I.KTTIIIC XXII
moi cliez madame Geoffrin '. Je n'osai pas vous le dire hier au soir. Oui, vous devriez m'aiuier à la folie; je n'exige rien; je pardonne tout, et je n'ai jamais un mouvement d'humeur, mon ami; je suis parfaite, car je vous aime en perfection.
Quafre heures, {773.
Vous n'êtes pas parti, du moins je l'espère. Voici ce que vous aurez dit : il fait un temps affreux; j'irai demain à la campagne; j'y serai mené; je la verrai cette après-dînée.
J'irai passer la soirée chez madame de V Mon ami, si
vous avez raisonné ainsi, M. d'Alembert vous permettra de raisonner à l'avenir, et vous n'en serez pas réduit à faire et à ne faire que des Conmtables. Racine n'auroit pas voulu qu'on l'empèchiU de faire les Lettres sur les Visionnaires, ni môme son Histoire de Port-Royal^ . Voilà les deux volûmes; si vous les perdez, je vous préviens que vous serez perdu dans l'opinion de M. d'Alembert. Voilà aussi Plutarque: il est à moi : mais si cela vous est égal, j'aimerois autant qu'il ne fût ni déchiré ni perdu J'ai vu à la messe madame de M*** ; j'ai voulu lui parler; sa figure, safaille jusiifieroient le goût !e plus difficile et le plus délicat : mais son ton, sa manière, ah ! qu'ils sont repoussans ! Ai-je torl? mais son amie ne lui ressemble point; oh ! je le crois, et même je le désire ; ce mouvement est-il généreux! dites. Non, vous ne saurez jamais tout ce que me mande l'ambassadeur; mais écoutez seulement ceci : Il dit qu'à en juger sur les apparences, M. de G a obtenu ce que M. de
i . Ces dîners avaient lieu les luudis pour les artistes et les mercredis pour les gens de lettres. Marmontel nous apprend que mademoiselle de Lespinasse « était la seule femme que madame Geoffrin eut admise a son dîner des gens de lettres. » Mém., Il, 118.)
2. Lettre à l'auteur des Hérésies imaginaires et des Deux Visionnaires, et Lettre aux deux apologistes (Goibaud du Bois et Barbier d'Aucour) de l'auteur des Hérés-.eb imaginaires, parues en 1666, et dans lesquelles Racine, en rébellion alors contre Port-Poyal, défendait la cause du théâtre contre Nicole. (OEuvres de Bacine, collect. des grands écrivains de la France; Hachette, 1865, t. IV, p. 257-336). — Abrégé de l' Histoire de Port-Royal, paru longtemps après la mort de Racine : la première partie en 1742 ^i vol. ia-iî) ; la deuxième en 1 7o7 (item, IV. p. 369).
56 LETTRES DE MADr JlOlirLLE DE LESPINASSB.
M et lui désireroient obtenir; et puis il ajoute : Je ne
crains pas que ces yeux si perçans voient ces mots; je consens que ceux de M lisent cette lettre, comme il lit
dans votre âme, etc. ; et puis il ajoute encore cent plaisanteries qui sont pleines de finesse et de gaieté; il est assurément bien aimable, mais il mérite bien peu d'être aimé. — Mon ami, vous me conseilliez hier de ne vous point aimer : est-ce moi ou vous que vous voudriez délivrer de ce malheur? dites. J'ai un remède infaillible : combien il me sera doux, si je puis penser que je fais quelque chose pour vous? Mon ami, cette âme qui ressemble au thermomètre qui est d'abord à la glace, et puis au tempéré, et peu de temps après au climat brûlant de l'équateur, cette âme, ainsi entraînée par une force irrésistible, a bien de la peine à se modérer et à se calmer : elle vous désire, elle vous craint. elle vous aime, elle s'égare, et toujours elle est à vous et à ses regrels.
