‹ LettresChapitre 66 sur 151 · I. Polyeucle, acte m, sdne · texte numérisé non relu

I. Polyeucle, acte m, sdne

ce LETTRES DE MADEMOISELLE DE LESPINASSE.

Pourquoi donc avez-vous l'air de vous justifier d'avoir lu le Connétable? llseroit désobligeant de vous refuser au plaisir que vous pouvez faire et recevoir. Le roi de Prusse a écrit à M. d'Alembert une lettre charmante; elle est pleine d'éloge de vous, et il se promet bien d'entendre le Connétable^. Je suis sûre qu'il en sera ravi; cette tragédie est au ton de son âme, à beaucoup d'égards. Adieu; donnez-moi souvent de vosnouvelles, et ne formez point le projetdem'écrire quatre mots. Gardez ce projet pour vos connoissances; il y a même des amis qui en seront contens; mais moi je suis si difficile à contenter! Vous me direz si vous avez reçu mes lettres.

De Paris, le î 5 juillet 1778.

Ehl non, ne vous y trompez pas: les plus grandes distances ne sont pas celles que la nature a marquées par les lieux; les Indes ne sont pas si loin de Paris, que la date du 27 juin n'est éloignée de celle du 15 juillet; voilà le véritable éloignemenf, voilà les séparations effroyables; c'est l'oubli de l'âme; cela ressemble à la mort, et cela est pis, puisque cela est senti longtemps. Mais n'allez pas croire que je vous fasse des reproches : eh, mon Dieu I je n'en ai pas le droit : vous ne me devez rien, et moi je dois vous ren-

1. Guibert lut plus tard, le 2 septembre, ce fameux Connétable, chez le prince rojal de Prusse ; mais le roi ne l'entendit pas par des circonstances que l'auteur explique lui-même ainsi : • M. de Rosières m'avoit dit le matin que le Roi lui en avoit parlé, qu'il désiroit l'entendre, mais que tous les jours des affaires lui éloient survenues; qu'à Breslau il avoit eu un jour de libre, et que ce jour-là, on lui avoit répondu que j'étois à Roswald : j'y étois en effet. Le Roi ne m'avoit rien dit à Neiss; ainsi je n'avois pas voulu me gêner sur une partie qui me faisoit plaisir. Les rois ont des caprices; le roi de Prusse particulièreoient en est pétri. Peut-être fis-je mal de ne pas lui écrire en arrivant, afin de le prévenir, afin de lui offrir cette lecture; mais il avoit écrit à M. d'Alembert qu'il l'entendroit. Il m'avoit fait dire par le Cal, qu'il me la demanderoit; il m'en avoit parlé plusieurs fois ; Il eu avoit parlé en route an prince de Brunswick, à ce que me dit le comte de Zinzendorff; il en avoit parlé au comte de Zinzendorff à Bresiâu ; il les avoit nommés pour y assister : je n'ai su tout cela qu'aujourd'hui. Enfin, je ne fis rien; je crus devoir attendre,, et le roi de Prusse ne l'a pas entendu.... Le Prince royal goiîta [cette lecture]^ fut attendri, sentit quelques endroits; mit dans ses reraercîemens une honnètel» et une grâce infinies. » {Jouynal, it, p. °î!.)

dre gnlce des marques de votre souvenir. Vous aurez été accablé de mes lettres à votre retour de Hongrie i: voilà la troisième adressée à Vienne: on a dû vous en envoyer deux ou trois de Berlin. Dansl'éloignement où vous êtes, il faut, s'il vous plaît, employer cette formule triviale: j'ai reçu telle lettre, etc. Je savois, il y a longtemps, par le baron de Kock, officier général au service de l'Impératrice, que les camps n'auroient pas lieu. On croit ici que l'Empereur elle roi de Prusse se sont donné rendez-vous dans quelque ville de leurs nouvelles possessions; mais vous aurez rempli le temps d'une manière utile: ainsi vous regretterez peu les camps. Quoi! de bonne foi, vous voulez que je vous réduise à ma taille? C'est donc parce qu'il vous est plus facile de vous plier qu'à moi de m'élever, et qu'à quelque mesure que je vous voie, vous resterez à la vôtre, qui est telle que peu de gens peuvent y atteindre; mais, en vérité, permetloz-moi de ne pas regarder comme un eiï'et de confiance, ni d'amitié ce que vous me dites de votre caractère. Hélabl >.ivez-\ou6 ce que vous me contiez, en me découvrant les inconséquences qui vous agitent ?c'eit que je suis une bête, qui ne voit rien, qui n'observe rien : car, sans doute, si vous n'êtes ni dissimulé, ni fau\,j'au rois dû démêler ce que vous croyez ui'ap[)rendre de vous-même; et voulez-vous que moije vous a[iprenne une chose d'une science profonde? C'est que, ni vous, ni moi ne vous connoissons parfaitement: vous, parce que vous êtes trop près, et que vous vous observez tjop, et moi parce que je vous ai toujours vu avec crainte et embarras. 01)! si jamais je vous revois, je vous regarderai mieux: il me semble que ma vue s'est raffinée. Ce que vous me dites sur la cause de vos courses continuelles e:t charmant; cela est plein d'esprit et de grâce, et en voilà bien assez pour que cela puisse se passer de vérité. Je remplis ma jeunesse, pour que ma vieillesse ne puisse pas me reprocher de ne l'avoir pas employé. Vous voyez bien que c'est l"avare qui, en laissant mourir de faim ses enfans, se justifie à lui-même sa dureté, en disant qu'il leur amasse du bien pour qu'ils en jouissent après lui. Soyons plus simples: ne cherchons point de prétexte pour justifier nos goûts et nos passions; vous

1. Parti de Vienne le 19 juillet, Guibert arait été visiter la Hongrie (Presbourg, Eisenstadl, Carlstadt) et les confins militaires, et repris le cheraia de- Vienne, parGralz, Neustadl, 31 juillet. (Jounia^ t. Il, p. 1-106.)

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