LIV NOTICE
ne sont pas si doux que les premiers regards de la gloire, » a dit Vauvenargues. Cette aurore plus douce que l'aurore semblait se lever sur M. de Guibert. Mademoiselle de Lespinasse en fut éblouie et charmée. Leur première rencontre se fit sans doute dans ce salon de la Pue de Belle-Chasse, dont M. de Guibert devait désirer les Applaudissements comme une consécration de sa jeune renommée. Mais ce fut chez îe peintre littérateur Watelet, dans sa charmante maison de campagne de Moulin - Joli, sous les frais ombrages que baignaient les flots paisibles de la Seine, et qu'encadraient de leurs ligne.gracieuses les collines de Montmorency et d'Argenteuil, ce fut là, par une journée de ce mois d'août où l'été concentre toutes ses ardeurs, qu'eut lieu l'entrevue fatale, celle qui devait décider du sort de mademoiselle de Lespinasse. Y eut-il une scène à la Clarens où une autre Julie fit à ce nouveau Saint -Preux les premiers aveux ? On peut le croire en lisant ce passage d'une lettre qu'elle écrivait à M, de Guibert. au mois de juin 1773 : « C'est un malheur dans ma vie que cette journée que j'ai passée, il y a un an, au Moulin-Joli: j'étais bien éloignée d'avoir besoin de former une nouvelle liaison; ma vie et mon âme étaient tellement remplies que j'étais bien loin aussi de désirer un nouvel intérêt; et vous, vous n'aviez que faire de cette preuve d»' plus de tout ce que vous inspirez à une personne honnête et sensible^ » C'est à cette rencontre et à ses conséquences qu'il faut vraisemblablement rapporter l'allusion douloureuse qu'elle fait ailleurs à une passion par laquelle elle se sentait fatalement entraînée : « Non, TOUS ne me devez rien : je déteste, j'abhorre la fatalité qui m'a forcée de vous écrire ce premier billet^ » Au