Mon ami, en rentrant hier au soir à minuit j'ai trouvé votre lettre. Je ne m'attendois pas à cette bonne fortune; mais ce qui m'afllige, c'est le nombre de jours qui se passent sans que je vous voie. Mon Dieu ! si vous saviez ce que sont les jours, ce qu'est la vie dénuée de l'intérêt et du plaisir de vous voir! Mon ami, la dissipation, l'occupation, le mouvement vous suffisent, et pour moi, mon bonheur c'est vous, ce n'est que vous : je ne voudroispas vivre, si je ne devois vous voir, et vous aimer tous les momens de ma vie. Donnez-moi de vos nouvelles, et venez dîner demain chez le comte de C***. Il m'a demandé de changer le dimanche en samedi : j'ai dit oui ; mais venez-y, je vous en prie. Je devois dîner chez l'ambassadeur d'Espagne* aujourd'hui : je me suis fait excuser; si vous aviez dû y être, je n'y aurois pas manqué. Bonjour. J'attends la lettre que vous m'avez promise; je suis bien pressée»
I, Le comle d'AratK'a,
LtTTRE XXVI, 57
Je cède au besoin démon cœur, mon ami : je vous aime; je sens autant de plaisir et de déchirement que si c'étoit la première et la dernière fois de ma vie que je prononceroia cesmofs. Ah ! pourquoi m'y avez-vous condamnée ? pourquoi y suis-je réduite? vous saurez un jour — hélas ! vous m'entendrez. Il m'est affreux de n'être plus libre de souffrir pour vous et par vous. Est-ce assez vous aimer? Adieu, mon ami.
De tous les instans de ma \ie, 1774.
Mon ami, je souffre, je vous aime, et je vous attends.
[Mardi] 1774.
Mon ami, vous me faites éprouver qu'on aime mieux ionner que payer ses dettes. J'ai là plusieurs lettres à répondre; et pour venir à elles, il faut que je commence à causer avec vous. Mon ami, m'avez-vous accordé, depuis hier au soir, une minute, deux minutes? Avez-vous dit: elle souffre, elle m'aime et j'ai à me reprocher une partie de ses maux? ce n'est pas pour vous affliger, ni pour avoir des remords qu'il faut vous dire cela; mais c'est pour être bon, pour être indulgent, pour n'être pas furieux lorsqu'il échappe quelques cris à la douleur. Pour moi, j'ai pensé à vous, et même beaucoup; j'en ai été occupée. Bon Dieu ! y eut-il jamais tant d'orgueil, tant de dédains, tant de mépris, tant d'injustice, en un mot, l'assemblage et l'assortiment de tout ce qui peuple l'enfer et les petites-maisons depuis mille siècles? tout cela étoit hier au soir dans ma chambre, et les murs et les planchers n'en sont pas écroulés I cela tient du prodige. Au milieu de tous les grimauds
et de tous les cuistres, des sots, des pédans, avec lesquels j'ai passé ma journée, je n'ai pensé qu'à vous et à vos folies, je vous ai regretté; je vous ai désiré avec autant de passion que si vous étiez la créature la plus aimable et la plus raisonnable qui existât. Je ne peux pas m'expliquer le charme qui me lie à vous. Vous n'êtes pas mon ami, vous ne pouvez pas le devenir : je n'ai aucune sorte de confiance en vous; vous m'avez fait le mal le plus profond et le plus aigu qui puisse affliger et déchirer une Âme honnête : vous me privez, peut-ôlre pour jamais, dans ce moment-ci, delà seule consolation que le ciel accordoit aux jours qui me restent à vivre; enfin, que vous dirai -je! vous avez tout remplis le passé, le présent etl'avenir ne meprésentent que douleurs, regrets et reniords; eh bien! mon ami, je pense, je juge tout cela, et je suis entraînée vers vous par un attrait, par un sentiment que j'abhorre, mais qui a le pouvoir de la malédiction et de la fatalité. Vous faites bien de ne m'en pas tenir compte : je n'ai pas le droit de rien exiger de vous; car mon souhait le plus ardent est que vous ne fussiez rien pour moi. Que diriez-vous de la disposition d'une malheureuse créature qui se montreroit à vous pour la première fois, agitée, bouleversée par des sentimens si divers et si contraires? Vous la plaindriez : votre bon cœur s'animeroit; vous voudriez secourir, soulager cette infortunée. Eh bien 1 mon ami, c'est moi; et ce malheur, c'est vous qui le causez, et cette âme de feu et de douleur est de voire création. Ah ! je vous crois encore comme Dieu : vous devez bien vous repentir de votre ouvrage. En vérité, lorsque j'ai pris la plume, je ne savois pas un mot de ce que je vous dirois : je voulois seulement vous dire de venir dîner demain mercredi, chez madame Geoffrin. Je voulois vous faire observer que vous seul de tous mes amis, aviez la constance de me refuser et de me faire attendre ce que je désire vivement, le Connétable : il est à moi, je pouvois vous le refuser, et c'est moi qui vous persécute pour me le rendre. Oh! mon Dieu ! ni soins, ni intérêt, ni attention, ni envie de plaire, quelquefois de la bonté qui ressemble à la pitié, et avec tout cela, et sans tout cela, je vous aime à la folie. Plaignez-moi et ne me le dites pas. Rapportez-moi mes lettres; oui.
