DU MÊME A LA MÊME
A Figuières, le 30 juillet <634.
Mon Dieu, que vous avez d'esprit, ma belle cousine, que vous écrivez bien , que vous êtes aimable I 11 faut avouer qu'étant aussi prude que vous l'êtes, vous m'avez grande obligation de ce que je ne vous aime pas plus que je fais. Ma foi, j'ai bien de la peine à me retenir ; tantôt je condamne votre insensibilité , tantôt je l'excuse; mais je vous estime toujours : j'ai des raisons de ne vous pas déplaire en cette rencontre; mais j'en ai de si fortes de vous désobéir! Quoi! vous me flattez, ma belle cousine, vous me dites des douceurs , et ne voulez pas que j'aie les dernières tendresses pour vous ! Eh bien, je ne les aurai pas : il faut bien vouloir ce que vous voulez, et vous aimer à votre mode ; mais vous me répondrez un jour devant Dieu de la violence que je me fais, et des maux qui s'ensuivront.
Au reste , Madame , vous me mandez qu'après que vous êtes demeurée d'accord avec Chapelain ' que j'étais un honnête homme , et que même vous l'avez remercié du bien qu'il vous disait de moi, je ne puis plus vous dire que vous êtes du parti du dernier venu. Je ne vois pas que cela vous justifie beaucoup ; vous m'entendez louer, et vous faites de même. Que sais-je? s'il vous avait dit : — C'est un galant homme que M. de Bussy, il ne peut pas manquer de faire son chemin ; il est seulement à craindre qu'il ne s'attache
* Chapelain, de l'Acadétule Française.
un peu trop à ses plaisirs quand il est à Paris; — que saisje? dis-je, si vous n'auriez pas cru qu'il eût eu raison, et si dans votre cœur , au moins , vous n'auriez pas condamné ma conduite ; car enfin je vous ai vue dans des alarmes mal fondées après de semblables conversations. C'est une marque que les bonnes impressions que vous avez de moi ne sont pas encore bien fortes. Bien m'en prend que vous voyiez souvent de mes amis ; sans cela mademoiselle de Biais m'aurait bientôt ruiné dans votre esprit. Je ne vous traiterais pas de même si l'occasion s'en présentait; je ne rejetterais pas seulement la médisance la plus outrée qu'on me ferait de vous, mais la plus légère même, précédée de vos louanges. Adieu , ma belle cousine , donnez-moi de vos nouvelles.