‹ LettresChapitre 82 sur 151 · he Journal yolitique et liltéraire · texte numérisé non relu

he Journal yolitique et liltéraire

4. Le même sans doute que madame du Deffant désigne sous le nom de général Coke. Corresp. édit. de M. de Saint-Aulaire, 111, 10.

5. Charles-Henri, baron de Gleichen, né à Nemersdorf, dans le margraviat de Bayreuth, en 1735, mort à Ratisbonne, le 5 avril t807; successivement chambellan de la margrave de Bayreuth, sœur de Frédéric II, qu'il accompagna en Italie (1755), où il connut le duc de Choiseul; envoyé du margrave en France ;1759J; ambassadeur de Danemark en Espagne de 1760 à 1773, puis en l'rance où il remplaça le comte Wedel-Fries, de 1763 à 1776 ; envoyé un instar.t à Naples en 1770. Ayant donné sa démission pour ne pas aller à Wurtembeig, où il avait été nommé, il revint se fixer à Paris et y resta jusqu'à la Révoluu ■!. française. Voir ses Souvenirs, publiés par M. Gremblol, Paris, 1 868 ; les Mail, de Marmontel, I, 191. • M. de Gleichen attend toujours pour parler une idée ingénieuse ; et ceux qui s'entretiennent avec lui ont l'air de ne servir qu'au leiiiplissage. » (Madame Necker, Nouveaux mélanges, l, 191-269.) 11 demeur rail quai des Xbéatins, aujourd'hui quai Voltaire.

• ^ «Tï^iis de voir le comte de C... Je lui ai dit qu'il venoiA ■a^^irer un mauvais air, et que, dans l'iviesse de félicité »>n (1 vivoit, il me sembloit que c'éloit pour exercer les •p'jvres de miséricorde qu'il venoit me voir; que je serois pour lui à peu près comme ces monumens que quelques philosophes conservoient pour les faire souvenir d'être iDonsel justes. Vous viendrez me voir, lui disois-je, et en me quittant, vous vous direz : Le malheur est donc sur la terre. Votre cœur sera touchp, et le mien aura joui de voire bonheur. — Les lettres de M. de Condorcet sont vraiment charmantes'. Sijesuivois mon premier mouvementje vous enverrois tout ce que j'ai senti; et puis je m'arrête, en me disant ; il reviendra, je le lui ferai lire; il se moquera de moi, il me trouvera exaltée. Eh bien ! oui, j'aurai tort, mais il sera là. Ah! mon ami, à cette condition, je consentirois à ne pas avoir le sens commun tout le reste de ma vie; mais je gage que vous seriez bien plus difficile que moi : vous m'abandonneriez; alors je me relrouverois dans la foule, et la bêtise console de tout. — Je crois que, pendant tout ce tempsci, les Gracques* ont bien été oubliés : vous y reviendrez avec plus de chaleur et d'intérêt. — Mon ami, admirez ma transition; la bêtise me mène au génie, et cette marche est assez naturelle : c'est M. Turgot, après l'abbé Terrai, il y a des cas où les gradations et les intermédiaires doivent disparoître. — Je ne sais que faire du temps d'ici à samedi : je veux le faire peser un peu sur vous, en vous forçant à m'écoutev, — J'espère, je me promets une longue lettre samedi : si j'élois trompée! si seulement elle n'étoit que de quatre pages! en vérité, je me plaindrois. Mon ami, vous voyez, la bonne fortune me tourne la tête: je deviens presque impertinente parce que j'ai eu de vos nouvelles aujourd'hui. Ce qu'il y a de sûr, c'est que, si quelqu'un pouvoil être dans mon secret, on connoîtroit à ma santé, à toute ma manière d'être, si j'ai eu une lettre de vous. Oui, la circulation de mon sang en est sensiblement altérée, et aloi's il m'est impossible de prendre part à rien. Ce à quoi je ne m'accoutume point, c'est au redoublement d'intérêt que cela inspire à mes amis. Mon Dieu 1 me plaindroienl-ils, s'ils

1. Lettres d'un théologien à l'auteur des Trois Siècles (Œuvres de Condorcet, t. V, p. 273). Dirigées contre Sabotier de Castres, critique ennemi des philosophes, elles avaient été attribuées un instant à Voltaire.

