M. de Mora
i52 LETTRES DE MADEMOISELLE DE LESPlîsASSE.
Molière, des Racine, des Voltaire, des d'Aleoibert, etc., etc. Oui, mon ami, il faut vous borner à cela, parce que la nature l'a voulu ainsi. Bonsoir, je ne sais pas si cette lettre partira; mais j'ai causé avec vous, et je me suis satisfaite.
Mardi matin.
Je vois que la poste pour Bordeaux part ce matin; ainsi j'envoie ma lettre. Si vous deviez, comme vous l'avez dit d'abord, arriver le i3, cela seroil inutile. Dites-moi, de quelque part que vous m'écriviez, si vous avez été du 21 octobre au 1" novembre sans m'écrire. J'ai passé le courrier de lundi et de samedi de la semaine dernière sans avoir de vos nouvelles; je ne puis exprimer dans quel abattement cela me jette : mon âme est morte, et mon corps est dans un état de souffrance qui vous feroit pitié. — Mon ami, si vous en croyez M. Turgot, vous serez ici le 13.
Dimanche, dii heures du soir, 13 novembre 1774.
Ahl mon ami, vous me faites mal, et c'est une grande malédiction pour vous et pour moi que le sentiment qui m'anime. Vous aviez raison de me dire que vous n'aviez pas besoin d'être aimé comme je sais aimer : non, ce n'est pas Id votre mesure ; vous êtes si parfaitement aimable, que vous devez Être ou devenir le premier objet de toutes ces charmantes dames qui se mettent sur la tête tout ce qu'elles avoient dedans, et qui sont si aimables qu'elles s'aiment de préférence à tout. Vous ferez le plaisir, vous comblerez la v;inité de presque toutes les femmes. Par quelle fatalité ju'avez-vous retenue à la vie, et me faites-vous mourir d'inquiétude et de douleuiç? Mon ami, je ne me plains point : mais je m'afflige de ce que vous ne mettez aucun prix à mon repos; cette pensée glace et déchire tour à tour mon cœur. Comment avoir un instant de tranquillité avec un honune dont la tête est aussi mauvaise que sa voiture, qui compte pour rien les dangers, qui ne prévoit jamais rien, qui est incapable de soins, d'exaclitude, à qui il n'arrive
Jamais de faire ce qu'il a projeté; en un mot, un liomine que tout entraîne, et que rien ne peut arrêter ni fixer? 0 mon Dieu ! c'est dans votre colore, c'est dans l'excès de votre vengeance que vous m'avez condamnée à aimer, à adorer ce qui devoit faire le tourment et le désespoir de mon âme. Oui, mon ami, ce que vous appelez vos défauts pourra peut-être me faire mourir, et je le souhaite; mais rien ne me refroidira. Si nia volonté, si la raison, si la réflexion avoient pu quelque chose, vous aurois-je aimé? Hélas! dans quel temps ai-je été poussée, précipitée dans cet abîme de malheur I j'en frémis encore! le moyen de rappeler un sentiment doux dans mon cime, ce seroil de penser que je vous verrai demain; mais le moyen aussi de compter sur ce bonheur! peut-être votre voiture est-elle brisée; peut-être vous est-il arrivé quelque accident ; peut-être êtes-vous encore à Chanleloup; enfin je crains tout, et rien ne me console. Mon ami, il ne vous suffit pas de m'inquiéter : vous m'accusez encore. Je devois vous écrire à Chanteloup; el dans votre dernière lettre de Bordeaux, vous me disiez que vous n'iriez peut-être pas à Chanteloup. Eh ! bon Dieu ! à quoi sert de vous confondre? vous corrigerez-vnus, et vous en aimerai-je moins ? Bonsoir. On n'a pas ouvert une fois ma porte aujourd'hui, que je n'aie eu un battement de cœur : il y a eu des instans où j'ai craint d'entendre votre nom, et puis j'ai été désolée de ne pas l'avoir entendu. Tant de contradictions, tant de mouvemens contraires sont vrais, et s'expliquent par ces trois mots : je vous aime.
