‹ LettresChapitre 83 sur 151 · Le chevalier d'Aguesseaii · texte numérisé non relu

Le chevalier d'Aguesseaii

us LETTRES DE MADEMOISELLE DE LESPINAPSE.

il aime tant la raison; en unmotr il est si bien !\rr^^pà onf lout, qu'une fois j'ai pensé me méprendre eo l'ii narlanr p\ en lui écrivant, et j'allois prononcer ou écrire le ^îieraJ'er Grandissons : mais c'éfoitsans envier le çor;^e C'crae^'in", ai de miss G***. — Vous savez que le comte ''e tyconVf. commande à Metz, à la place de M. de Coni)ans<. irton amr, lin homme d'esprit le voilà, mais je voudrois bien qil 11 vous fût utile, à vous qui n'avez pas son esprit. — A propos d'espiit, je veux vous dire un mot de la Czarine à iJiiierol. i\s disputoient souvent; un jour que la dispute s'anima plus fort, la Czarine s'arrêta, en disant : «Nous voilà trop écïiaulfés pour avoir raison; vous avez la tête vive, moi je lai chaude, nous ne saurions plus ce que nous dirions. — Avec cette différence, dit Diderot, que vous pourriez dire tout ce qu'il vous plairoit, sans inconvénient, et que moi je pourrois manquer... — Eh, fi donc! reprit la Czarine, est-ce qu'il y a quelque différence entre les hommes? » Mon ami, voyez, lisez bien, et ne soyez pas aussi bête que M. d'Alembert, qui n'a vu à cela que la différence de sexe, tandis que cela n'est charmant qu'autant que c'est une souveraine qui parle à un philosophe. — Une autre fois, elle lui disoit : « Je vous vois quelquefois âgé de cent ans, et souvent aussi je vous vois un enfant de douze. » Mon ami, cela est doux, cela est joli, et cela peint Diderot. Si vous aimiez un peu plus les enfans, je vous dirois que je crois avoir observé que cequi plaîtàuncertain pointatoujours quelque analogie avec eux : ils ont tant de grâces, tant de moelleux, tant de naturel ! Enfin, Arlequin est un composé du chat et de l'enfant, et jamais y eut-il plus de grâce? — Savez-vous ce qui me fûche de ce paquet qui courut après vous? c'est que vous recevrez trop tard le pardon que je vous demandois pour vous avoir accusé injustement; c'éfoit la poste qui étoit coupable, et, malgré moi, j'ai été complice. Mais est-ce vous ou la poste qui avez tort cette fois-ci ? Vous me dites : Je réponds à vos lettres du 9 et du 14. — Pourquoi sautez-vous à pieds joints sur le H , qui étoit un mardi ? J'ai écrit tous les courriers depuis cette époque où j'étois folle et de la

^. Héros du roman de Richardson paru en 17 53, et traduit par l'abbé Pre- Tost en 1 755. et par Monod en 1756.

2. Louis de Couflans, narquis d'Armenlières, né le 27 février 1 7 H , roarécliai de France en 1 759, commandant en second et lieuteDant-général au pays Messin, mort le 18 janvier 1774. La charmante marquise de Coigny était sa petite-fille.

l.l.TTlîE I.XIX. !.'•>

loue \d plus lunesle. — Mon ami, vous manquez un grand jour, Celui de la rentriîe du parlement'. Oh ! les curieux se proraeiteiit de grands plaisirs; les gens sages comme moi lies occupent pas de ce premier moment : ce sont lessuiles, ce sont les conséquences de cet événement qui sont d'un grand intérêt. 11 s'agit de savoir si ce sont des juges ou des ivrans qu'on va remettre sur les fleurs de lys. — Ah ! pourqiioine parlé-jepasd'O/'p/iee au chevalier^? Mon ami, parla raison qu'il seroit barbare déparier de couleurs aux Quinze- Vingts. Adieu.

Lundi, onze heures du soir, 7 novembre 1774.

Mon ami, il me semble que vous avez des droits sur tous les mouveraens et sur tous les sentimens de mon âme. Je vous dois compte de toutes mes pensées; je ne crois m'en assurer la propriété qu'en vous les communiquant : écoutezmoi donc, et jugez mon jugement, ou plutôt mon instinct; car je n'ai que cela pour les choses d'esprit, de goût et d'art. Oui, mon ami, l'académie de Marseille n'a fait que justice en couronnant M. de Chamfort. Ah ! mon Dieu î à quelle dislance me paroît l'éloge qui m'avoit fait beaucoup de plaisir, et qui m'en fera encore! Que celui-ci est riche, qu'il est plein d'esprit, et de tous les genres d'esprit, de la finesse, delà forte, de l'élévation, de la philosophie! que le style en est vif, animé et rapide, qu'il est rempli d'expressions heureuses! que le ton, que le tour en est original! En un mot, j'en suis vraiment charmée, et je le suis au point que, si je ne craignois de gâter votre plaisir, je vous en citerois dix traits plus piquans les uns que les autres. Mon ami, je vous recommande la page 44. Dites-moi, me trompéje ? n'est-elle pas remplie, de la sensibilité la plus exquise? ira-t-il pas ennobli les bienfaits et la reconnoissance? iN'exprime-t-il pas tous les sentimens qu'une âme sensible, élevée et passionnée aimeroit à éprouver et à inspirer^?

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