Trois heures, 1774.
Je ne vous ai pas répondu moi-môme. Si vous m'aimez, cela vous aura inquiété, et je serois désolée de vous causer une peine que je pouvois éviter. J'étois dans un état d'angoisse qui ressembloit à l'agonie, et qu'avoit précédé un accès de larmes qui avoit duré quatre heures. Non, jamais, jamais mon âme n'a senti un pareil désespoir. J'ai une espèce d'effroi qui égare ma raison. J'attends mercredi, et il me semble que la mort même n'est pas le remède suffisant à la perte que je crains; je ne le sens que trop : il ne faut point de courage pour mourir, mais il est affreux de vivre. il est au-dessus de mes forces de penser que peut-être ce que j'aime, ce qui m'aimoit, ne m'entendra plus, ne viendra plus à mon secours. Il aura vu la mort avec horreur, parce que mon idée y étoit jointe; il me disoit le 10 : J'ai en moi de quoi vous faire oublier tout ce que je vous ai fait souffrir; et ce jour-là même ce funeste accident l'est venu frapper!
Ah ! mon Dieu, vous qui avez connu la passion, le désespoir, concevez-vous tout mon malheur? Plaignez-moi tant que je vivrai, mais gardez-vous de regretter jamais la créature la plus malheureuse, et qui aura existé huit jours dans un état de douleur où la pensée ne peut atteindre. Adieu. S'il faut que je vive, si ma sentence n'étoit pas prononcée, je trouverai encore de la douceur, du charme et de la consolation dans votre amitié ; me la conserverezvous?
Moi défiante, et à votre égard ! songez donc avec quel abandon je me suis livrée à vous : non-seulement je n'ai mis ni défiance, ni prudence dans ma conduite ; mais je n'aurois pas même connu les regrets ni les remords, si je n'avois compromis que mon bonheur. Ohl mon ami! je ne sais si j'ai mieux aimé ; mais celui qui a pu me rendre infi-
dèle et coupable, celui pour qui je vis après avoir perdu l'objet et l'intérêt de tous mes momens, à coup sûr, c'est celui qui a eu le plus d'empire sur mon fime; c'est celui qui m'a ôté la liberté de vivre pour un autre, et de mourir lorsqu'il ne me restoit ni espérance ni désir. Sans doute, j'ai été retenue par le même charme qui m'avoit entraînée vers vous, par ce charme tout-puissant attaché à votre présence, qui enivre mon âme, qui l'égaré à un tel excès, qu'il en efface jusqu'au souvenir de mes maux. Mon ami ! avec trois mots vous me créez une âme nouvelle, vous la remplissez d'un intérêt si vif, d'un sentiment si tendre et si profond, que j'en perds la faculté de me rappeler le passé et de prévoir l'avenir. Oui, mon ami, je vis toute eu vous : j'existe, parce que je vous aime; et cela est si vrai, qu'il me paroîl impossible de ne pas mourir quand j'aurai perdu l'espoir de vous voir. Le bonheur de vous avoir vu, le désir, l'attente de vous revoir, m'aident et me soutiennent contre ma douleur. Hélas! que devenir, lorsqu'au lieu de l'espérance, je n'aurai que le regret si douloureux de ne vous pas voir! Mon ami, avec vous je