S. Tragédie en vers de M. de Guibert, publiée après sa mort, en 1822.

voyoient le fond de mon âme? cette usurpation -"'y' elle pas bien criminelle ? Mon ami, ne me faites pas unf.^r'i^e conscience : dites-moi que je suis coupable; plaiçnt-t-*-mi, consolez-moi : vous ne m'avez que trop égarée. — j ai nnvie de vous envoyer une lettre que j'ai lue aujourdtiui avant la vôtre : si j'avois pu pressentir, cela n'auroit pas été l'ordre que j'aurois mis dans ma lecture; vous verrez dans cette lettre si j'ai souffert de votre absence. Oui, j'en ai inquiété M. d'Alembert. L'homme qui m'écrit, n'a jamais su un motdecequi m'occupoit : il me croit vicfiaie de la vertu et du préjugé : mais, depuis trois ans, il me voit si malheureuse, qu'il est souvent tenté de me croire folle. Et en effe!, il passe sa vie à faire des épigrammes contre moi; mais, à la vérité, le trait est toujours un mot de senliment ou de ressentiment : lisez, reconnoissez; à coup sûr, c'est un homme d'esprit.

Ce dimanche, 30 octobre 1774.

J'ai été avertie trop tard : il y a un paquet encore par le courrier d'aujourd'hui. Quand je reçus votre lettre, j'avois déjà envoyé chez M. Turgot pour faire contre-signer. Je romptois vous écrire un mot après l'arrivée du ''acteur, par la voie ordinaire; mais il n'importe : j'espère c^^e mon volume ne sera pas perdu; il vous sera envoyé, et avec d'autant plus de soin qu'on verra le nom de M. Turgot. — Vraiment je le crois, il est aisé de vous critiquer sans vous blesser; mais il n'est pas si aisé de vous louer comme je sens, et comme vous mériteriez de l'être, sans courir le risque d'être trouvée bien exagérée, bien fade et bien monotone. Eh bien 1 je m'y abandonne, et je vous dirai tout grossièrement que votre lettre à M. Turgot est excellente, parfaite : c'est le ton, c'est la mesure; enfin c'est vous, cl je ne sais rien de mieux, ni de plus dans la nature. Je vous diïois, mon ami, que désormais je ne pourrois plus regarder que ce qui me faisoit élever les yeux. Pour vous, vous êtes si haut que je ne pourrois y atteindre à la longue que par un trop grand effort. Mais, mon ami, que faites-vous donc, à quoi vous laissez-vous aller ? Savez-vous bien que vous me

LfiTRE LXVIII. UT

..Miei cOiliiDe oi *ouB aviez à me plaire? 0 bon Dieu! oui.iifcx,-v<jx.s qa en ce geiiie, votre fortune est faite? et elte esi je «.eli'^s lioiit on ne connoît plus les bornes : ce sont les t.»^du^'»ii. les Olive »r etc. Ah ! que je voudrois que vous eus- ^le/;, en Htfp.i, une fortune, non pas comme celle des malheureux que ie viens de nommer! ils meurent d'ennui* sur leurs richesses; mais je vous voudrois de l'aisance : je v')udroH que vous ne fussiez pas forcé de causer bras et imbes à vos talens, de tordre le col à voire génie; enfin je ^oudrois que vous ne fussiez pas condamné à vous remettre dans la foule. Oui, en honneur, ce n'est que pour *ous, ce n'est que pour l'intérêt de voire gloire que le mariage me fait peur, et, à cet égard, je puis vous dire avec vérité :

Le jour n'est pas plus pur que le fond de mon cœur ' .

Tout cela dit, mon ami, que, sil y avoit un excellent parti, si vous aviez quelque vue, si moi, si mes amis, nous pouvions vous servir; oh ! comptez sur le zèle, sur l'activité et sur la passion que nous mettrions pour réussir : oui, je connoîtrois encore une fois le bonheur et le plaisir, si je pouvois vous voir heureux.

Le? jolis vers que ceux que j'ai lus dans votre lettre ! Ce besoin de vivre fort est, je crois, le besoin des damnés. Cela me rappelle un mot de passion qui me fit bien plaisir : si jamais, me disoit-on, je pouvais redevenir calme, c'est alors que je me croirois sur la roue. Cette langue n'est à l'usage que des gens qui sont doués de ce sixième sens, l'âme. Oui, mon ami, je suis assez fortunée ou asspz malheureuse pour avoir le même dictionnaire que vous. .J'entends, ou plutôt je sens vos distinctions, vos définitions, tandis que, les trois quarts du temps, je ne comprends pas le chevalier*. Il est si content de ce qu'il a fait, il sait si bien tout ce qu'il fera,

{. Le célèbre et trop riche gouverneur de rinde, né en 1723, mort en 1774 tt donl le procès avait en 177 3 occupé toute l'Europe.

2. Le finaneier Beaujon, lui, ne mourait pas seulement d'ennui. • Je le trouvai seul, assis sur un grand fauteuil à roulettes, dans une salle à manger ; il avait les mains et les jambes tellement enQées, qu'il ne pouvait se servir ni des unes ni dfs autres; son dîner se bornait à un triste plat d'épmards; mais plus loin, en face de lui, était dressée une table de trente à quarante couvert» où se faisait, dit on, une chère exquise. ■ (^Souvenirs de madame Vigée Lebrun, t. II, p. 254.)

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