Votre lettre de jeudi matin étoit dure et injuste : celle d'une heure avant étoit accablante par l'excès de vérité et d'abandon avec lesquels vous me disiez que vous ne m'aviez jamais aimée, et que désormais vous ne pouviez plus vivre pour personne, etc., etc. Mais savez-vous bien que cet aveu a fait de mes remords de la bonté? Je n'ai plus osé penser à moi sans horreur, et j'ai détourné ma pensée de vous : je ne voulois ni vous juger, ni vous haïr. Hier vous êtes venu
si tard, vous cHiez si pressé de vous en aller, qu'en effel vous m'avez prouvé que vous n'aviez fait que céder à mon billet, et cela me paroît tout simple. Je ne vous en parle que pour vous dire que je sais bien que vous ne serez pas contrarié de ne me pas voir ce malin. J'attends M. l'archevêque d'Aix : il a à me parler. Ma porte sera fermée». Je vais cette après-dînée faire des visites, et je ne rentrerai qu'à huit heures. Demain je dîne chez M. le comte de C...., et je ferai des visites jusqu'à huit heures. Je vous dis mes arrangemens, non pas que je croie qu'ils doivent influer sur les vôtres, mais seulement pour vous épargner la peine de songer à me voir ou à m'éviter. La personne qui dispose de vous et de votre temps ne vous laissera pas vous livrer au dégoût que vous avez du monde et de la société. Vous trouverez la dissipation, la paix, le plaisir, le bonheur avec elle et chez elle ; et vous n'éprouverez plus le dégoût mortel qui doit être attaché au malheur de tromper ce qu'on aime le plus. Ah ! ce n'ctoit pas la peine. Vous devez vous trouver bien coupable envers elle; du moins abandonnez-vous cette fois-ci sans retour au penchant invincible qui vous entraîne,
tne l'offensez plus, en mettant quelque pariié entre le senliment que vous lui devez et celui que d'autres peuvent vous inspirer. Mais, mon Dieu ! je ne sais pourquoi je vous parle de ce qui vous occupe : c'est sans doute par l'habitude où je suis d'aimer à vous plaire.
Nous avons lu hier au soir un Éloge de la raison * qu'on a. trouvé excellent ; j'aurois voulu que vous l'eussiez entendu. La lecture n'a fini qu'à près de dix heures.
[Samedi.] Onze heures du soir, 1774.
Ah! mon Dieu ! que vous avez bien fait de ne pas venir ai* spectacle! je n'ai point d'expressions pour rendre l'ennui que j'y ai éprouvé : j'en avois un malaise physique, qui étoit
1. Par Voltaire. Ehge historique de la Raison, prononcée dans une- Académie de province par M. de Chambon, 1774, dans lequel Voltaire saluait à l'avance les réformes que l'avènement de Louis XVI faisait espérer. VElogf »e débita à Paris vers le 10 février 1775.
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presque de la douleur; enfin il a été au-dessus de mes forces de passer la soirée avec madame de Châlillon, à qui je l'avois cependant promis.
Je sens qu'il y a un degré de malheur qui ôte la force de supporter l'ennui : il m'est affreux de nie rendre passive pour entendre des trivialités, souvent révoltantes, et presque toujours aussi botes que basses. Oh! la détestable pièce*! que l'auteur est bourgeois, et qu'il a un esprit commun et borné 1 que le public est béte I que la bonne compagnie est de mauvais goût! que je plains les malheureux auteurs qui auroient le projet d'acquérir de la réputation par le théâtre! Si vous saviez comment ce public a applaudi ! Molière ne pourroit pas prétendre à un plus grand succès. Il n'y a de noble que les noms et les habits : l'auteur fait parler les gens de la cour et Henri IV du ton des bourgeois de la rue St-Denis. Il est vrai qu'il donne le même ton aux paysans. En un mot, cet ouvrage est pour moi le chef-d'œuvre du mauvais goût et de la platitude; et les gens du monde qui en parlent avec éloge me semblent des valets qui disent du bien de leurs maîtres. Mon ami , si vous êtes encore contre moi dans le jugement que vous porterez de cette comédie, j'en serai bien fâchée : mais je n'en rabattrai pas un mol, parce qu'il ne s'agit pas de savoir jusqu'à quel degré cela est bon ou mauvais; cela m'est mortel à moi, et nous étions quatre dans la loge accablés du môme ennui. En voilà bien assez, et vous trouverez que j'ai conservé l'ennuyeux de l'ennui : peut-être aussi n'aurai-je pas la cruauté de vous envoyer ma lettre; mais, en vous rendant compte de ma journée, je m'en console. — Avez-vous eu des nouvelles de madame votre mère* ? est-elle mieux? el le retour de
1. La partie de chasse d'Henri IV, coméJie en 3 actes, de Collé, jouée pour la première fois en 1766. mais reprise le 16 novembre 1774, à l'occasion du succès qu'obtenait à la Comédie Italienne Henri IV, drame lyrique de Durosoy, musique de Martine. Ces deux pièces répondaient alors à l'enthousiasme populaire qu'excitait l'avènement de Louis XVI et qui s'était déjà exprimé parle mot resurrexil tracé au-dessous de la statue de Henri IV, sur le Pont-Neuf. « On ne peut rendre l'empressement du public pour voir cette pièce. Beaucoup de monde dans les coulisses où la foule des spectateurs s'est rendue, ne pouvant se répandre ailleurs. » Mim. de Bachaumont, VIII, 23b.