n'ai pas pu mourir, sans vous, je ne peux ni ne veux vivre. Ah! si vous saviez ce que je souffre, quel déchirement affreux mon cœur éprouve lorsque je suis abandonnée à moi-môme; lorsque votre présence, ou votre pensée ne me soutient phis ! ah! c'est alors que le souvenir de M. de Mora' devient un sentiment si actif, si pénétrant, que ma vie et mon sentiment me font horreur. J'abhorre l'égarement et la passion qui m'ont rendue si coupable, qui m'ont fait répandre du trcuble et de la crainte dans cette âme sensible et qui étoit toute à moi. Mon ami, concevez-vous à quel point je vous aime? Vous faites diversion aux regrets et aux remords qui déchirent mon cœur: hélas! ils sufflsoient pour me délivrer d'une vie que je déteste; vous seul et ma douleur êtes tout ce qui me reste dans la nature entière : je n'y ai plus
1 . Il ne pouvait plus désormais être question que de souvenir , le marquis de Mora étant mort le 27 mai de celte année, au cours même du voyage qu'il avait entrepris pour se rapprocher de mademoiselle de Lespinasse. Voici en quels termes le Mercure de France annonce cette mort :
a Le marquis de Mora, grand d'Espagne, gentilhomme de la chambre de Sa Majesté Catholique, est mort à Bordeaux le 27 mai. Le consul d'Espagne résidant en cette ville a dépêché un courrier à Madrid pour informer de cet événement le comte de Fuentès, père du marquis. {Mercure de France, 1774, juillet, t. l,p. 2(2.)
LETTRE XXVIII. Cl
d'intérêt, plus de liens, plus d'amis, je n'en ai pas besoin : vous aimer, vous voir, ou cesser d'exister, voilà le dernier et l'unique vœu de mon âme. La vôtre ne me répond pas, je le sais, et je ne m'en plains point. Par une bizarrerie queje sens, maisqueje ne saurois vousexpliquer.je suis loin de désirer de retrouver en vous tout ce que j'ai perdu : c'en seroit trop; quelle créature a jamais mieux senti que moi tout le prix de la vie ? N'est-ce pas assez que d'avoir béni et chéri la nature une fois? combien de milliers d'hommes ont passé sur la terre sans avoir à lui rendre grâce ! Oh 1 combien j'ai été aimée ! une âme de feu, pleine d'énergie qui avoit tout jugé, tout apprécié et qui, revenue et dégoûtée de tout, s'étoit abandonnée au besoin et au plaisir d'aimer : mon ami, voilà comme j'étois aimée. Plusieurs années s'étoient écoulées, remplies du charme et de la douleur inséparables d'une passion aussi forte que profonde, lorsque vous êtes venu verser du poison dans mon cœur, ravager mon âme par le trouble et les remords. Mon Dieu ! que ne m'avez- vous point fait souffrir 1 Vous m'arrachiez à mon sentiment, et je voyois que vous n'étiez pas à moi : comprenez-vous toute l'horreur de celte situation ? .comment vit-on au milieu de tant de maux? comment trouve-t-on encore de la douceur à dire : Mon ami, je vous aime, mais avec tant de vérité et de tendresse qu'il n'est pas possible que votre âme soit froide en m'écoutant? Adieu.
Vendredi, après la poste.
