DU MÊME A LA MÊME
Au camp de Montrond ' , ce 2 juillet <650.
Je me suis enfin déclaré pour M. le Prince, ma belle cousine ; ce n'a pas été sans de grandes répugnances , car je sers contre mon roi un prince qui ne m'aime pas '. Il est vrai que l'état où il est me fait pitié ; je le servirai donc , pendant sa prison , comme s'il m'aimait , et s'il en sort jamais, je lui remettrai sa lieutenance, et je le quitterai aussitôt , pour rentrer dans mon devoir.
' Cliâteau-rort situé dans le Berry, près de Saint- Amand , et qui appartenait au prince de Condé. Cette place, une des plus fortes du royaume à cette époipie , n'existe plus, i G. )
2 Après l'arrestation du prince de Condé, Bussy se déclara pour lui contre la cour ; mais il ne tarda pas à abandonner ce parti , et ce fut Corbinelli qui négocia son accommodement, comme on disait alors.
Que dites-vous de ces scntiments-là, Madame ? Mandezmoi, je vous prie, si vous ne les trouvez pas grands et nobles. Au reste , écrivons-nous souvent ; le cardinal n'en saura rien , et s'il venait à le découvrir et à vous faire donner une lettre de cachet , il est beau à une femme de vingt ans d'être mêlée dans les affaires d'État. La célèbre madame de Chevreuse n'a pas commencé de meilleure heure. Pour moi, je vous l'avoue, ma belle cousine, j'aimerais assez à vous faire faire un crime , de quelque nature qu'il fût. Quand je songe que nous étions déjà l'année passée dans des partis différents, et que nous y sommer encore aujourd'hui, quoique nous en ayons changé, jt crois que nous jouons au^ barres : cependant votre parti est toujours le meilleur, car vous ne sortez point de Paris, et moi je vais de Saint-Denis à Montrond, et j'ai peur qu'à la fm je n'aille de Montrond au diable.
Pour nouvelles , je vous dirai que je viens de défaire h régiment de Saint- Aignan ; si le mestre-de-camp y avail été en personne, je n'en aurais pas eu si bon marché.
Le S. de Launay-Lyais vous dira la vie que nous faisons. C'est un garçon qui a du mérite , et que par cette considération je servirai volontiers ; mais la plus forte sera parce que vous l'aimez , et que je croirai vous faire plaisir. Adieu , ma belle cousine.
Taris , dimanclie i2 janvier ( 1634).
Je suis agréablement surprise de votre souvenir. Monsieur; il y a longtemps que vous aviez retranché les démonstrations de l'amitié que je suis persuadée que vous avez toujours pour moi. Je vous rends mille grâces, Monsieur, de vouloir bien les rf^mettre à leur place, et de me témoigner l'intérêt aue vous prenez à mon retour et à ma
santé. Mon grand voyage ' , dans une si rude saison , ne m'a point du tout fatiguée, et ma santé est 'i'une perfection que je st)uhaîterais à la vôtre. J'irai vt^w;, m rendre îoaipte, Monsieur, et vous assurer qu'ii y ft des sortes d'amitiés que l'absence et le temps ne finissent jamais.
La marqiuse oe SeviGné,