‹ Lettres;Chapitre 16 sur 111 · DU MÊME A LA MÊME · texte numérisé non relu

DU MÊME A LA MÊME

A Saint-Denis, le 26 mars 1649.

Tant pis pour ceux qui vous ont refusé mes chevaux , ma belle cousine ; je ne sais pas si cela leur fera grand profit , mais je sais bien que cela ne leur fait pas grand honneur. Pour moi, je suis tout consolé de cette perte, par les marques d'amitié que j'ai reçues de vous en cette rencontre. Pour M. de La Mothe, maréchal de la Ligue, si jamais il avait besoin de moi , il trouverait un chevalier peu courtois.

Mais parlons un peu de la paix ; qu'en croit-on à Paris? L'on en a ici fort méchante opinion : cela est étrange

que les deux partis la souhaitent, et qu'on n'en puisse venir à bout.

Vous m'appelez insolent de vous avoir mandé que nous avions pris Brie. Est-ce que l'on dit à Paris que cela n'est pas vrai ? Si nous en avions levé le siège , nous aurions été bien inquiets ; car pour vos généraux , ils ont eu toute la patience imaginable , nous aurions tort de nous en plaindre.

Voulez-vous que je vous parle franchement , ma belle cousine ? Comme il n'y a point de péril pour nous à courre avec vos gens, il n'y a point aussi d'honneur à gagner : ils ne disputent pas assez la partie , nous n'y avons point de plaisir; qu'ils se rendent, ou qu'ils se battent bien. Il n'y a , je crois , jamais eu que cette guerre où la fortune n'ait point eu de part. Quand nous pouvons tant faire que de vous trouver, c'est un coup sur à nous que de vous battre, et le nombre ni l'avantage du lieu ne peuvent pas seulement faire balancer la victoire.

Ah ! que vous m'allez haïr, ma belle cousine I toutes les fleurettes du monde ne pourront pas vous apaiser.

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