‹ LettresChapitre 64 sur 151 · où était né M. de Guibert et où habitait son père · texte numérisé non relu

où était né M. de Guibert et où habitait son père

2 . Célèbre maisca de campagne du peintre- littérateur Watelel, sur les bords de la Seine, et dont le jardin fut l'un des premiers qui aient été dessinas à l'anglaise. Madame Yigée Le Brun l'a décrit ainsi : « Voilà un de ces lieux qu'où n'oublie pas : si beau, si varié, si pittoresque, si élyséen, si sauvage, si ravissant enfin ! Représentez-vous une grande île, couverte de bois, de jardins, de vergers, que la Seine céupait par le milieu. On passait d'un bord à l'autre sur un pont de bateaux, garni des deut colés par des caisses remplies de fleurs que l'on renouvelait à cliaque saison, et des bancs, placés de distance en distance, vous permettaient de jouir longtemps d'un air parfumé et de points de vue admirables; de loin, ce pont, qui se répétait dans l'eau, produisait un effet charmant. Des arbres de haute futaie, d'un ton très-vigoureui, bordaient la rivière à droite ; à gauche, la rive était couverte d'énormes peupliers et de grands saules-pleureurs, dont les branches à douce verdure tombaient en berceau; un de ces saules, entre autres, formait une énorme voûte, sous laquelle on se reposait, on rêvait avec délices. • [Souvenirs de madame Vigée- Le Brun, édit Charpentier, I, 102.) On peut lire la contre-partie de celte description enthousiaste dans le frondeur H. Walpole ; De Bâillon, Lettres d'H. Walpole, p. ii'S. Voir encore les ilém. de Marmonlel, les Eloa** de Vicq-d'AzjT, et l'Essai sur les jardins de Watclet.

je dois pourtant vous dire que vous êtes bien aimable de m'avoir écrit en arrivant •; je leméritois, oui, en vérité.

Jeudi, 24 juin i773.

Trois fois dans une semaine! c'est trop, beaucoup trop, n'est-ce pas? Mais c'est que je vous aime assez pour croire vous avoir inquiété. Vous devez avoir un peu d'impalicnce de savoir si j'existe encore. Eh bien! oui, je suis condamnée à vivre; il ne m'est plus libre de mourir; je ferois mal à quelqu'un qui aiuie à vivre pour moi. J'ai eu de ses nouvelles du 10; elles ne me rassurent pas tout à fait; mais j'espère que cet accident n'aura pas de suite funeste; j'espère même qu'il hâtera son relour, mais les chaleurs lui sont mortelles; il faut donc allendre. Ah! mon Dieu, toujours voir éloigner, différer le plaisir, et être accablé, abîmé par le malheur! Si vous saviez combien j'aurois besoin de me reposer! depuis un an, je suis sur la roue. Vous seul, peutêtre, avez eu le pouvoir de suspendre quelques instans ma douleur, et ce bien d'un moment m'a attachée à vous pour jamais. .Mais dites-moi, ma dernière lettre ne vous a-t-elle point dépluV .Ne suis-je point mal avec vous? j'en serois bien afQigée; mais je suis comme madame Du Châtelet *, je ne connois guère le repentir. Répondez-moi avec la même franchise que j'ai employée avec vous; eslimez-moi assez pour ne pas me dire la vérité à demi, dites-moi tout le mal que vous pensez de moi, et ce n'est pas, comme dit M. de la Rochefoucault », pour le plaisir d'en entendre parler que je vous demande de m'en dire; mais c'est pour juger si vous êtes mon ami, si vous le serez; en un mot,

Page 1