2. Voici le portrait moral que traçai», de madame de Guibert, Toulongeon, un ami de son fils : a Des mœurs antiques, une union de cinquante années, toutes les venus qui font le bonheur d'un époux, les qualités aimables d'un esprit naturel, la reudoient chère à ses enfants. Elle s'abandonna à leurs soins iTec une ten lie insouciance de la vie, et lorsqu'on lui annonça sou ûls, qui.
M. voire père est-il certain? Il n'y a que cela gui puisse me consoler de ce que vous avez quitté le faubourg. Kt vous, mon ami, qu'avez-vous fait de votre journée? Pas un mot de ce que vous aviez dit, n'est-ce pas? et demain vous ne travaillerez point : et ainsi toujours une activité qui fait cent projets, et une facilité qui fait céder au premier prétexte : des regrets, des désirs, de l'agitation et jamais du repos. Oh! mon ami, il faut vous aimer avant que de vous connoître, comme j'ai fait : car, en vous jugeant, ce seroit se dévouer à l'enfer que de lier son bonheur à vous. — Je vais vous dire toute ma journée de demain dimanche, pour que vous puissiez me donner les momens qui vous seront les moins incoûimodes. D'abord la messe, et puis une visite chez une malade jusqu'au dîner. Je dîne chez madame de Châtillon ; à cinq heures j'irai à l'hôtel de la Rochefoucauld', et je ne rentrerai qu'à six heures et demie pour ne plus sortir. Adieu, mon ami. Je vous aime; mais je me sens trop triste et trop bêle pour savoir vous le dire.
Mon ami, puis-je , sans vous offenser, vous prier de m'apporter un jour la lettre de l'abbé de B'**? car je n'ai garde d'oser réclamer des pages arrachées de mes lettres. J'ai tort de m'en être aperçue ; et en vous en parlant, je vous cauife de V indignation. Ce mouvement est bien juste : aussi je n'ose m'en plaindre. Ah ! je suis trop difficile, trop exigeante, trop acariâtre. J'ai tous les défauts d'une malheureuse créature qui aime avec abandon , et qui n'a plus qu'un mouvement et une pensée. Adieu donc.
LETTRE LXXIIl
Onie heures du soir, 1774.
J'ai lu votre billet. Il est bien doux, il est bien honnête; votre conversation avait été bien dure, bien cruelle même :
malade, souffrant, retenu lui-même loin d'elle par des occupations importantes, aToit tout quitté, et accouroit à la première nouvelle de sa maladie : Je le reconnais bien, dit-elle, ton cœur ne lui a jamais fait grâce. » (Toulongeon, Eloge véridique de F. A. de Guibert, par un ami ; Paris, 1790, in-8<>.) Elle survécut peu à son mari, mort le 8 décembre 17S6.
1 . Rue de Seine S' G. , à l'endioit où est aujourd'hui la rue des Beaux-Arts.
j'en suis restée abîmée. Jamais, non jamais monâmen'aétési abattue, et mon corps plus souffrant, Vous avjezforméle projet de ne me voir jamais. Eh bien ! pourquoi changer? Vous me donniez la force d'accomplir le mien, de satisfaire au besoin le plus actif de mon ûme ; et tous deux nous aurions été soulagés et délivrés; moi, d'un fardeau qui m'accable, vous, du spectacle de la douleur qui vous gêne souvent, et qui vous pèse toujours. Non, je ne vous rendrai point grâce : je préférerois votre premier mouvement à votre réflexion. En me faisant mal, vous me donniez de la force; et en me consolant, en venant à mon secours, je vous l'ai dit mille fois, vous me retenez, mais vous ne m'attachez pas. Oh! c'est peut-être vous qui me faites sentir, d'une manière plus profonde et plus déchirante, la grandeur de la perte que j'ai faite. Rien ne m'auroit amenée à comparer, à rapprocher : ce mouvement involontaire me jette souvent dans le désespoir : et dans cette disposition, je ne sais lequel m'est le plus affreux, de mes regrets, ou de mes remords. Mais que vousimporte tout cela? L'Opéra, la dissipation, le tourbillon de la société vous entraînent, et cela est trop juste; je no me plains pas : je m'afflige. Je voudrois pourtant que vous vinssiez demain avant d'aller souper : vous pourriez parler à M. d'Alembert, et peut-être à M, de Vaines. Vous avez vu qu'il m'a mandé qu'il viendroit probablement. — J'ai vu ce soir M. Turgot; il y avoit plus de six mois que je n'avois été tête à tête avec lui. J'étois morte; ainsi je crois qu'il aoiu regret au temps qu'il m'a sacrifié. Bonsoir. J'ai une chaleur ardente : la fièvre me consume. Ah! c'est mourir trop lentement. Vous me hâtiez ce matin : pourquoi me retenezvous ce soir?
