‹ Lettres;Chapitre 7 sur 111 · XVIII NOTICE · texte numérisé non relu

XVIII NOTICE

Dans le même temps , d'autres amis en disgrâce éprouvaient aussi sa fidélité. Les jansénistes résistaient alors à la cour, au clergé, aux parlements, au pape même. Quelques lignes condamnées par celui-ci étaient-elles ou n'étaient-elles pas dans Jansenius? En les lui imputant, personne ne s'était avisé de citer l'endroit du livre. Voltaire s'en étonne, comme si cela seul eût tranché la question. Mais la bulle du pape était sous les yeux de tout le monde , et on n'en était pas plus d'accord sur cette autre question : si la bulle fiadsait Jansenius auteur de ces lignes. Apparemment Jansenius même n'en eût pas été cru. Madame de Sévigné ne s'mtéressait guère à ces choses qu'à cause des personnes; mais ses rapports avec Port-Royal étaient intimes. C'est une particularité peu importante, il est vrai, mais encore moins connue, qu'elle avait posé la première pierre d'une aile de cette maison , construite aux dépens de son oncle, le chevalier de Sévigné, qui s'y était retiré. Celui-ci fut sans doute tourmenté par les suites du formulaire. D'ailleurs, ce qu'il y avait de plus illustre parmi ces illustres solitaires, la famille Arnauld, était alors en exil. On verra combien son amitié était affectée de leurs chagrins.

Bientôt l'établissement de ses enfants, et surtout le mariage de sa fille, devinrent son unique sollicitude. Celle-ci avait à peine vingt ans ; et un événement qui devait troubler son bonheur semblait trop tardif à cette mère désintéressée. Ellemême pourtant avait repoussé plus d'une occasion : elle voyait bien peu de gendres pour une telle fille. Elle peint agréablement son industrie à faire naître les difficultés pour écarter tel aspirant dont elle augurait mal. L'affaire, très-avancée, manqua deux fois. Deux Provençaux très-distingués, MM. de Caderousse et de Merinville, rechterchèrent Mademoiselle de Sévigné. Le mauvais succès du premier fut pour elle une bonne fortune , à enjuger parles Mémoires du temps. Enfin, le 29 janvier 1669, elle fut mariée à un autre Provençal, au comte de Grignan. La suite des Lettres fait assez connaître le caractère de cet époux et le succès de cette union.

Madame de Sévigné commença peu après l'établissement de son fils, en lui achetant une charge militaire. C'était pour elle deux grands sacrifices de fortune à la fois ; mais elle paraît si

peu s'en apercevoir, qu'on se ferait scrupule d'en relever le léger mérite.

« Madame de Sévigné s'était flattée qu'en faisant le mariage « de sa fille avec un homme de la cour, elle passerait sa vie « avec elle. Mais à quelque temps de là M. de Griguan, qui « était lieutenant général au gouvernement de Provence , reçut « l'ordre de s'y rendre; et dans la suite il y commanda pres- " que toujours dans l'absence du duc de Vendôme, qui en « était gouverneur*. » Alors commença pour Madame de Sévigné un second veuvage, plus pénible peut-être que le premier; je parle des absences de sa fille, auxquelles nous devons les Lettres de la mère. Ces intervalles , qu'elle regardait comme son mauvais temps , sont devenus les bons moments de la postérité : nous jouissons de ses privations, et dès qu'elle rentre en jouissance, nous sommes piivés à notre tour : tellement qu'on se surprend à regretter que, pour nos plaisirs, elle n'ait pas été plus souvent et plus longtemps affligée par cette séparation.

Quoi qu'il en soit, depuis cette époque la vie de Madame de Sévigné est dans les lettres qu'on va lire. Quelques voyages , la perte de plusieurs amis, les campagnes, les dangers, les espérances, les légers écarts et le mariage de son fils, surtout les diverses fortunes de sa fille , enfin quelques accidents de sa propre santé, forment les seuls événements de cette vie. Aussi pauvre de faits que riche de sentiments, elle ne fournirait qu'un récit aride, au lieu que sa plume sait en vivifier les plus petits détails. Il me suffit d'avoir éclairé l'avant-scène, jusqu'ici inconnue, de ce drame intéressant ; que l'héroïne parle désormais elle-même.

Il reste pourtant quelques particularités que ses Lettres seules ne fournissent pas, ou qui ne s'y laissent qu'fi peine deviner par des rapprochements minutieux.

Le mariage de M. de Sévigné, en 1684, par les sacrifices que fit cette généreuse mère, la mit dans une sorte de gêne et de malaise. On entrevoit qu'alors, soit pour améliorer sa fortune, soit pour d'autres motifs , ses amis et sa fille même formèrent sur elle divers projets ; qu'il fut question de lui procurer une

' Tiré de l'ancienne préface de Peirin.

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