‹ Lettres;Chapitre 11 sur 111 · SUR MADAME DE GRIGNAN. XXVII · texte numérisé non relu

SUR MADAME DE GRIGNAN. XXVII

Oii citerait bien d'autres passages semblables : ils nous mon ireraieut ces deux belles âmes également empressées à s'accuser, et chacune animée du soin délicat d'atténuer les torts de l'autre en exagérant les siens propres. Ajoutons ici ce petit reproche de madame La Fayette à son amie : « Vos défiances composent votre unique défaut. » Nous voilà en état de prononcer sur celte amitié célèbre. Il est évident que le sentiment prenait dans ces deux âmes des nuances différentes , soit de leurs qtialités de mère et de fille, soit de leur caractère propre. Si l'une était trop peu expansive , l'autre peut-être l'était beaucoup trop. Les réticences de celle-là avaient l'air de la froideur, tandis que l'impétuosité ombrageuse et les empressements inquiets de celle-ci ressemblaient quelquefois à une espèce de tyrannie. Madame de Grignan devint malade ; ce qu'il y avait d'opposé entre son humeur et la passion de sa mère €n parut plus sensible. Mais ces principes d'irritation se calmèrent; i une perdit ses défiances, l'autre se montra plus confiante; en sorte que dans les seize dernières années de la vie de Madame de Sévigné on n'aperçoit entre elles aucune trace des premiers malentendus. Après tout , ceux qui ont cru qu'elles ne s'aimaient pas , parce qu'elles se plaignaient quelquefois l'une de l'autre, ne connaissent rien en amour ni même en amitié.

Apparemment aussi les lettres de Madame de Grignan à sa mère la justifieraient encore mieux ; par malheur, elles sont perdues, et, à ce qu'il paraît, sans retour. L'éditeur de 1754 nous apprend qu'elles furent brûlées en 1734, et sacrifiées à w» scrupule de dévotion. Ces termes remarquables m'ont fait faire quelques recherches. Je trouve en effet des raisons de présumer qu'elle pensait sur certaines matières plus librement qu'il n'était alors permis de le faire ou d'usage de l'avouer. Son père Des- «artes lui avait appris à douter, et à ne recevoir pour vrai que ce qu'elle avait reconnu pour tel par un usage bien entendu de sa raison. Sa mère lui parle souvent de sa conversion comme d'une chose difficile et éloignée. Elle lui écrit en 1680 : « Vous parlez si sagement des plaisirs, que la philosophie chrétienne n'en sait pas davantage. » Il faut croire que l'autre philosophie dominait dans sa correspondance.

XXVIIl NOTICE SUB MADAME DE GRIGNAN.

Madame de Grignan mourut le 13 août 1705, âgée d'environ cinquante-sept ans, peut-être de douleur d'avoir perdu, l'année précédente, son fils, que la petite vérole lui enleva, et en qui s'éteignit le nom et la maison de Grignan.

DE

MADAME DE SEVIGNE.

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