A midi, 1774.
Vous ne me l'aviez pas dit, vous ne me l'aviez pas écrit, et je vous le prouverai. L'espérance de vous voir suffit pour arrêter et changer tous mes arrangemens; jugez donc si, avec l'assurance de vous voir, j'irai m'engager : mais, comme vous dépendez des arrangemens de madame de***, cous ne pouvez jamais prévoir, ni dire avec certitude ce
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que vous lerez. Mon ami, il n'y a pas grand mal à tout cela ; il en résulte quelque malentendu, mais vous resterez libre, et voilà l'important. — Je suis fâchée que vous ne vous soyez pas fait mener où vous saviez que madame de*** soupoit; A), de Saint-Lambert • ailoit à la place Vendôme. Mais vous ne savez jamais ce que vous voulez, ni où vous allez. Enfin il n'importe : si vous vous êtes amusé, si vous êtes content et heureux au bout de la journée, vous avcÉ bien fait, vous avez raison, et votre manière d'être est à coup sûr la bonne. N'y changez donc rien; pour moi, je suis triste, abattue. Je voudrois, non pas changer de manière de sentir, mais je voudrois être anéantie, je voudrois l'avoir été le même jour que j'ai cessé d'être aimée. Ah ! mon Dieu ! quelle perte ! mon âme ne peut pas s'accoutumer à cet affreux mot de jamais : il me donne encore des convulsions. Hier, pendant la lecture, j'ai craint d'être obligée de m'en aller. Je me suis souvenue que la dernière lois qu'on avoit fait cette lecture, il en étoit l'objet : mon cœur étoit brisé, je n'ai plus entendu un mot, et je n'ai existé depuis cet instant que par ces cruels et doux souvenirs. Mon ami, pourquoi m'avez-vous arrachée à la mort? C'est la seule pensée qui calme mon âme, et c'est son besoin et son désir le plus permanent. Bonjour. Je ne sais pas comment je ferai ; mais, à mon grand regret, je serai forcée de me contraindre. Le temps de ma vie où je suis le mieux, c'est la nuit ; je suis toute entière à mes afTeclions. — Vous me direz, si vous le savez, ce que vous comptez faire ces jours-ci; mais en grâce ne me faites point de sacrifice, je n'en suis pas digne, et puis je reste si malheureuse I
Samedi, 1774.
Mon ami, vous ne savez jamais ce que vous voulez faire; je vais donc vous l'apprendre : vous sortirez avant onze heures, vous ferez des visites dans le faubourg Saint-Honoré,
1. « L'auteur des Saison», qui devait, en 1786, recevoir M. de Guibert à l'Académie, mais qui ne partageait pas alors l'eulhousiasme de mademoiselle de Lespinasse pour l'Éloge de Catinat,voirp. 203.— Place Vendôme, chez les Secker.
