‹ LettresChapitre 63 sur 151 · F.d t. 1 8 H , e( puis encore · texte numérisé non relu

F.d t. 1 8 H , e( puis encore

cet arliclc au chapitre de l'expérience, et nous nous conduirons comme les personnes bien élevées qui savent qu'il n'est pas poli de parler de ses rêves. Nous nous tairons : le silence est si doux, lorsqu'il peut consoler ramour-proprel Vous ne voulez pas me dire quel rang vous m'accordez : tîtes-vous retenu par la crainte de faire trop ou trop peu? cela peutôire selon la justice; mais cela n'est pas noble. Cependant la jeunesse est si magnifique, elle aime à donner jusqu'à la prodigalité, et vous voilà avare comme si vous étiez vieux ou riche. Mais, en vérité, vous me demandez l'impossible : vous voulez que je vous plaigne de ce que vous faites votre volonté; il vous faut livrer des combats pour vous rendre à voire caractère. Eh ! mon Dieu ! encore un peu de temps, et je vous réponds qu'il vous gouvernera en despote : l'habitude de vaincre le fortifiera, et il en a si peu besoin ! Vous vous êtes dit (j'en suis sûre, et il va déjà longtemps) qu'il n'imporloit pas que vous fussiez heureux, pourvu que vous fussiez grand. Laissez faire : je vous réponds que vous serez trés-conséquenl; il n'y a de vague et de flottant en vous que votre sentiment : vos pensées, vos projets, sont arrêtés d'une manière absolue. Je suis bien trompée, ou vous seriez propre à faire le bonheur d'une ûrae vaine, et le désespoir d'une âme sensible. Avouez-lemoi, ce que je vous dis là ne vous déplaît point : vous me pardonnerez de vous aimer moins lorsque je vous prouverai qu'on vous admirera davantage. Vraiment vous me faites une singulière question : a-t-il de meilleures raisons qnp. moi pour cette absence? Ah! oui, il en a de meilleures : il en a une absolue, et telle que, s'il vient à la vaincre, le sacriOce de ma vie ne pourroit pas m'acquitler. Toutes les circonstances, tous les événemens, toutes les raisons morales et physiques sont contre moi ; mais il est si fort pour moi, qu'il ne me permet pas d'avoir un doute sur son retour. Cependant je frémis de ce que je peux apprendre mercredi : il a craché le sang; il a été saigné deux fois; au moment du départ du courrier, il étoit bien : mais l'hémorrhagie a pu recommencer; le moyen de se calmer avec celte pensée? lui-même en craignoit la suite; quoiqu'il ait pensé à me rassurer, j'ai vu sa crainte. A présent dites-moi si vous ne savez pas de qui je vous parle, et dites-moi mieux encore, c'est que vous l'avez su lorsque je vous ai écrit pour vous demander le Connétable? Est-ce de la délicatesse ou de la

finesse qui fait que vous avez paru ignorer un nom que je voustaisois? Mais je ne vous parle pas de votre voyage : c'est que précisément je n'ai rien à vous en dire, puisque vousmême, vous n'êtes pas encore décidé. Si je pouvois croire que je vivrai, et que vous n'irez jamais en Russie, je désirerois vivement que vous fussiez retenu à Berlin ; mais comme je crois que vous aurez toujours le besoin de faire des choses difficiles, je voudrois que, puisque vous voilà en train, vous fissiez le tour du monde, pour que cela fût fait; et puis, peut-on se reposer un moment dans l'avenir? A peine serez-vous de retour que vous partirez pour Mon tauban*, et après, ce seront d'autres projets : car vous ne souffrez le repos que lorsque vous formez le dessein de faire mille lieues. Oui, en bonneur, je pense que c'est un malheur dans ma vie que cette journée que j'ai passée, il y a un an, au Moulin-Joli *. J'étois bien éloignée d'avoir besoin de former une nouvelle liaison; ma vie et mon âme étoient tellement remplies, que j'étois bien loin aussi de désirer un nouvel intérêt ; et vous, vous n'aviez que faire de cette preuve de plus, de tout ce que vous pouvez inspirer à une personne honnête et sensible; mais cela est pitoyable! Estce que nous sommes libres? est-ce que tout ce qui est peut être autrement? vous n'avez donc pas été libre de me dire si vous m'écririez souvent? Pour moi, je n'ai pas la liberté do ne le pas désirer vivement. Après vous avoir bien grondé,

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