Vous êtes mécontent; voyez si vous devez l'être : quelle ùme avez-vous jamais animée d'un sentiment plus tendre et plus fort? Mon ami, dans quel sens que vous regardiez et que vous jugiez mon âme, je vous défie d'y rien trouver qui puisse vous mécontenter; oh! j'en suis sûre : jamais vous n'avez été autant aimé. Mais, mon Dieu ! ne me faites pas prononcer pourquoi je ne peux pas vous écrire où vous êtes; je n'ose m'en avouera moi-môme la raison : c'est une pensée, un mouvement auxquels je ne veux pa3 m'arrèter : c'est un genre de supplice qui me fait horreur, qui m'humilie, et que je n'avois jamais connu. Vous me demandez comment je me trouvois de vous voir tous les jours; oh! non, ce n'étoit point une habitude : ce n'en pouvoit jamais devenir une. Que ces couleurs sont froides,
qu'elles sont monotones! comment les comparer au mouvement rapide et violent que font éprouver le nom et la prt'sence de ce qu'on aime? Non, non, je n'ai point été assez heureuse pour me surprendre dans l'illusion d'espérer que vous viendriez me voir, et de vous attendre ; aussi n'ai-je point entendu ouvrir, ni fermer ma porte. En effet, sans intérêt, sans désir, qu'importe ce qu'on voit, ce qu'on enlend? toute entière à mes regrets, je ne sens plus qu'un besoin, et je n'implore plus que vous et la mort. Vous soulagez mon cœur : vous le pénétrez d'un sentiment si tendre, qu'il m'est doux de vivre tout le temps que je vous vois ; mais il n'y a que la mort qui puisse me délivrer du malheur de votre absence.
Minuit, 1774.
Vous avez donc oublié, vous avez laissé là cette furie si folle, et si méchante tout ensemble; encore si vous l'aviez laissée en enfer! elle ne se plaindroit pas : la chaleur et l'activité de ce séjour la fait vivre ; mais la malheureuse a passé sa journée dans les limbes : elle attendoit un ange consolateur qui n'est point venu. Il faisoit sans doute le bonheur et le plaisir de quelque créature céleste : lui-même étoit enivré des plaisirs du ciel; et dans cette disposition, rien ne pouvoit me rappeler à lui; et si, en effet, il est aussi heureux, je souhaite du fond de mon âme que rien ne le ramène à moi : car je suis assez injuste pour détester son bonheur, et pour désirer que le repentir et les remords le poursuivent sans cesse. Je lui souhaite pire encore : c'est qu'il n'aime plus, et qu'il n'inspire désormais que de l'indifTérence. Voilà les vœux, voilà le souhait de l'âme qui a le mieux aimé, et qui a le plus de besoin de s'éteindre pour jamais. Bonsoir.
Minuit et demi, i774.
Je ne suis seule que dans ce moment ; et je veux bien Vite vous dire que je ne compte point sur vous pour aller 'Chez madame la duchesse d'Anville. Vous me serez toujours agréable, mais rarement utile, et je voudrois bien pouvoir ajouter peu nécessaire. En voulant rassurer ma confiance, vous me prouvez à quel point ma défiance est justement fondée : car il me manque encore trois lettres, et une nouimément où je vous parlois de Gonzalve'. Vous verrez que ces trois lettres sont encore dans un des côtés de votre portofeuille; peut-être aussi sont-elles avec ce quafr"":ir.e tome que je devois recevoir aujourd'hui. Je remarque ^ue vous mettez votre plaisir à avoir des soins pour madame de *** : vous lui donnez, vous lui prêtez tout ce qui vous a fait plaisir ; et avec moi, c'est l'autre excès, l'oubli, la négligence, les refus. Il y a trois mois que vous m'aviez promis un livre qui est à vous, et que j'ai emprunté d'un autre. Sans doute qu'il vaut bien mieux que cette manière si désobligeante tombe sur moi : cela n'est que juste; mais aussi je ne me plains que de l'excès. Bonsoir. Si le travail vous coûte votre nuit, vous devez avoir bien du regret aux visites inutiles qui ont rempli votre temps. Parmi les lettres que vous m'avez renvoyées, il y en a une qui n'est pas de moi ; mais ,je jure de ne vous la rendre jamais.
Renvoyez-moi deux lettres anciennes : ce ne sont pas ■celles de Cicéron ni de Pline que je vous demande. — Je voudrois bien ne pas vous voir, ne plus vous voir. Un regret ne vaut-il donc pas mieux qu'un remords?
Dans le moment où vous lisez ceci, je gage que vous avez •déjà reçu un billet où l'on vous dit que sais-je?