et. puis vous irez dîner chez madame de Boufflers •. En re- \enant du Marais, vous vous ferez écrire chez madame <!e V,.,; et puis, à sept heures, vous viendrez à la Comédie Françoi>e voir Henri IV, qui n'est que la seconde pièce; vous demanderez la loge de M. le duc d'Aumont *, sur l'orchestre, du côté de la Reine; vous direz à votre laquais d"être à huit heures et un quart à la grande porte de la cour des Princes, et nous sortirons tous par là sans attendre une minute ; après cela, vous irez souper avec madame de***. Voilà foute votre journée arrangée à merveille, n'y changez rien. Et puis demain dimanche, vous travaillerez toute la matinée sans sortir; vous irez dîner chez madame de***; vous rentrerez à cinq heures pour travailler encore, et à huit heures vous viendrez chez moi. Appliquez-vous.el écoulez-moi. Lundi, dîner
chez madame de V , et souper chez madame de***. Mardi,
dîner au contrôle général, et souper avec madame de ***. Mercredi, dîner chez madame GeofTrin, et souper chez madame de***. Jeudi, dîner chez le comte de C , et soulier avec madame de***. Vendredi, dîner chez madame de Ch5tillon, et souper chez madame de***. Samedi, dîner thez uiadame de***; aller à Versailles après dîner, et revenir dimanche au soir passer la soirée avec moi. Mon ami, vous serez le plus aimable du monde si vous faites ce qui vous est présent. Je vous défie de vous faire une meilleure part pour votre plaisir : je l'ai mis, comme de raison, en première ligne. Mon ami, vous m'avez dit que vous aviez \oulu me faire souffrir; cela est impossible : vous êtes bon,
vous êtes sensible, et vous savez quoi? que je donnerois
ma vie, que je ferois bien plus, que je me dévouerois à la douleur pour vous délivrer d'une peine d'un quart d'heure? Et vous avez voulu me faire souffrir I ohl cela n'est pas vrai.
1 . L'hôtel de Bouftlers était sitaé au Marais, sur l'emplacement actuel de la rue de Vendôme et proche du Temple, où résidait le prince de Conti comme grand maître.
2. Louis-Marie-Augustin, V" duc d'Aumont, premier gentilhomme de la Chambre, né le î^ août 1709, descendant au quatrième degré du maréehal d'Aumont, fils de Louis-Marie, duc d'Aumont, et de Cath. de Guiscard, lieutenant-général en 1743, mort le 13 avril 17'*2. Il était beau-frère du duc de Duras, dont le 23 avril 1727 il avait épousé la sœur, Victoire- Pélicie de Durfort, née en 1 710, veuve en 1721 du duc de Fitz-James, et qu'il perdit le 1 6 octobre 1753. Leur fils aîné, le marquis de Villpquier, né en 1732 , avait épousé sa cousine germaine, Louise-Jeanne de Duras, héritière par sa mère du duché de Mazarin dont son mari prit le titre.
Je VOUS ai induit en erreur; M. et madame de la Borde * 6ont à Paris : vous irez les voir ce matin, n'est-ce pas?
Cinq heures, 1774.
Blon ami, vous étiez fou ce matin; mais votre folie étoit bien aimable, puisqu'elle étoit selon mon cœur. Je ne sais comment j'ai pu oublier de vous dire la raison absolue qui meretenoit chez moi. Ce qui m'étonne autant, c'est que je ne m'en suis souvenue que lorsque j'ai vu entrer dans ma chambre, à trois heures et demie, M. de Vaines. Il me l'avoit dit hier au soir, il me l'avoit mandé, et je n'ai pas su vous le dire. Mon ami, je vous ai contrarié une fois, et vous m'affligez cent fois. Par exemple, si je ne vous vois pas ce soir, vous serez cruel et injuste, etcependant jeneme plaindrai pas. — M.Turgot est un peu mieux*: j'ai eu troisfois deses nouvelles repuis que je ne vous ai vu, et j'en aurai autant avant minuit; cela me satisfait sans me tranquilliser,... Mon Dieu\ haïssez-moi, jevous aime, etjemesens triste jusqu'à la mort. Non, ne me voyez pas; allez à la Comédie, allez souper, allez ;iu bal : tout est plein d'agrément et d'intérêt, et moi je vous ennuie ou vous atlriste. Je vous mets trop près de vousmême; je m'en occupe avec le trouble de la passion, et elle est si monotone, elle est si bête pour un homme du monde entraîné par les agrémens d'une femme aimable qui ne lui offre que des plaisirs et de la dissipation! Enfin, mon ami, tout cela prouve que vous avez autant de justesse que de justice en ne m'aimant que foiblement : je ne veux que cela.
J'ai vu ce Loison, peintre*. Il est beau lui-même à peindre :
1. Jean -Joseph de Laborde, marquis de Méreville, l'un des plusriches 6nanciers du dix-huitième siècle, né en 1724, guillotiné le 18 avril 1794, et côlèbre par son goijt pour les arts et pour le luxe qu'il déploya dans son hôtel de la Gran<;e-Batelière et dans ses châteaux de Saint-Ouen, de Saint-Leu, de la Ferté-Vidame et de Méreville.