, t. YIII, p. 199.)
2. Voici l'acte baptistaire de M. de Guibert, tel qu'il a été relevé par M. Forestié dans sa A'o<tce biographique, Montauban, (855, in-8': Jacques- Antoine-Hippolyte, CIs légitime et naturel de messire Benoit de Guibert, capitaine au régiment d'Auvergne, et de dame Suzanne Rivail, mariés, de notre paroisse, né le onzième novembre 1743, fut baptisé le lendemain. (Reg. de l'église Saint-Jacques.) — Reçu à l'Académie française le 13 février 1786, en remplacement de Thomas, maréchal de camp le 9 mars 1788, il mourut le 6 mai 1790. Un oncle de son père, le chevalier de Pej'rilles, brigadier, lieutenant-colonel de Roynl-Vaissean, était, au dire de Guibert, • un homme du plus grand mérite, • et mourut au siège de Liotz en 1742
réchal de Broglie. Remarqué par son courage à Filinghausen(17Gl), où il avait eu un cheval tué sous lui, il avait fait preuve, sinon de beaucoup de discipline, du moins d'une véritable intelligence militaire en modifiant, d'après les circonstances, un ordre qu'il avait été chargé de porter. Les loisirs forcés que lui avait faits la paix de 1763, n'avaient pas été perdus pour lui : retiré, avec son père, dans leur modeste domaine de Fontneuve , sur la route de Caussade h. Montauban, il y avait complété son éducation, et médité sur l'organisation militaire prussienne qu'il avait pu apprécier dans la dernière guerre, et que son père avait étudiée de plus près encore dans une captivité de dix-sept mois, conséquence de la défaite de Rosbach. Cette retraite studieuse avait été, d'ailleurs, assez vite abrégée par la faveur du duc de Ghoiseul qui avait appelé le père à Paris pour y élaborer la réforme des ordonnances relatives aux manœuvres des troupes. La même faveur ministérielle s'était étendue au fils, auxiliaire de son père dans cet important travail. Désigné pour prendre part, en 1768, h la guerre de Corse, sous les ordres du maréchal de Vaux, le jeune comte de Guibert se distingua tout particulièrement à la journée de Pontenuovo, qui décida la soumission de l'île entière, et gagna sur le champ de bataille tout à la fois le grade de colonel et la croix de Saint-Louis. Il avait alors vingt-cinq ans. Dans les années qui suivirent son retour à Paris, le jeune officier, dont la disgrâce de Ghoiseul vint sans doute ralentir l'avancement, se tourna vers les lettres, et son début fut cet Essai sur la tactique, qui en un jour le rendit presque célèbre.
Tel, entouré du double éclat de la gloire des armes et de la renommée littéraire, M. de Guibert se présentait à mademoiselle de Lespinasse, au moment même où le départ du marquis de Mora laissait un si grand vide dans son cœur. « Les feux de l'aurore